Ce qui peut sembler anormal, c’est le fait que l’assassin, arrêté deux mois plus tard par la police française, fut "envoyé" à Alger par les autorités françaises. En effet, sur décision de Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, deux arrêtés d’expulsion en urgence absolue ont été pris à l’encontre de l’assassin, Abdelmalek Amellou et sa concubine soupçonnée d’être sa complice dans le crime. Les quels arrêtés sont signés le 12 juin 1987 par Robert Pandraud, alors ministre délégué à la Sécurité. Et au préfet de police de Paris de l’époque, Jean Paolini, de faire exécuter les deux arrêtés.
Comment interpréter cela si ce n’est par un geste d’amitié et de solidarité de l’Etat français envers l’Etat algérien.
Mais en réalité, tout cela n’est ni étonnant ni surprenant : la France a l’habitude de protéger le régime algérien et lui apporter soutien et assistance.
Malgré toutes les tentatives qui ont été faites pour que la justice puisse faire son travail n’ont pas abouti.
Les raisons d’Etats sont décidemment un frein pour que l’affaire Mécili puisse se dénouer.
Ainsi, Annie Mécili, veuve d’André Mécili, a-t-elle décidé d’interpeller les candidat(e)s à l’élection présidentielle française afin qu’ils se prononcent sur cette affaire et dire notamment s’ils sont prêts à "mettre un terme au scandale que demeure l’affaire Mécili".
Nous publions ci-après l’intégralité de la lettre ouverte adressée par Annie Mécili aux 12 candidats à l’élection présidentielle française.
La Rédaction.
Madame, Monsieur
Voici qu’approche l’élection présidentielle pour laquelle vous avez fait acte de candidature, voici qu’est annoncé le temps du changement.
Afin de ne pas espérer en vain, j’ai besoin de m’assurer, comme cela a été récemment soutenu à propos de la Chine ou encore de la Russie, que la France désormais ne s’interdira plus de dénoncer les violations des droits de l’homme où qu’elles soient commises et par quelque État que ce soit.
Le 7 avril 2007, il y aura vingt ans que l’avocat Ali Mécili, né André, compagnon de Hocine Aït-Ahmed, a été exécuté à Paris où il avait choisi de vivre et d’exercer son métier. Il était français et algérien à la fois par l’effet d’une histoire douloureuse liant nos deux pays. Et de cette double appartenance, il avait fait une force vive au service du combat qu’il a livré toute sa vie pour la justice et la liberté, pour le respect des droits de l’homme et pour l’instauration de la démocratie en Algérie. Son assassin présumé, rapidement interpellé et trouvé porteur d’un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne, a aussitôt été soustrait à la justice française et expulsé en Algérie, en urgence absolue, ainsi rendu à ses commanditaires par décision de Robert Pandraud, alors ministre délégué chargé de la Sécurité. Depuis, sa famille, ses amis, tous ceux qui portent en eux les valeurs qui furent les siennes attendent que justice lui soit ren-due.
Afin de n’être pas déçue, j’ai aujourd’hui besoin de savoir : serez-vous celle ou celui qui saura mettre un terme au scandale que demeure l’affaire Mécili, serez-vous celle ou celui qui saura garantir le triomphe de l’État de droit sur la raison des États quels qu’ils soient et forcer ainsi le respect ?
L’avenir des relations entre deux peuples qui ont tant à partager ne saurait se construire sur un déni de justice.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon espérance et vous prie de croire en l’assurance de ma considération distinguée.
Annie Mécili
Paris, le 3 avril 2007.




