Insi s’est rendu à El Mouradia, où il s’est entretenu avec Monsieur Bouteflika, le président de l’Algérie. Celui-ci l’a reçu sur son lit. Il jouait avec un chapelet et une boite d’allumettes. Voici le contenu de l’entretien.
Insi : Bonjour monsieur le président.
Boutef : Comment ?
Insi : Bonjour.
Boutef : Hm ! C’est toi ?
Insi : Ca va comme vous voulez monsieur le président ?
Boutef : Comme je peux, comme je peux.
Insi : C’est l’estomac ?
Boutef : Oui. A force de bouffer de la viande, de la viande, de la viande...
Insi : Vous ne sortez plus en ce moment ?
Boutef : Non. Le médecin m’a conseillé de rester à la maison, tout près des toilettes.
Insi : La diarrhée ?
Boutef : Une vraie. Elle me taraude les boyaux. Et puis tous ces imbéciles de courtisans qui me tournent autour...
Insi : Ils s’inquiètent pour votre santé, monsieur le président.
Boutef : Plutôt pour sentir ma chiasse. Ils adorent ça.
Insi : Revenons à la politique.
Boutef : Quoi ? Ca ne va pas la tête ? La seule politique qui compte en ce moment, c’est mon estomac.
Insi : Vous êtes au courant du retour d’Aït Ahmed ?
Boutef : Il est venu sentir ma chiasse lui aussi ?
Insi : Non, il est venu pour le congrès du FFS.
Boutef : Je sais puisqu’il m’a demandé l’autorisation.
Insi : Alors ?
Boutef : C’est bien qu’il soit venu.
Insi : Pourquoi ?
Boutef : Il légitimera, encore une fois, le système qu’il pense combattre.
Insi : Comment ça ?
Boutef : La preuve, aux yeux du monde, qu’on laisse se réunir notre opposition, non ?
Insi : C’est vrai.
Boutef : C’est bien ce que fait Aït Ahmed, il tient bien la vitrine.
Insi : C’est vrai aussi.
Boutef : Tiens, il est venu tout seul ou avec sa famille ?
Insi : Je ne sais pas.
Boutef : Il fera peut-être le ramadan chez nous, inchallah ! J’irai bien l’embrasser le jour de l’
Aïd Elfitr.
Insi : Oui !
Boutef : Ah le frère Aït Ahmed ! Il a quel âge maintenant ?
Insi : Très vieux.
Boutef : A son âge, il croit encore aux congrès... en Algérie, en plus. Comme dirait l’autre : "Le temps ne fait rien à l’affaire ; quand on est con, on est con."
Insi : Vous êtes un peu dur avec lui monsieur le président.
Boutef : C’est vrai. J’avoue. L’autre fois je lui ai même fait mal au cœur.
Insi : Il est guéri, je crois.
Boutef : C’est la concorde nationale. Je vais lui envoyer un message de félicitations pour son congrès.
Insi : C’est vrai ?
Boutef : Oui. Le grand frère Aït Ahmed. Il mérite bien un hommage.
Insi : Comment ça ?
Boutef : Il va bientôt passer la main lui aussi.
Insi : Il paraît qu’en ce moment votre armée met le feu à la Kabylie ?
Boutef : C’est un feu d’artifice, pour accueillir le grand frère Aït Ahmed.
Insi : Qui a donné l’ordre de brûler la Kabylie, monsieur le président ?
Boutef : Comme dirait Aït Ahmed : "Le système."
Insi : Mais vous êtes à la tête du système monsieur le président.
Boutef : Si c’était le cas, j’aurais mal à la tête, non à l’estomac, idiot.
Insi : Les Kabyles veulent connaître les responsables.
Boutef : On leur enverra monsieur Issad pour une nouvelle enquête. T’inquiètes.
Insi : Comme la précédente.
Boutef : Qu’est-ce qu’elle a la précédente ?
Insi : Bien.
Boutef : Ben oui. Monsieur Issad est un Kabyle, libre et autonome.
Insi : Passons. De toute façon, les Kabyles sont furieux en ce moment.
Boutef : C’est un bon signe ; ça prouve que le pouvoir va bien.
Insi : Comment ça ?
Boutef : La colère kabyle est notre ciment ; ça renforce notre unité au niveau de l’Etat.
Insi : Attention, y’en a qui pensent à l’autonomie...
Boutef : Bof !
Insi : Vous n’avez pas entendu parler du congrès du MAK, monsieur le président ?
Boutef : Tu vois mon petit, rien ne se fait dans ce bordel, pardon dans ce pays, sans mon aval.
Insi : L’attentat de Batna aussi ?
Boutef : Bien sûr !
Insi : Il parait que la guerre des clans pour votre succession a d’or et déjà commencé ?
Boutef : Vous êtes marrants, vous les Kabyles. Chaque fois que vous avez le feu au cul, au lieu de l’éteindre, vous montrez un supposé feu au sommet de l’Etat.
Insi : Mais tout brûle là-bas.
Boutef : Tant mieux !
Insi : Ca va devenir un désert, monsieur le président.
Boutef : C’est bien, ça vous changera les idées.
Insi : Comment ça ?
Boutef : Le désert favorise bien la langue arabe et l’Islam.
Insi : Et les mirages.
Boutef : Ddin mmouk !
Insi : Mais...
Boutef : Y a pas de "mais". Puis, donne-moi ton calepin.
Insi lui donne son calepin, Boutef prend sur la table de chevet un flacon d’essence d’Algérie, fabriqué en France, le montre à Insi : tu vois ça ?
Insi : C’est l’essence d’Algérie, vous êtes enrhumé, monsieur le président.
Boutef : C’est l’odeur des incendies...
Boutef arrose le calepin d’Insi avec de l’essence, prend sa boîte d’allumettes et le brûle en lui disant avec un sourire : Hmmmmmmmmm !!! ça sent l’olive ! Ca débouche les narines.
Insi : Monsieur le président...
Boutef : Chut ! Va maintenant. Il faut que j’aille aux toilettes, je suis pressé de l’intérieur.
Insi : Par Zerhouni ?
Boutef : Dégage !
Insi : Un peu de respect monsieur le président !
Boutef appelle sa garde : Brûlez-moi ça !
Des barbouzes sortent de partout avec des torches et un baril de pétrole à 75 dollars, Insi saute par la fenêtre et prend la fuite.
Boutef, criant : Emmenez-moi aux toilettes !
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