Que le gouvernement français, par l’intermédiaire d’une administration (Desco) dont je sais la compétence et le sérieux par ma fonction d’enseignant, nomme Hand Sadi à un poste stratégique pour le développement de la langue berbère en France ne me choque pas à première vue.
Que ce monsieur ait les compétences requises en linguistique berbère ou non n’a pas plus matière à m’émouvoir car contrairement à ce que je lis et j’entends, il n’est pas nécessaire à mon sens que ce poste revienne à un érudit ou à un universitaire du domaine en question. Je dirai même que la nomination à une telle mission relève du souci de susciter, de promouvoir et de porter un projet avec une fougue et une autorité qui ne sont pas forcément inhérentes à un universitaire, fut-il le plus éminent en cette spécialité.
Dans ces conditions, homme politique ou pas n’a à priori aucune incidence fâcheuse sur le sérieux de la nomination. Après tout l’argument reste irrecevable si on le projetait à la nature de l’autre prétendant que certains disent être plus légitime. N’est-il pas lui-même un acteur indéniable et pressent du débat politique en Algérie ? On ne le serait moins.
Tout cela étant dit, reste qu’il faut aller jusqu’au bout de l’argument et considérer que l’itinéraire de Hand Saadi et ses prises de positions politiques ne sont pas neutres et sont totalement recevables pour juger de la nature du projet qui est envisagé. Et dans ce cas, permettez-moi d’apporter les plus grandes réserves quant à l’indépendance intellectuelle de ce monsieur.
Je commencerais par l’argument le plus fallacieux, mais je n’en ai pas honte car j’ai pour ma part une position politique libre et ne suis candidat à aucun poste à la DESCO.
Lorsque toute une famille s’engage en politique autour des positions du frère, non pas seulement dans l’adhésion aux idées (ce qui n’est pas répréhensible) mais bien dans les postes les plus actifs de l’organisation, j’ai une tendance naturelle à me méfier de l’indépendance intellectuelle de ces personnes.
Quant au fond, je dirai ensuite que si Hand Sadi a épousé les orientations du RCD depuis de si nombreuses années, je suis assez septique quant à l’avenir du statut du berbère en France. Ce parti politique a toujours été le soutien indéfectible du régime militaire en place. D’abord par l’idée du pacte républicain puis ensuite avec un zèle des plus agissant jusqu’à en partager la responsabilité du pouvoir (ou plutôt de s’en convaincre). La question est de savoir si ce chargé de mission à la DESCO a le même projet d’indépendance pour la langue berbère que celui de ses camarades politiques du FLN, du RND et autres satellites. J’ai de sérieuses craintes qu’il soit aussi indépendant en la matière que ne le fut le recteur de la mosquée de Paris (et ne l’est encore !).
Enfin, et c’est le corolaire direct, le pouvoir algérien dont il a partagé les sièges n’est pas prêt à donner à cette langue autre statut que celle de « langue régionale ». Sera-t-il assez indépendant pour conduire l’installation du berbère comme langue à part entière ?
Moi qui ne suis pas berbérophone ne permettrai jamais à quiconque de me dénier le droit de défendre une langue nationale et ancestrale de mon pays (et donc la miene). Je me permets par conséquent, de plein droit, à contester la nomination des idées politiques prônées par le parcours de cet homme à un poste qui a pour mission de représenter l’une de mes langues nationales.
Je renie à tous les dignitaires de ce parti à représenter une langue pour laquelle j’ai combattu pendant tant d’années pendant qu’ils participaient et participent encore à son état d’inféodation politique.
La naissance en Kabylie ne donne pas pour autant droit à la légitimité en ce domaine. Surtout que moi, je n’ai pas siègé au côté du Général Nezzar, je n’ai pas été sénateur nommé au tiers présidentiel par Bouteflika et je n’ai pas, loin s’en faut, porté au pinacle de l’honorabilité et de la gloire mondiale des personnages comme Khalida Messaoudi.
J’ai donc plusieurs longueurs d’avance pour m’exprimer sur Hand Sadi auquel je dénie le droit de représenter en France l’espoir que j’ai mis dans la richesse de l’une des langues nationales de mon pays.
SID-LAKHDAR Boumédiene
Enseignant.
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