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Le kabyle à l'ère des nouvelles technologies
Discussion entre Mohand Belkacem (Constantine) et Nacira Abrous (Université d’Aix-en-Provence)
jeudi 30 mars 2017
par Masin
Nacira Abrous et Mohand Belkacem nous proposent un moment de discussion autour d’un programme inédit : la traduction des technologies numériques vers la langue kabyle. L’intérêt partagé par les deux discutants sur la stabilisation des pratiques linguistiques et la communication sur la toile, nous conduit dans les coulisses de ce projet. Sa genèse, ses étapes de réalisation et ses objectifs, à la lumière des évolutions technologiques et linguistiques récentes. Une discussion qui nous interpelle en filigrane sur le devenir d’une langue vivante mais menacée.



La langue kabyle (berbère) à l’ère des nouvelles technologies : de la notation latine usuelle à l’implémentation 2.0 et XML


Nacira Abrous : Tu es informaticien dans une société privée, tu as entrepris la traduction de logiciels et de plateformes technologiques vers le kabyle. L’an dernier, j’ai découvert tes posts sur la toile alors que tu venais de t’attaquer à l’une des plus lourdes (Mozilla Firefox pour : Thunderbird pour Windwos, Linux et MacOS, Evernote pour Android et Windows, WinSCP pour Windows). Tu établis les premières nomenclatures, des terminologies et tu tentes de nombreux procédés de traduction. En t’engageant sur cette voie, tu mets les deux pieds dans le domaine de la codification linguistique. Tu changes ainsi de langue de travail et de discipline, une sorte de transition linguistique et disciplinaire. Je trouve cela particulièrement impressionnant.

Mohand Belkacem : Non je n’ai pas du tout opéré de migration de carrière. J’exerce toujours mon métier dans le domaine des nouvelles technologies en tant que consultant technico-fonctionnel en solutions d’entreprises. Mon parcours scolaire, quoiqu’hétéroclite, a débouché sur un cursus d’informatique. Aujourd’hui, je tente de joindre l’utile à l’agréable ; je me suis retrouvé, par nécessité, engagé dans les sciences de la langue. J’estime que l’immersion dans la littérature et la linguistique est nécessaire pour s’imprégner de l’écrit dans un langage accessible et une syntaxe correcte. Une exigence fondamentale de la technique de localisation.


Ton engagement est donc le produit d’un cheminement personnel certes mais aussi celui du contexte actuel. On peut y voir un positionnement concernant « tamazight » malgré les évolutions juridiques opérés par l’État algérien à savoir sa constitutionnalisation en 2016. Est-ce le cas ?

Une prise de conscience identitaire précoce, à l’âge de onze ans, m’a discrètement conduit à de premiers cours d’écriture de ma langue maternelle, le kabyle. Je rêvais et espérais vivre ma langue sans restriction : à l’école, à l’université, dans ma vie professionnelle et au sein des institutions. Hélas, nous étions encore loin de tout cela. Je n’appartiens pas à cette génération qui a la chance d’avoir des cours à l’école aujourd’hui quand bien même cet enseignement est controversé dans sa forme et dans ses objectifs (Je me réfère à tes articles de 2010 [1] et 2013 [2] ». L’oppression linguistique et le déni font alors de moi un acharné ; j’étais déterminé à rendre visible le kabyle sur toutes les plateformes du Net. Dès ma première année universitaire commence un plan d’apprenant autodidacte, je me documente largement (Basset, Destaing, Cortade, Delheure, Dallet, Mammeri, Aliche, Chaker, D. Abrous, Mezdad, Nait Zerrad, Bouamara, etc.). Il a fallu du temps pour m’approprier les règles grammaticales et lexicales du kabyle. Je me voulais du même esprit scientifique que mes travaux techniques ; la meilleure démarche pour fournir des outils et des contenus sur mesure destinés à ma communauté.
D’un autre côté, le désir de rendre hommage à mes ainés qui ont dû faire des sacrifices pour qu’aujourd’hui nous puissions utiliser Evernote, Thunderbird, Firefox et autres outils en Kabyle, constitue un facteur de motivation. Disons que le militantisme et le pragmatisme se marient souvent bien.
Mon travail de base consiste à enrichir le lexique au besoin. Il a fallu préparer une base lexicale pour entamer un chantier jamais investi à ce jour ; un grand défi pour moi-même. Dès 2000, je me suis penché sur l’inventaire et la collecte, et moissonné des centaines de références numériques et en format papier. C’est sur cette base que j’ai lancé un projet test : la première localisation de « Odoo », un support de gestion d’entreprise… nous y reviendrons. Lors de mes missions, j’aimais le présenter en kabyle l’afficher fièrement sur un DataShow, pour jauger ses modes de réception et susciter des questions auxquelles je répondais avec fierté : « mais c’est du kabyle ! ».
Le temps de l’émotion étant passé, il a fallu se rendre à l’évidence qu’une démarche plus intelligente et ciblée doit viser un impact direct sur un utilisateur ordinaire et particulièrement les jeunes. C’était ma première cible en raison de la place prépondérante que prennent les technologies dans notre quotidien et le taux d’intégration d’internet en Kabylie et partout ailleurs. J’ai commencé à envisager la traduction. J’ai immédiatement ciblé deux domaines : les navigateurs et les réseaux sociaux. D’abord Firefox et Facebook mais faute de suites de la part de ce dernier, je me suis rapidement orienté vers VK, son homologue et concurrent, moins populaire mais tout aussi riche en fonctionnalités que Facebook, une véritable alternative pour nous.


