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Les Amazighs de Libye rejettent l'accord de Paris
samedi 23 juin 2018
par Masin

Le 25 juillet 2017, le président français, fraîchement élu et voulant jouer un rôle dans la « stabilisation » de la Libye, avait réuni à La Celle-Saint-Cloud, en région parisienne, Fayez Sarraj, qui se présentait alors comme chef du gouvernement d’union nationale (GNA), et Khalifa Haftar qui se présentait comme commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL). Emmanuel Macron, pensait pouvoir trouver une issue à la "crise" libyenne notamment par l’organisation d’élections. Sauf qu’il n’a pas fait mieux que ses prédécesseurs. Il a ainsi invité des personnes illégitimes et qui, de surcroît, contribuent à la déstabilisation. Quant aux parties les plus favorables à la paix et à la démocratie, comme els Amazighs, il les a complètement ignorés. Les Amazighs de Libye avaient rejeté les termes de la déclaration conjointe rendue publique à l’issue de la réunion de La Celle-Saint-Cloud et ont réitérés leurs demandes et exigences.
Mais, près d’un an après, l’œuvre de Macron à La Celle-Saint-Cloud n’a rien changé en Libye et les élections souhaitées n’ont pas eu lieu.
Et, près d’un an après, le même Emmanuel Macron organise une conférence internationale sur la Libye à l’Elysée, toujours dans l’objectif de sortir de la crise et « ouvrir une nouvelle période de stabilité et de coopération ». Mais, là aussi, le président français, « oublie » les Amazighs.

Pourtant, les Amazighs n’ont cessé de s’exprimer et de dire à la Communauté internationale leur vision de la Libye et leurs exigences et ce depuis 2011. Combien de fois ils ont dit que les Amazighs ne reconnaîtront aucune institution qui ne les reconnaîtrait pas. Ils sont également à dire que rien ne se fera en Libye sans les Amazighs. Mais Jupiter est certainement très au-dessus des nuages pour entendre la voix des Amazighs qui ne semblent pas être de bons alliés.

Encore une fois, les Amazighs de Libye font entendre leur voix et rappellent à qui veut l’entendre que la conférence de l’Elysée ne les engage pas et ils rejettent les conclusions de cette réunion.

Pour en savoir plus sur a position des Amazighs de Libye au sujet de cette mascarade de l’Elysée, nous avons donné la parole à Hicham Hamadi membre de la Direction du Haut conseil des Amazighs de Libye ["Amqim ameqqran n Imaziγen n Libya"] qui a bien voulu répondre à nos questions.


Hicham Hamadai (HCAL)


INTERVIEW

Tamazgha.fr : La France a accueilli à Paris, le 29 mai 2018, une Conférence internationale sur la Libye. Dans un communiqué en date du 27 mai 2018, la Présidence de la République française a annoncé que "le Président de la République accueillera à cette occasion les représentants du gouvernement libyen et une délégation d’acteurs politiques représentant les principales institutions de la Libye". Est-ce que le Haut conseil des Amazighs de Libye (AMNIL) ainsi que des acteurs amazighs ont été conviés à cette Conférence ?

Hicham Hamadi : Le Haut conseil des Amazighs de Libye (HCAL) n’a pas été invité à cette réunion.

Pourquoi les Nations Unies, la France et la Communauté internationale qui prétend œuvrer pour la résolution de la situation en Libye ignorent à ce point les Amazighs et leurs représentants ?

Ce n’est pas la première fois que le HCAL est écarté ou que les Imazighen sont ignorés. Toutes les organisations politiques en Libye ne reconnaissent pas les Imazighen comme une composante indépendante dans l’échiquier politique libyen. La France est, par ailleurs, à travers son histoire, l’ennemi des Imazighen. La France se préoccupe plutôt de protéger ses intérêts coloniaux au détriment des droits des populations autochtones de cette région. Nous, les Imazighen, nous ne reconnaissons pas cette réunion et rejetons ses recommandations qui n’ont pour but que de permettre au criminel Haftar de gouverner la Libye à travers des élections truquées et de reproduire en Libye l’expérience égyptienne.

