C’est alors que le MCB-RCD avait accepté l’offre de l’Etat algérien et avait appelé à la reprise des cours à quelques semaines de la fin de l’année scolaire. Le mouvement du boycott fut cassé, la Kabylie divisée et démobilisée et les présidentielles algériennes ont bel et bien eu lieu sans le boycott de la Kabylie et Sadi Saïd candidat à la présidentielle...
Est-ce cet épisode qui est entrain de se reproduire à la veille d’une autre présidentielle algérienne ?
Editorial.
Depuis le soulèvement d’avril 2001, le gouvernement algérien alterne les vagues de répression avec les appels au "dialogue". Est-ce là les soubresauts d’un repenti qui tente de racheter son crime ? Ou, tout simplement, la dernière stratégie du système pour abattre, une bonne fois pour toutes, la Kabylie ? La question se pose tout d’abord pour les âarchs qui sont conviés à la table des négociations.
Depuis "l’ultime" appel au dialogue lancé par Bouteflika lors de sa visite à Sétif le 20 juillet, c’est le branle bas de combat au sein des âarchs : conclave sur conclave, toutes les coordinations se sont engagées dans un débat au terme duquel devait sortir la réponse à réserver au "président". Réunis, le 15 août, en assemblée plénière à Iwaqquren (Raffour - Bouira), les âarchs ont tranché la question en "donnant une suite favorable au dialogue".
C’est décidé, les âarchs iront donc négocier à Alger. Toutefois, ils nuancent leur réponse en refusant tout entretien préliminaire avec le pouvoir. Pour cause, la coordination de Bouira avait proposé une rencontre préparatoire avec le premier ministre algérien Ouyahia afin, soi-disant, de "déblayer le terrain et de lever toute ambiguïté". Cette proposition a été rejetée par l’ensemble des délégués qui n’ont pas souhaité, selon leurs propres termes, "se retrouver emballés, de fait, dans un dialogue de reddition". Or, il est plutôt a se demander si, le fait d’avoir donné suite à l’offre présidentielle n’est pas le synonyme, véritable, de la reddition si promptement prononcée à l’adresse des délégués de Bouira. Autrement dit, les âarchs, en disant "oui au dialogue", n’entraînent-ils pas la Kabylie dans une armistice à la faveur d’Alger ?
Les âarchs, pour leur défense, diront certainement qu’ils ont levé leur option en l’enserrant de conditions suspensives. En effet, les actes du conclave d’Iwaqquren du 15 août font état d’une série de points auxquels les âarchs n’entendent pas déroger et qui conditionnent la tenue effective des négociations. Ces points sont, notamment ; la libération des derniers détenus du mouvement kabyle et l’annulation de toutes les poursuites judiciaires contre eux ; la révocation des maires élus en octobre 2002 ; une amnistie fiscale pour les années 2001, 2002 et 2003 ; la réintégration des travailleurs licenciés pour leur engagement dans le mouvement citoyen et la re-parution des quotidiens algériens. Or, il n’est pas tout d’avoir posé des engagements préalables pour justifier d’un dialogue avec le gouvernement mais d’apprécier le sens, la valeur et la portée de ces conditions. En d’autres termes, ces conditions sont-elles suffisantes pour garantir la loyauté des négociations ?
De prime abord, ces conditions appellent le gouvernement sur le terrain. Il est en effet invité à prendre des mesures concrètes au bénéfice de la population kabyle en annulant les poursuites judiciaires, administratives et fiscales contre elle etc. Ceci n’est certes pas négligeable ; cependant est bien trop en deçà des aspirations de la Kabylie. Pour la Kabylie, la "Question" transcende bien les domaines économiques et sociaux pour être de nature politique voire nationalitaire. Et, il peut paraître choquant, ou tout du moins déplacé, que d’exiger d’aussi frêles garanties ; les luttes kabyles exigent bien plus que cela. De même, ce ne sont pas les intérêts kabyles que l’on recherche à protéger, en stipulant le caractère indérogeable de la reparution de la presse. Pour être brutal, il paraît surprenant de conditionner la tenue de négociations censés résoudre le lancinant problème kabyle en demandant au gouvernement de régler, au préalable, ceux des algériens.
Ce n’est pas en avalisant ces quelques préliminaires que le gouvernement emportera la confiance de la Kabylie. Pour mémoire, Bouteflika n’a-t-il pas violé sa propre Constitution en reconnaissant en mars 2002 le berbère comme langue nationale. Ce "sacrifice" consenti du chef de l’Etat algérien n’a pas moins rassuré la Kabylie de l’époque. Au contraire, elle s’est bruyamment fait entendre et a averti, dès l’instant, ceux qui parleraient en son nom, de toute dérive "dialoguiste".
La Rédaction de "Kra Issalen"


