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Lu dans la presse
Les Berbères de Libye se joignent à la révolution dans leur combat pour recouvrer leur identité historique
Par Ghait Abdul-Ahad, à Zentan (Libye), in "guardian.co.uk"
dimanche 6 mars 2011
par Masin
Les tribus des montagnes de l’Ouest, également appelées Amazigh, s’unissent avec l’opposition après que leur identité ait été réprimée par Kadhafi pendant des dizaines d’années.
[Traduction de l’anglais]

“Bonne révolution" dit le douanier Tunisien en nous rendant nos passeports. Nous traverson la courte étendue de non man’s land vers la Libye sous une image géante de Muammar Kadhafi, le menton relevé, les mains jointes, dans un geste d’unité et de victoire.

Avant que nous ayons pu l’atteindre, une voiture portant le drapeau de la révolution libyenne se précipite et son conducteur nous invite à monter avec force gestes, avant d’accélérer autour du poste frontière, décrivant un large cercle. Nous aperçûmes les expressions hagardes des officiers de police et de renseignements pendant qu’ils disparaissaient au loin.

“Tout cela est libre maintenant” nous dit le chauffeur, faisant un geste vers les étendues de montagne et de désert.

Les routes de la Libye occidentale sont striées de barrages de fortune. Des barricades faites de voitures brulées et de pierres sont gardées par une variété de milices armées qui bloquent l’entrée des bourgs et des villages. Les combattants sont ici un assortiment d’Amazigh enturbannés (membres des tribus berbères), de déserteurs portant leur uniform de l’armée et de volontaires en tenues de combat dépareillées.

Les chefs de cette insurrection sont également variés : Talibi, un imposant commandant militaire, est un poète amazigh dans la vie civile. D’autres révolutionnaires que nous avons rencontrés étaient des docteurs, des ingénieurs, des doyens de tribu et même un jeune branché sur Internet et portant une casquette de baseball.

La nuit était tombée lorsque nous atteignîmes Nalut, où des dizaines de membres des tribus Amazigh se tenaient dans le froid, autour de feux de camps, gardant des barricades et des points de passage. Certains portaient des armes volées dans des camps de l’armée, le reste portait fusils de chasse et gourdins. Les Amazigh auxquels nous avons parlé ne parvenaient pas à cacher leur euphorie.

“La peur vieille de plusieurs décennies s’est brisée après ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie” dit Khairy tandis qu’il nous tend de petits verres de thé vert. Les Amazigh ont longtemps lutté pour conserver leurs droits culturels dans la Libye de Kadhafi. “Nous n’aurions jamais pensé que ceci arriverait avant notre mort” dit-il.

Dans les faubourgs de Nalut, nous fûmes priés d’entrer dans une petite hutte dans laquelle quatre homes noirs étaient debouts contre le mur, leurs bras écartés. Les combattants éclairaient leurs visages avec leurs lampes torches. « Des mercenaires » dit un des membres de la tribu. Ils fouillèrent les sacs des captifs pour nous montrer leurs possessions : un album photo, quelques vêtements, des chaussettes et un chapeau.

« Nous avons trouvé des couteaux sur eux », m’assura le membre de la tribu. Mais ces jeunes hommes terrifiés en jeans, baskets et sweat-shirts, m’ont davantage semblés être de jeunes migrants africains en route vers l’Europe. Le matin suivant, nous partîmes avec Talibi, le poète-commandant, sur une petite colline surplombant l’autoroute. Talibi préparait une attaque contre le poste-frontière entre la Tunisie et la Libye, afin de permettre à l’aide médicale et aux leaders de l’opposition d’entrer par l’Ouest.

Talibi criait en Amazigh dans ses deux téléphones portables. Sa petite force de guérilleros était composée d’une douzaine de solides membres de sa tribu, rassemblés autour de lui, attendant l’ordre d’attaquer. Ils possédaient en totalité quatre Kalachnikovs, quelques fusils de chasse et un bâton. Il a passé un an en prison pour avoir organisé des activités amazighes malgré le régime, dit-il. Ses jambes portent les traces de nombreuses cicatrices dont il dit qu’elles lui ont été infligées par les tortionnaires du régime. « Ils se sont servis d’une perceuse, ici”, dit-il, relevant une jambe de son pantalon et montrant trios cercles parfaits. Son autre jambe portait une longue cicatrice infligée par une machette.

Lorsque l’ordre fut donné, les membres de la tribu se précipitèrent dans cinq camions pick-up vers la frontière. Les policiers libyens ouvrirent la porte et laissèrent entrer les Amazighs sans tire rune seule cartouche. Alors que les véhicules s’arrêtaient, un soldat libyen s’enfuit par une porte de derrière, s’accrochant à son fusil.

Les hommes de la tribu se déployèrent tandis que les agents de renseignement et les policiers se rassemblèrent dans un coin, visiblement apeurés. « Ceux-ci sont des vieux serviteurs du régimes : un espion et un ancien officier », dit Talibi. « Mais l’heure n’est pas venue d’exercer notre vengeance. Nous avons besoin d’un gouvernement et d’un Etat de droit et ensuite nous pourrons les faire passer en jugement. »

Des informations disant que l’armée envoyait des renforts vers la frontière, Talibi et ses homes repartirent. Le reste de la journée fut passé à la poursuite d’une colonne de camions de l’armée transportant des canons de défense anti-aérienne. Ils suivaient le convoi à distance, échangeant leurs informations avec d’autres tribus.

« Regardez les, ils sont si heureux qu’on dirait qu’ils sont en vacances » dit Talibi."

Cinq hommes préparèrent une embuscade dans un défilé montagneux tandis que deux autres prirent position au bord de hautes falaises, mais le convoi ne passa pas. Il s’était réfugié dans un camp militaire de la région, dirent les Amazighs.
[…]

Lire l’intégralité de l’article en anglais sur le site de The Guardian :
Libya’s Berbers join the revolution in fight to reclaim ancient identity


Le territoire de Nalut en rouge sur la carte



Des rebelles de Nalut


- Lire un autre article en anglais : Libyan desert town shakes off Gadhafi rule

P.-S.

Traduction : Yidir Plantade.

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