Chaque discipline dispose de sa terminologie, son registre. Qu’est-ce donc la localisation pour un profane qui veut juste comprendre et investir ces outils pour faire exister sa langue sur la toile ? Je suppose que par-delà les aspects techniques et linguistiques, il doit certainement y avoir également une part de procédures. Qu’en est-il ?

Dans ce domaine on ne parle pas de traduction. Chaque langue est qualifiée de « locale » englobant à la fois des données communes aux utilisateurs du monde entier et des données propres à la langue elle-même telles : le format des dates et heures, les unités de mesure, la toponymie locale, les formules de politesse, les couleurs, et le calendrier. Localiser un outil dans une langue signifie « traduire et fournir les données qui lui sont propres ». J’ai d’ailleurs lancé un travail de contribution de la "locale Kabyle" auprès du consortium Unicode où siègent de grandes entreprises telles Google, Microsoft, Apple, IBM afin de fournir une base de données commune à tous les logiciels et contenus web du monde numérique tout en intégrant nos propres données. Cela facilite leur réutilisation et surtout la stabilisation des usages (orthographe, syntaxe). Mais le chantier est trop important pour être mené par une seule personne dépourvue de moyens matériels et d’encadrement académique mais l’urgence de la situation l’emporte sur toute réticence.


Pense-tu que ce genre de projet est à la portée de n’importe quel informaticien berbère sans le facteur motivation ? Comment rallier des spécialistes kabyles, bien nombreux dans le domaine technologique, à un tel projet ?

Au-delà de la volonté et de la passion, les travaux de localisation requièrent des connaissances transversales. D’une part, on ne peut pas traduire un outil dont nous n’avons pas besoin ou que nous n’utilisons pas. Il faut aussi cerner les deux aspects de l’outil : l’aspect technique et l’aspect fonctionnel. D’autres part, quand on se lance dans de tels projets, on se trouve immédiatement confrontés à un lexique nouveau. Il faut alors entamer un travail de recherche de type lexical et sémantique.


Les questions de lexique devient sensible avec une certaine surenchère et une frilosité que personnellement je trouve inhibiteurs. Peux-tu nous donner quelques exemples ?