Pensez-vous alors que les membres de la délégation libyenne présents à cette Conférence de Paris ont toute la légitimité pour discuter de la situation en Libye ?

Nous ne reconnaissons pas les parties ayant pris part à cette conférence. Elles ne sont pas représentées au parlement. Lequel parlement, dont le mandat a légalement pris fin, nous n’avons jamais reconnu. Haftar ne représente pas l’armée. Il est recherché par le procureur général pour avoir mené un coup d’Etat contre le Congrès national élu avant même que son mandat soit achevé. Nous ne sommes pas aussi représentés, en tant qu’amazighs, dans le Conseil d’Etat, fruit des recommandations des accords de Skhirat. Nous n’avons pas, non plus, pris part à cette conférence. Nous n’avons également jamais soutenu le président du Conseil présidentiel, Serraj. Son élection est aussi un fruit de l’accord de Skhirat.

Que pensez-vous des conclusions de cette Conférence de Paris ?

Cette réunion n’aura pas de conséquences par ce que ses recommandations sont impossibles à appliquer sur le terrain.

Dans le communiqué final de la délégation libyenne, il a été déclaré qu’une Constitution allait être adoptée en vue de préparer les élections. Est-il possible d’accepter une Constitution qui ne répond pas aux demandes des Amazighs ?

Nous, Amazighs, avons exprimé notre position par rapport à la constitution depuis 2011 et elle est connue de tous. Nous n’avons pas participé à son élaboration par ce que le Comité des "58" a imposé une constitution injuste. Ce texte ne nous représente pas. Nous ne le reconnaissons pas et nous ne participerons pas au prétendu référendum.

Pourriez-vous nous rappeler les exigences des Amazighs quant à la Constitution ?

Nos demandes et exigences sont connues depuis 2011. Mais, à titre d’exemple, nous exigeons que la langue amazighe soit langue officielle de l’Etat et que l’identité de la Libye soit amazighe et africaine, c’est à dire libyenne authentique, avec le respect de toutes les autres cultures présentes en Libye.

Les Amazighs pourraient-ils participer aux élections annoncées pour décembre 2018 si leurs exigences ne sont pas satisfaites ?

Le Haut conseil des Amazighs de Libye a pris la décision de ne pas participer à ces élections. Cependant, si la rue et l’opinion amazighes venaient à exiger la participation, nous allons mener un débat sur le sujet et prendrons la décision.

Est-ce que le Haut Conseil des Amazighs de Libye a pris contact avec les Nations Unies ainsi que les chancelleries des Etats impliqués dans la résolution de la « crise libyenne », comme la France, pour leur faire part de leurs positions et exigences ?

Oui, le Haut conseil des Amazighs de Libye a eu des contacts récemment avec le ministère américain des affaires étrangères ainsi qu’avec l’Union européenne et la délégation de l’ONU présente en Libye.

Comment voyez-vous l’avenir proche de la Libye et quelles seraient, de votre point de vue, les conditions pour l’instauration de la paix et de la stabilité en Libye ?

L’avenir de la Libye dépendra de l’acceptation de toutes les parties, parmi les acteurs politiques, du principe de l’égalité, de la justice, de la citoyenneté et de la coexistence de toutes les composantes du peuple libyen, sans aucune discrimination ou exclusion. Ce n’est qu’en respectant ce principe que la Libye se développera.

Propos recueillis par
Masin Ferkal


Lire également :

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- Amazighs de Libye : une voix sans écho
- Pas de Libye sans les Amazighs
- Imazighen de Libye : être ou ne pas être !

P.-S.

Merci à Wail N-Eind Mammar et Aksil Azergui pour les traductions.

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