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L'opération "Rameau d'olivier", une invasion turque du Kurdistan
lundi 26 février 2018
par Masin
Nous publions ci-après une traduction de l’anglais d’un article de Diliman Abdulkader, paru dans "National Discourse", intitulé "Operation Olive Branch", A Turkish Invasion of Kurdistan, paru dans la site "The National Discourse". La traduction en français est de "Kurdistan au Féminin".

La Rédaction.



Le 19 janvier, les Russes ont proposé un ultimatum aux Kurdes : permettre à Assad d’avoir toute autorité sur Afrin, en Syrie, ou de faire face à une invasion turque. Les Kurdes d’Afrin ont naturellement rejeté l’offre et les Russes ont retiré leurs troupes de l’enclave. Les Turcs l’ont envahi le jour suivant.
Le dilemme auquel les Kurdes étaient confrontés ne pouvait être avalé par les Afriniens. Permettre à Assad de regagner un territoire supplémentaire sur la Syrie n’était pas une option, et voir une entité étrangère régner sur leurs terres historiques était une menace certainement indiscutable. Les Kurdes se sentent trahis par la Russie mais s’attendent à ce que les Etats-Unis prennent une position plus responsable. Le responsable kurde Keno Gabriel a déclaré : "Par conséquent, nous tenons la Russie pour responsable de l’attaque turque et nous soulignons que la Russie est le partenaire criminel de la Turquie dans le massacre des civils dans la région."
Dans le deuxième mois, les combats ont été implacables. Le deuxième allié de l’OTAN, la Turquie, aligné avec la soi-disant Armée syrienne libre et les groupes affiliés à Al-Qaïda avec la permission des Russes, se bat contre les mêmes Kurdes qui ont combattu l’État islamique.
Afrin abrite quelque 1,2 million de personnes, dont près de 500 000 sont des personnes déplacées à l’intérieur du pays et des réfugiés qui ont fui le régime d’Assad et le groupe État islamique. Les Nations Unies ont signalé que 15 000 personnes supplémentaires ont été déplacées avec plus de 180 civils tués et 310 blessés. Le président turc, Erdogan, a promis que "l’opération Rameau d’Olivier", le nom turc de l’invasion, sera "achevée dans un très court laps de temps".
En raison de la durée inattendue de l’opération, la stratégie est passée d’une pénétration profonde dans le canton d’Afrin en quelques jours à l’établissement d’une ceinture de sécurité autour de la frontière turque. La Turquie devrait maintenant mener une guerre urbaine, se dirigeant vers la ville d’Afrin.

Le rôle des États-Unis.
L’administration Trump se trouve dans une position très difficile, surtout en ce qui concerne Afrin. Bien que les Kurdes soient des alliés des États-Unis en Syrie, organisés sous les Forces démocratiques syriennes (SDF), il n’y a pas de participation américaine à Afrin. Afrin est située dans le nord-ouest de la Syrie, tandis que les États-Unis sont situés à l’est de l’Euphrate.
Avant l’invasion, Afrin était contrôlée par les Kurdes comme elle l’est aujourd’hui, mais l’espace aérien est contrôlé par les Russes et les troupes russes étaient au sol, avant de se retirer ensuite. Peut-être que l’erreur des Kurdes était de ne pas inviter une sorte de présence américaine à Afrin plus tôt.
Ce qui a déclenché l’invasion d’Afrin a été l’appel de Washington à mettre en place une force frontalière de 30 000 hommes avec les YPG en Syrie. Les Turcs ont délibérément attaqué Afrin en raison de la possibilité zéro de la confrontation américaine, Afrin était connue comme un territoire plus faible de toutes les régions kurdes en Syrie.
La réponse américaine a largement ignoré la dure rhétorique d’Erdogan en continuant à soutenir les Kurdes à l’est de l’Euphrate sous le commandement des SDF. Cependant, Erdogan promet d ’"étrangler" les Kurdes indépendamment du soutien américain.
Erdogan a également menacé de continuer son opération au-delà d’Afrin et profondément dans le territoire syrien, spécifiquement Manbij. Manbij est une région dotée d’un personnel et d’avant-postes américains importants, ce qui est stratégique pour l’objectif à long terme des États-Unis en Syrie. Le général Joseph Votel, commandant du commandement central des États-Unis, a déclaré que "nous ne cherchons pas à retirer les forces américaines de Manbij", ce qui irrite davantage Erdogan.

Le rôle de la Russie.
La Russie a cherché à créer un fossé entre l’OTAN, la Turquie et les États-Unis, une stratégie réussie jusqu’à présent. La Russie n’a profité des attaques d’Afrin qu’en renforçant son influence sur Erdogan.
L’objectif à long terme du président russe Poutine est de manipuler Erdogan vers l’Est sans assumer pleinement la responsabilité de ses actions, et Erdogan est parti pour s’engouffrer dans cette brèche.
La Russie, après avoir permis aux Turcs d’envahir Afrin, a maintenant permis aux forces du régime syrien de soutenir les Kurdes. Cette stratégie pourrait être une tentative de forcer Erdogan et Assad à réparer les liens, en légitimant davantage le régime syrien. Les plus grands perdants du système russe sont les Kurdes. Une fois de plus, les Kurdes sont harcelés par des acteurs étatiques les plus puissants.

Le but d’Erdogan.
Le but ultime d’Erdogan à Afrin est de repousser toute présence kurde, bien que l’enclave soit principalement kurde. Un gouvernement dirigé par les Kurdes près de la frontière turque est considéré comme une menace selon la Turquie.
La peur fondamentale d’Erdogan d’un gouvernement kurde à succès en Syrie est que cela suscite une demande d’une plus grande autonomie dans le sud-est de la Turquie, qui abrite plus de 15 millions de Kurdes. Mais il y a un certain nombre de conséquences gênantes pour cette guerre provoquée par les Turcs, comme prolonger la guerre civile syrienne, faire dérailler une solution de paix, donner naissance à de nouveaux groupes de l’État islamique tout en créant une crise humanitaire incontrôlable.
De plus, Afrin pourrait être le point de départ d’un conflit syro-turc soutenu par l’Iran.
Les Kurdes craignent que le silence persistant de la part des États-Unis entraîne un nettoyage ethnique sur leurs terres. Erdogan a promis de remplacer les Kurdes par des Turcs ou des réfugiés syriens arabes de l’intérieur de la Turquie, comme quand il a menacé d’inonder les portes de l’Europe avec des migrants.
Si les Etats-Unis continuent d’autoriser la Russie à se frayer un chemin en Syrie, cela nuira à sa propre politique et forcera les Kurdes à compter sur le régime d’Assad. Les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de trahir leurs partenaires en Syrie, un sentiment trop familier aux Kurdes.


Diliman Abdulkader

Traduction de " Kurdistan au Féminin "

Lire l’article à la source : "The National Discourse"

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