Oui bien sûr. Notre démarche est simple. Nous nous basons sur les références existantes, publiées et validées dans des cadres académiques qui n’ont rien à démontrer. Nous privilégions bien évidemment le lexique local (kabyle). Nous procédons de plus en plus à la création selon les modes connus (dérivation, affixation, composition, périphrase, extension de sens, etc.). La littérature traditionnelle et contemporaine constitue, elle aussi, une ressource majeure, sa diversité nous permet d’accéder à la richesse intra dialectale du kabyle. Enfin, nous empruntons les lexiques d’autres langues berbères, ceux dont les auteurs sont identifiés et reconnus.
Alors, le terme anglais « cookie » signifie témoin de connexion. On suggère « anagi n tuqqna/inagan n tuqqna » ; « tuqqna » elle-même a pris le sens de « connexion ». En dernier recours, nous empruntons aux langues étrangères en adaptant à langue kabyle en considérant le genre, le nombre, dérivations possibles mais l’anglais reste de ce point de vue la source première de la néologie technique moderne comme pour toutes les autres langues du monde. Nous ne ferons pas exception et sa maîtrise est impérative. Je peux citer à titre d’exemple : « Aspam/Ispamen », « Ablug/Iblugen », « Apṛuksi/Ipṛuksiyen ».
Les connaissances d’autres domaines selon le projet ciblé sont parfois impératives. Ainsi, pour localiser une solution de gestion d’entreprise, en plus de l’utilisation dudit outil et des connaissances en langue kabyle, il faut aussi comprendre les métiers de l’entreprise. Il s’agit des catégories : achats, ventes, transactions, ressources humaines, finance, stock. C’est le cas pour d’autres domaines : la santé, le design, l’éducation, les arts plastiques, etc.


Bien que ce processus ininterrompu sur le plan individuel nécessiterait à lui seul une longue discussion. On ne peut pas mobiliser des compétences aussi diversifiées quand l’expérience de concepteur et d’utilisateur est limitée. Quelles sont les principales étapes qui ont marqué cette évolution depuis la toute première localisation en solo ?

« Odoo », le premier outil localisé est un outil destiné aux PME/PMI. Il gère les processus d’achat, de vente, de stock, de ressources humaines, de comptabilité et de production. Il est disponible sur Internet en « Open source ». Dès lors, j’ai découvert les aspects techniques, fonctionnels et linguistiques ainsi que d’autres outils tels les systèmes de gestion de la traduction (Translation Management System) qui accélèrent la localisation. À partir de là, j’ai compris les enjeux et l’impact de ces solutions. J’ai bien saisi que la technologie peut facilement faire émerger la langue kabyle si notre communauté s’y investit davantage. Une chance à saisir. Les systèmes du monde entier sont ouverts et sont à l’affut d’autres langues donc de nouveaux utilisateurs. Heureusement qu’il n’est pas indispensable qu’une langue soit officielle dans un pays pour qu’elle ouvre droit à la présence sur un outil. Si nous apportons la preuve du potentiel et d’utilisation, c’est suffisant. Les règles économiques l’ont imposé. Gagner une langue, c’est gagner une communauté, c’est donc gagner en visibilité donc « une part de marché ».
Vu que « Odoo » est destiné à un public restreint, il a fallu cibler plus large : le navigateur Firefox de Mozilla. Les négociations étaient rudes puisque le kabyle n’est pas disponible sur les outils connus. Aucune référence sérieuse à la langue kabyle n’est présente dans le monde numérique. Vers 2009, il y a eu une première tentative entreprise par d’autres localisateurs mais Mozilla a dû fermer la locale kabyle en raison de la lenteur des travaux. Du fait de mon insistance, j’ai fini par convaincre l’équipe Mozilla pour relancer l’opération en 2015. Lorsque la localisation a été finalisée, Mozilla ne voulait pas la mettre en ligne officiellement parce que j’étais l’unique localisateur. J’ai lancé un appel via les réseaux sociaux (je tiens à remercier R. At Ali Uqasi et la fondation Tiregwa du Canada qui l’ont relayé). Ensuite j’ai renforcé l’équipe kabyle et recruté progressivement d’autres membres sur la toile : des informaticiens, des linguistes et autres profiles des plus improbables mais tous berbérisants, non pas au sens académique mais ceux maîtrisant parfaitement la langue, son champ référentiel et des règles de l’écrit, de la syntaxe. Bien sûr, il est important d’être conscient des problèmes que pose la traduction dans la production écrite en général. Cela a abouti à « Firefox Kabyle ». Aujourd’hui, nous sommes présents sur tous les produits de Mozilla dont « Focus pour Android » et « Focus pour iOS » : deux navigateurs de dernière génération ainsi que ses contenus Web dont : « Mozilla Developer Network » (Aẓeṭṭa n ineflayen n Mozilla), « Mozilla.org » (Asmel Web Unṣib n Mozilla), « Thimble » (Amaẓrag n tneflit Web srid), etc.


