Insi : Ça va Monsieur Aït Ahmed ?
Aït Ahmed : Qui ?
Insi : Tu es Hocine Aït Ahmed, non ?
Aït Ahmed : Moi je m’appelle Hadj Messali.
Le serveur se pointe. Aït Ahmed demande un café calva et Insi un café.
Aït Ahmed : Tu ne bois pas d’alcool ?
Insi : Pas quand je suis en service.
Aït Ahmed : Quoi ? Tu es des services ?
Insi : Non. Je suis en service.
Aït Ahmed : Ah !
Insi : Et toi ?
Aït Ahmed : Moi je suis en opposition.
Insi : T’es pas encore en retraite ?
Aït Ahmed : Quand j’avais pris ma retraite, tu n’étais pas encore né.
Insi : Ah bon !
Aït Ahmed : Fais un tour à Aït Zellal, et tu verras
Insi : Et pourquoi tu t’agites encore contre le pouvoir algérien alors ?
Aït Ahmed : C’est juste pour perpétuer la légende.
Insi : Est-il vrai que tu parles sept langues ?
Aït Ahmed : Abslument !
Insi : Lesquelles ?
Aït Ahmed : Je parle les langues des Ben Bella, Djabellah, Mehri, Hamrouche, Tayeb Ibrahimi, Cheikh Abassi et Ssi Heddam.
Insi : Tu parle la langue de Saïd Sadi ?
Aït Ahmed : Désolé, mais je ne parle pas les dialectes.
Insi : T’as une belle montre !
Aït Ahmed : C’est mon petit fils qui me l’a offerte ?
Insi : Elle est belle !
Aït Ahmed : Dix-huit carras. Montre suisse. Elle fait tout : téléphone, radio, calculette, agenda, réveil, GPS... Tout, même le fax.
Insi : Surtout le fax.
Aït Ahmed : J’adore le fax.
Insi : Il s’appelle comment ton petit fils ?
Aït Ahmed : Tabou. Il est gentil.
Insi : C’est le fils de ton fils ou de ta fille ?
Aït Ahmed : De mon fils aîné. Celui que j’ai eu à Akfadou.
Insi : Il s’appelle comment ?
Aït Ahmed : Djedaï. Il est gentil.
Insi : Tu l’as eu comment ?
Aït Ahmed : Chut ! Totem et tabou.
Insi : T’as un gentil chien ?
Aït Ahmed : C’est une chienne. Elle s’appelle Djebha Elqiwa Lichtirakiya. C’est un cadeau de mon ami Mécili.
Insi : T’as pas de chiens ?
Aït Ahmed : Si. J’en ai même beaucoup.
Insi : Que fais-tu en ce moment ?
Aït Ahmed : Je prépare mon retour en Algérie.
Insi : Encore ?
Aït Ahmed : Comme dirait Rachid Ali Yahia, j’irai faire des conférences et des meetings partout en Algérie : à Fort National, à Michelet, à Azazga, à Akbou, à Bouira, à Tizi, à Bgayet... Partout partout en Algérie même à Sidi Djafar.
Insi : Dis plutôt en Kabylie.
Aït Ahmed : Peut-être que je ferai un tour au village.
Sur ce, sa montre sonne. Aït Ahmed s’excuse auprès d’Insi et s’en va à petits pas derrière sa chienne. Insi de son côté, règle les boissons, range son carnet et quitte le bar.




