Satire
Abrika - Ouyahia : la gerbe de l’amnésie...
5 mai 2005
Entretien imaginé par INSI
Des milieux d’extrême gauche à l’université de Tizi-Ouzou, au Comité Bessaoud Mohand Arav en passant par la Fondation Lounès Matoub, c’est avec les Archs que le jeune Abrika a pu être propulsé. Depuis le printemps noir, la presse algérienne en a fait la "figure de proue" du mouvement citoyen.
INSI s’est intéressé à ce personnage et a tenu à le rencontrer. Même si le contact était difficile, INSI a pu lui arracher une interview que nous vous livrons ci-après.
Insi : Abrik-a, comment êtes-vous devenu si célèbre ?
Abrika : Comme tout le monde, grâce à la presse nationale et indépendante à laquelle je rends hommage.
Pouvez-vous nous donner plus d’informations sur les pourparlers que vous avez engagés avec le gouvernement algérien ?
Pas plus que ce que vous avez vu à la télévision. La salle de réunion est immense. Après une minute de silence sous l’hymne national, nous avons commencé à négocier autour d’une grande table. Je ne vous cache pas que le climat est serein.
A midi, on mange bien : des crevettes, du poulet, des bananes,... Ce n’est pas comme dans les conclaves. Je vous assure que tous les délégués présents s’en souviendront de ces jours-là.
Alors ! On vous a bien gâtés ?!
Pour discuter de la plate-forme, il faut avoir une bonne forme. Il faut bien manger et pas n’importe quoi !
On ne rentre pas au palais du gouvernement pour sortir moins....
Que voulez-vous dire ?
Je fais allusion à l’expression du docteur SS...
Qui ce qu’il a encore dit ?
On ne rentre pas en prison pour...
Pour quoi ? Lui, il est de toutes façons foutu, Il est jaloux de la dynamique citoyenne et de la mobilisation que le mouvement des archs a engendré. Nous lui avons fait de l’ombre. En tout cas, je ne parle pas de lui.
De quoi avez-vous discuté ?
De tout : Week-end universel, la présidence du FLN, la succession du pape et du dernier album d’Aït Menguellet.
Je ne parle pas de discussions des coulisses, mais autour de cette grande table...
Rassurez-vous ; dans les coulisses, on a discuté d’autres choses.
Par exemple ?
De beaucoup de choses ! Mais je ne dis rien, sinon mon ami Gherbi va m’en vouloir.
Mais lui, il n’est pas rentré dans ce round de dialogue.
Lui, c’est, éventuellement, pour la deuxième mi-temps voire les prolongations.
Bon ! Quand est ce que vous allez aborder la plate-forme d’El-Kseur ?
Plus ça tarde, mieux c’est !
Enfin, vous êtes résolus à négocier la plate-forme avec le pouvoir mafieux et assassin ?
N’accusez pas le pouvoir d’être assassin !
Il faut tourner la page, sinon on ne sortira pas de cette impasse. Le pardon c’est sacré, c’est le seul moyen de nous conduire vers la démocratie, les droits de l’homme, la justice sociale et le paradis.
Donc vous avez soutenu la concorde civile ?
La concorde nationale, mon cher !
Pour une fois on va s’entendre et nous allons bientôt retrouver la paix et la fraternité !
C’est qui « ON » ?
Nous, les Algériens ! Les islamistes, les Kabyles, les Arabes et même les baathistes.
Pensez-vous que ça va réussir ?
Ne vous inquiétez pas, notre président a la formule magique.
C’est quoi cette formule ?
Le baril à 55 $.
Que pensez-vous d’Aït Ahmed qui accuse les Archs de Moukhabarat ?
Lui, il est de toutes façons foutu. Il est jaloux de la dynamique citoyenne et de la mobilisation que le mouvement des Archs a engendrée. Nous lui avons fait de l’ombre. En tout cas, je ne parle pas de lui.
Mais le mouvement ne draine plus de foules comme avant, il est presque réduit à des communiqués.
Vous aussi, vous êtes foutus, vous êtes jaloux de la dynamique citoyenne et de la mobilisation que le mouvement des Archs a engendrée. Nous vous avons fait de l’ombre, de toute façon, je ne continue pas l’interview.
Mais c’est pour la Télévision algérienne !
Alors soyez civilisé et soignez vos questions.
Vous venez d’accueillir votre ami Ouyahia en Kabylie et, ensemble, vous avez déposé une gerbe de fleurs sur la tombe de Massinissa...