Connaissant les profils des contributeurs bénévoles, je note qu’ils présentent des niveaux de compétence différents : la maîtrise du kabyle, de l’écrit, du jargon technologique, de l’anglais. Comment arrivez-vous à vous fédérer autour des projets successifs ? Je sais pour ma part que les distances rendent l’affaire un peu compliquée et exacerbent ces décalages.

C’est très difficile de répondre à cette question. En plus des compétences évoquées, ce travail requiert des connaissances transversales et nécessite un certain engagement sur un temps long et à long terme si possible un esprit de recherche, de la rigueur et des sacrifices en temps et en argent. Aucune institution ni mécène ne soutiennent ces travaux et nous n’avons pas assez de temps pour la prospective. La diversité et la densité des plateformes exigent des moyens colossaux. Sur le plan technique et logistique, il faut détenir un PC Windows pour tester un outil fonctionnant sous ‘Windows, également pour Linux, MacOS, iOS, Android, Ce matériel, il faut aussi savoir l’utiliser. Quand un outil est localisé, il faut le tester, vérifier s’il n y’a pas d’erreurs de traduction ou des bugs techniques, il n’est publié officiellement qu’après avoir été testé sur le plan linguistique et fonctionnel. Nous sommes encore jeunes dans ce domaine, nous nous contentons de ressources disponibles que nous pallions avec un échange permanent et fécond en réseau. La qualité des travaux et des localisateurs s’affinera certainement au fur-et-mesure que les travaux avancent mais nous continuons de nous documenter et de solliciter des avis.


Nous sommes à l’ère de la constitutionnalisation et comme tu le sais les États algérien et marocain tentent de construire un berbère standard par État. Toi et tes collègues, à l’instar des écrivains et des artistes de cette région berbère, vous utilisez le kabyle. Réalisme, facilité ou pragmatisme ? Si pour moi cela semble aller de soi, cela ne doit pas être le cas pour des milieux qui ont déjà intégré l’idée d’une unification de la langue berbère autour d’un standard unique.

Les travaux sont localisés au nom du kabyle pour diverses raisons, donc la grammaire adoptée est celle du kabyle. Utiliser « tamaziɣt » pour désigner « taqbaylit » ne correspond à aucune réalité sociolinguistique. Nous savons pertinemment qu’il n’y a pas de grammaire commune et que le nombre des occurrences est très important. Aucun ouvrage à ma connaissance ne prend en charge ou ne fixe une grammaire unique commune à toutes les langues berbères malgré l’existence d’un socle profond partagé. Il existe une réalité qui la désigne, ses locuteurs les kabylophones (Iqbayliyen), habitant pour la majorité une région dénommée Kabylie et dont les établissements scolaires et les départements universitaires de berbère, l’enseignement se fait en kabyle, dans l’Aurès en chaoui au lieu de la supposée « tamazight » au gré des recommandations institutionnelles - je me réfère encore à ce que tu as écrit en 2015 [3]. La profusion de la production littéraire et artistique se fait en grande partie en langue kabyle. Il est inadéquat de qualifier la "locale kabyle" avec le mot « tamazight » alors qu’en réalité c’est du kabyle dont il est question.


La notation usuelle en graphie latine a connu un certain avancement de Mammeri aux Recommandations de l’Inalco grâce à un usage étendu et de plus en plus prolifique. Pourtant il subsiste quelques pratiques différenciées. Quelle démarche de codification trouve-tu pertinente et techniquement valable ?

