Tamazgha.fr : Le Mouvement amazigh à Tamazgha occidentale vient d’organiser une grande manifestation, Tawada, à Rabat ce dimanche 15 janvier. Pourriez-vous nous dire comment s’est passée l’action ?
Mohand Aznagui : Pour une première initiative organisée par la jeunesse du mouvement amazigh, l’action Tawada, qui signifie "marche" en langue amazighe, a atteint son objectif, au niveau organisationnel et de l’impact attendu. Cette action s’est voulue moderne dès le départ : marche pacifique, bien préparée avec des centaines de drapeaux amazighs et des banderoles dans toutes les langues.
Les autorités qui n’ont pu empêcher ce rassemblement d’environ quatre milles participants, ont dressé un barrage devant le consulat de Libye pour empêcher le passage à proximité, puis un autre barrage devant la gare pour mettre fin à la marche à ce niveau. Un arrêt final devant le parlement a été décidé par les organisateurs pour lancer des slogans contre le nouveau gouvernement raciste constitué d’islamistes (PJD) et d’arabistes (parti de l’Istiqlal). Des slogans ont aussi rappelé les revendications du mouvement amazigh. Il a été également dénoncé les barrages mis en place par les autorités ainsi que la confiscation d’une camionnette porteuse d’un mégaphone, de drapeaux et de tracts.
Y a-t-il eu d’autres manifestations dans d’autres villes ?
Non, il a été décidé dès le départ une marche nationale à Rabat. Dans les autres villes, des conférences, des rencontres et des festivités ont été organisées la veille, samedi 14 janvier à l’occasion du jour de l’an amazigh, qui était aussi l’occasion pour mobiliser les militants des régions et appeler à la marche du dimanche.
Quel était l’objectif de Tawada ? Et quelles sont les revendications des manifestants ?
La revendication principale de Tawada est d’insister sur les droits légitimes des Amazighs. Les revendications exprimées dans les communiqués ou à travers les banderoles étaient les suivantes :
"Pour une réelle officialisation de la langue amazighe au Maroc et la reconnaissance effective et concrète de la culture et de l’identité amazighe" ; "Pour la libération des détenus politiques de la cause amazighe et des autres détenus politiques (du 20 Février et autres sensibilités)" ; "Mettre fin à la marginalisation de certaines régions exclusivement amazighophones" ; "Solidarité avec les Amazighs de Libye pour leurs droits justes et légitimes" ; "Soutien au mouvement amazigh de Tunisie et d’Egypte" ; "Dénonciation du silence des institutions internationales et des états (la France en tête) face à la ségrégation perpétrée à l’encontre des populations amazighes de Libye, du Mali et du Nige ; "Reconnaissance du nouvel an amazigh comme une fête nationale fériée, chômée et payée" ; "Mise en garde du nouveau gouvernement avec à sa tête les islamistes du PJD et les arabistes du parti raciste de l’Istiqlal contre la dénégation des acquis amazighs de ces dernières années et la poursuite de l’ethnocide programmée depuis l’indépendance".
La mobilisation est-elle satisfaisante ?
La mobilisation fut plus que satisfaisante. Elle s’est faite tout d’abord par Internet durant deux mois avec la création d’un comité national constitué de représentants de toutes les régions. Par la suite, des sous-commissions ont été mises en place : celle de la communication, celle de l’organisation et celle chargée des slogans pour une meilleure préparation. Puis, les jeunes se sont organisés au niveau des régions pour mobiliser au maximum au niveau local et assurer le bon déroulement de la marche nationale. Nous attendions mille participants mais ce fut des milliers qui ont convergé vers Rabat ce dimanche 15 janvier. Un succès énorme pour une première marche exclusivement de la jeunesse amazighe.
Les associations amazighes de chacune des régions (Rif, Moyen-Atlas, Haut-Atlas, Souss, Sud-Est, ...) ont soutenu cette action aussi bien financièrement (notamment en assurant le transport vers Rabat) que politiquement par le biais de communiqués et d’articles pars dans la presse. Les associations amazighes d’Europe ont également appuyé notre marche par des sit-in (Bruxelles) et des communiqués de soutien.
Une coordination a été faite aussi avec le mouvement du 20 février qui a fortement soutenu la marche de la jeunesse amazighe.
Les organisateurs ont-ils prévu de faire un bilan de l’action dans la perspective d’envisager l’après Tawada ?
dans un premier temps, un bilan par chacune des coordinations régionales sera fait dans la semaine qui suit la manifestation, avant la tenue d’une rencontre du comité national de coordination pour faire le bilan de Tawada et réfléchir à d’autres actions dans le but d’exercer une pression sur le pouvoir et arracher nos droits légitimes sur notre terre ancestrale. Cette action a permis à la jeunesse du mouvement amazigh de chacune des régions de se rencontrer, d’apprendre à coordonner et de construire ensemble. Elle a permis aussi, et surtout, de mettre de côté toutes les petites divergences insignifiantes afin d’unir nos forces pour affronter les ennemis racistes qui ont programmé la mort de notre langue et notre culture il y a des décennies en la privant de tous les domaines vitaux tels que l’enseignement, les médias, les institutions publiques et les espaces publics et en marginalisant les régions exclusivement amazighes.
Propos recueillis par
Masin FERKAL.