C’est un pas vers la réconciliation et M. Gaya, pardon Khaled Guermah était content.
Ne dit-on pas que « Le criminel revient toujours sur les lieux du crime » ?
Ouyahia est un homme honorable ! D’ailleurs c’est un Kabyle. La preuve ; il a présenté des excuses de l’Etat algérien aux familles des martyrs.
Alors, parlons de la plate-forme d’El-Kseur !
Nous avons toutes les garanties que la plate-forme sera mise en œuvre !
Comment le pouvoir va-t-il juger les assassins et leurs commanditaires ?
Il n’y a pas de commanditaires, vous n’avez rien compris. Chaque gendarme a agi de son plein gré. Comment voulez-vous juger quelqu’un à Alger alors que l’évènement s’est produit en Kabylie. Soyons réalistes !
Pour les assassins, ils ont été jugés et condamnés, c’est publié dans El-Moudjahid et La Dépêche de Kabylie.
Et pour le départ des gendarmes ?
Ce ne sont pas les gendarmes qui dérangent en Kabylie, c’est la couleur de leur tenue. Moi et mon ami Allouache, nous avons proposé à notre ami Ouyahia qui va proposer à son chef Toufik et qui, à son tour, va ordonner à Boutef que les gendarmes doivent se vêtir d’une tenue de couleur bleue comme la police. Ainsi, on ne va pas les reconnaître.
Pour le statut de Tamazight ?
C’est vrai qu’il faut faire une grande statue pour Tamazight. Dans un grand carrefour en pierre taillée et une inscription en langue nationale.
Je ne parle pas de la statue, mais du statut de la langue. Comment tamazight sera-t-elle reconnue ?
Ne vous inquiétez pas : la statue sera grande au point qu’elle devienne reconnaissable de très loin.
C’est pour quand la suprématie du civil sur le militaire ?
Patience ! Ce n’est pas du jour au lendemain. Il faut aller doucement, notre pays est très jeune, il n’est pas encore mûr pour la démocratie. Vous savez, avec tous les agents de la sécurité militaire qui contrôlent les institutions comme l’administration, les partis politiques, les associations, les équipes de foot, les universités, les Archs et les boites de nuit... On ne peut licencier tous ces agents qui ne font que leur travail. Ils sont aussi algériens. Sinon, il y aura du chômage.
Mais ne vous inquiétez pas, ça commence petit à petit. Même Toufik ou Smain quand je les vois, ils viennent en civil, en costume, pas de tenue, pas de galons ni d’armes.
Vous rencontrez Toufik et Smain ?
Jamais les deux à la fois.
Que pensez-vous de l’autonomie pour la Kabylie ?
Les Archs rejettent cette option de sortie de crise. Nous militons pour une Algérie une et indivisible : c’est scellé et non négociable...
Mais les Archs n’existent qu’en Kabylie !
C’est faux, nous avons des délégations sur l’ensemble du territoire national : à Tizi, Béjaia, Bouira, Sétif, Boumerdes et Bordj-Bou-Areridj !
Pourquoi demandez-vous la démission des indus élus uniquement en Kabylie ?
Pour que nos délégués prennent leurs places comme DEC. Nous avons, déjà, une certaine expérience avec la gestion du quartier des Genêts à Tizi-Ouzou.
Avez-vous consulté les citoyens ?
Bien sur, à chaque fois qu’un événement est de taille, la décision revient à la base. Par exemple, cette fois-ci, nous avons organisé un vote avec "Pile" ou "Face" : on jette une pièce, si c’est "Pile" On ira au dialogue, si c’est "Face" On ne boycottera pas.
C’est quoi le résultat ?
85 % pour le dialogue, comme Boutef.
Il n y’a que 15% qui ont voté contre ?
Non, les 15%, ce sont ceux pour qui la pièce n’est pas encore tombée.
Au fait, quand est-ce que je passe à la télévision ?
Mais la télévision algérienne n’est pas la bienvenue chez nous ?
Ecoutez moi, le conflit est terminé, la télévision a demandé des excuses et moi-même j’ai parlé au JT de 20 h pendant 15 mn.
Alors, c’est pour qui l’interview ?
C’est pour les internautes de Tamazgha.fr !
Je peux dire un dernier mot ?
Bien sûr !
Pourvu que ça dure !
Entretien imaginé par INSI
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