Il est important que le public sache que le kabyle est référencé et codifié par les organismes de standardisation internationaux. ISO lui a réservé le code « kab » dans la norme ISO 639-2. Le nom en anglais est « kabyle » et en langue locale est « taqbaylit ». Ce code « kab » est repris par toutes les plateformes de localisation (TMS) au monde dont : Transifex, Launchpad, Pootle, Pontoon, Crowdin, Weblate notamment. Au bout du compte nous sommes en phase de migration d’une norme de transcription vers une autre. Nous avons encore des lacunes sur le plan orthographique et grammatical ; une source de divergence. Par ailleurs, nous avons adopté les recommandations de l’INALCO (1996 et 1998) disponibles en ligne. Nous essayons toujours de nous rapprocher des universitaires de Kabylie et de la diaspora. Nous avons certes achoppé sur des difficultés, commis parfois des écarts sous la contrainte mais nous restons à l’écoute des conseils des linguistes et des enseignants universitaires identifiés et investis depuis de nombreuses années ; nous leur demandons clarifications et assistance, du moins à ceux que nous pouvons aborder et qui montrent une certaine adhésion. Autrement, nous ne sommes pas en mesure de rejeter l’héritage d’un demi-siècle à moins que nous proposions des alternatives rigoureuses et ce n’est pas notre mission. Ces travaux démontrent l’efficacité des caractères latins en raison de l’usage répandu et la facilité technique qu’ils offrent. La notation usuelle à base latine est la seule à pouvoir intégrer le kabyle dans les technologies de pointe ou encore plus loin vers les domaines de « source coding ». Le tifinagh, peu répandu, surtout si certains décident de l’écrire de droite à gauche, ce qui pose d’énormes problèmes aux interfaces Web comme c’est le cas des langues dont l’écriture est ainsi orientée, à moins qu’on le réserve au domaine de l’art de la littérature ou les sciences humaines. Dans ce cas, le tifinagh fera l’affaire et ne fera que retarder d’un peu la disparition du kabyle, une fois passée la phase de l’émotion et des symboles. Mais pourra-t-on instaurer « notre bigraphie » ? C’est certainement contre-productif. Le caractère arabe, hormis son incapacité à imposer la langue arabe elle-même dans les domaines techniques, son hégémonie historico politique ne fera qu’accélérer la disparition de notre langue par phagocytose.


Nous avons dès le début de nos échanges sur la toile évoqué le caractère déterminant des réseaux virtuels pour informer, vulgariser et valoriser ce travail de localisation et ses outils. Autrement dit, c’est la solution ultime au regard de l’absence d’espaces collaboratifs physiques, faute de soutien financier. Comment sont alors pensées la vulgarisation et la sensibilisation ?

Le danger de l’assimilation linguistique et culturelle nous guette principalement à cause des moyens de communication modernes. Cela nous met face à notre responsabilité. L’absence flagrante du kabyle dans les nouvelles technologies nous interpelle fortement malgré une production littéraire de plus en plus visible et utile pour la construction de la langue. Il est donc indispensable de se pencher sur des outils solides nécessaires à sa survie dont ceux que nous utilisons nous-mêmes pour communiquer et associer du monde à ce projet : le Net. Voilà pourquoi nous avons localisé un outil ciblant le grand public en fournissant Firefox ou le réseau social VK. Nous n’en sommes pas restés là. Nous avons lancé plusieurs projets de kabylisation d’outils de productivité tels les traitements de texte (LibreOffice et OpenOffice), d’image (MyPaint) et de vidéo (OpenShot video), de partage (Evernote), de messagerie électronique (Thunderbird), etc. Ces outils ciblent aussi un large public mais plus ou moins averti. Nous tentons d’apporter un argument d’efficacité et de fonctionnalité. Nous avons ouvert le chantier des systèmes d’exploitation en lançant « OpenSource », « Linux Mint. » afin de fournir le premier système d’exploitation pouvant gérer la totalité des tâches d’un ordinateur en kabyle. Il reste encore beaucoup de travail à faire sur le plan lexical et technique.
La troisième cible étant les informaticiens eux même. Nous avons fourni quelques outils techniques afin de leur permettre de s’approprier les registres techniques pour qu’ils puissent à leur tour, fournir un contenu et localiser d’autres outils tels : WinSCP, PScipter, PGAdmin
L’autre cible étant l’entreprise à travers des outils tels les ERPs. Odoo en est un exemple. L’objectif est d’amener l’employé kabylophone à travailler dans sa propre langue sur ces interfaces qu’il connaît déjà. D’autres projets sont toujours en cours ; nous attendons davantage de contributeurs pour progresser. Il est certes difficile d’accéder à des outils dont la fonction et le contexte d’utilisation sont nouveaux. Nous avons prévu un cycle de conférences et des sessions de formation dans les villages en Kabylie. Le plan n’a pas encore été mis sur rails mais le travail de vulgarisation a déjà commencé par le biais de conférences déjà relayées sur la toile.
La résultante de ce parcours est que « la locale kabyle » est conviée à une Rencontre internationale Mozilla sur les nouvelles technologies du Web et la localisation, à Paris. Au programme : des recommandations et des ateliers formation sur les actions à planifier (transmission, encadrement, vulgarisation des nouvelles technologies).
Comme dans tous les champs académiques, le champ berbères a pour objets d’étude la description linguistique, la littérature et les sociétés. Ce champ nouveau peut-il un jour investir ces espaces ? Quel message veux-tu transmettre à la communauté des chercheurs et des enseignants ?

