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Haine de soi et commémoration sélective !
mardi 2 janvier 2018
par Masin

Étrange est-il ce lien qu’entretiennent certains Berbères avec la mémoire de leur peuple. Ils sont même, parfois, en guerre contre elle. Ils font tout pour la pervertir et la salir. Ils oublient délibérément certains de ceux qui ont œuvré pour défendre leur cause, développer leur langue, ceux qui ont peint, chanté, écrit, milité, donné de leur temps, de leur argent et parfois de leur liberté, pour l’épanouissement de leur culture et la reconquête des espaces cannibalisés par l’arabo-islamisme.

Ces Berbères préfèrent célébrer chaque année, avec faste, le discours de M6 à Ajdir, au cœur du Moyen-Atlas, par lequel le monarque marocain a enterré l’amazighité six pieds sous terre dans un tombeau flamboyant, l’Ircam [1]. Ce discours qu’ils qualifient d’"historique" a fait d’eux des esclaves, des soumis et des serviteurs "historiques". Cette institution, taillée sur mesure, a été au cours des quinze dernières années l’une des entreprises les plus efficaces dans la démolition de l’identité amazighe et dans la mise en application de la politique berbère de la monarchie. Tout ce que cet institut cannibale touche est voué à la médiocrité et à l’échec (enseignement, graphie, édition, télévision etc.). Maintenant que la mission de domestication et de corruption massive menée avec zèle par l’Ircam est presque achevée, la monarchie préfère le dissoudre et l’intégrer dans une deuxième institution officielle, également contrôlée par le Palais. La "date limite d’utilisation optimale" (DLUO) des Berbères de service est arrivée à son terme.

Ces Berbères de service ont tout fait pour plaire au système colonial en écrasant les valeurs de leurs ancêtres, en piétinant leur langue et en reniant la mémoire d’artistes, d’écrivains, de penseurs amazighs hostiles aux autorités. Ils ont aussi tout fait pour exclure de la mémoire collective des événements majeurs dans l’histoire du Mouvement berbère, en les banalisant, en les vidant de leur sens ou en s’attaquant, à travers leurs misérables pions, à leurs initiateurs.
Ces mêmes Berbères n’ont jamais, par exemple, pensé à commémorer les détentions de Tilelli de mai 1994, la disparition de Boujemaa Hebaz (avril 1982), de Qadi Qeddour (15 septembre 1995), de Nbark Oularbi (9 janvier 2011), de Muhend Saidi Ameziane (21 décembre 2013) et bien d’autres. La raison est simple : Ces noms les dérangent profondément. Ils leur font honte. Leurs actions ne plaisent pas par ce qu’ils avaient choisi de résister, avec détermination et non de se prostituer aux portes de Palais royal.
Ils ont choisi de les oublier par ce qu’ils n’ont, en réalité, aucune considération pour les leurs. Ils n’ont que mépris pour la langue amazighe. D’ailleurs, la plupart d’entre eux n’ont jamais publié quoique ce soit dans cette langue. Ils préfèrent écrire et parler, dans les langues des autres, de préférence dans celle du colonialisme arabo-islamique.

Ce qui intéresse ces invertébrés, c’est de tirer profit matériellement de leur situation, surtout de plaire à la monarchie et d’appliquer à la lettre ses consignes. Leur seule obsession est de se faire éjecter des strapontins qu’ils occupent par manque de loyauté. Ils sont prêts à renier leurs frères pour un seul regard de satisfaction de la part de leurs maîtres.

Ce qu’ils ont toujours cherché est de corrompre toute action allant à l’encontre de la politique officielle, de recruter largement des "suiveurs" et surtout d’empoisonner les esprits et les cœurs en attribuant généreusement, chaque année, multiples "prix" et autres "subventions".
Heureusement que les mémoires de Muhand Saïdi, de Nbark Oularbi, de Boujemaa Hebaz et d’autres échappent, pour le moment, à l’instrumentalisation. Elles sont aussi indomptables que leurs œuvres. Elles sont libres. Il faut tout faire pour sauver les mémoires de ces héros avant qu’elles ne soient salies par la monarchie et ses relais. Si le danger persiste c’est par ce que la monarchie a cette capacité et facilité de corrompre au sein de la mouvance amazighe. Et elle n’hésitera pas à tenter de récupérer la mémoire de ses pires ennemis afin de l’instrumentaliser à son profit. Un travail déjà entamé : en témoigne ce qui est déjà fait pour la récupération de la mémoire de Boujemaa Hebaz. Et très souvent les proches sont mis à contribution.

Il est plus qu’urgent de défendre la mémoire de notre peuple afin d’éviter qu’elle ne soit pervertie par la monarchie et ses Berbères.

A. Azergui

P.-S.

La caricature est de Muḥand Sɛidi.

Notes

[1Ircam : Institut royal de la culture amazighe.

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