Ces travaux ont en effet fait émerger des problématiques et des besoins nouveaux et il est temps de lancer de véritables travaux sérieux de lexicologie. Nous avons besoin d’inventorier notre lexique, de promouvoir des terminologies et impulser l’utilisation des registres portant sur un champ sémantique technique. En revanche, nous n’avons pas besoin de spécialisation pour travailler sur un lexique tel que les nuances de couleur, les expressions les plus simples pour rendre le traitement d’images ou de vidéo, le traitement de texte (Libre Office ou OpenOffice). Il existe plusieurs domaines où les lexicologues pourraient faire avancer rapidement les projets de localisation engagés. Nous en avons inventorié un certain nombre et nous sommes toujours en quête de moyens pour impliquer les universités et centres de recherche. De l’autre côté, la technologie kabylisée fournit des outils de reconnaissance vocale, aide à la saisie, correcteurs orthographiques et grammaticaux, des outils de TAL (traitement automatique de la langue) qui seront au service à la littérature, la linguistique et les arts kabyles.


"Ce qui garantira la survie du berbère, c’est la construction d’une véritable base sociale pour le berbère, d’un véritable espace social pour la langue berbère » disait Chaker en 2005. Finalement quand on se fixe de bonnes bases liées à la langue, d’autres choses en découlent naturellement, il suffit alors de ne pas les contrarier…C’est le cas pour toi, je pense. Alors si tu veux clore cette discussion avec un message aux utilisateurs : chercheurs, enseignants, étudiants et grand public…

Les Langues aujourd’hui se livrent à une concurrence technologique, et seules les langues ayant une certaine visibilité sur la toile peuvent résister à la déperdition et devenir utiles non seulement pour leurs locuteurs, mais aussi pour le restant de l’humanité si elles excellent aussi en innovation. Il ne s’agit pas de choisir car il est difficile de faire avancer nos travaux sans que la littérature, l’art ou la communication écrite spécialisée ou ordinaire ne soient également développés de leur côté. Aujourd’hui, plusieurs outils et contenus Web sont partiellement ou totalement localisés. Nous avons implémenté au moins un outil kabylisé sur : Windows, Linux, macOS, Android et iOS. La présence du kabyle sur toutes les plateformes est importante pour la suite des travaux. Elle ouvrira la voie à d’autres localisations. Il est aujourd’hui nécessaire de lancer des travaux impliquant la communication et les technologies numériques. Le défi des « digital humanities & sciences » doit être relevé par le monde académique berbérisant en invitant les étudiants et les stagiaires à se pencher sur ces thématiques et à y accorder un soutien financier au sein de leurs projets de recherches et leurs publications. On tient là de beaux projets de master et de thèse qui ouvriront des portes jusque-là fermées à notre langue. En tout cas, si les universités et les centres de recherches ambitionnent de se lancer, j’apporterai aide et soutien avec mon expérience technique, notre réseau et contribuerai à définir les priorités et les objectifs. Il suffit de prendre contact par email sur belkacem77 gmail.com
Enfin, ce ne sont pas les compétences qui manquent mais plutôt l’engagement, la détermination et les bonnes intentions. C’est pour cela que je tiens à remercier vivement les premiers contributeurs bénévoles bien motivés, en Kabylie et au sein de notre diaspora (France, USA et Canada), qui renforcent et portent aujourd’hui ce projet encore jeune mais combien prometteur.

Discussion transcrite et éditée par N. Abrous et M. Belkacem, le 22 mars 2017

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