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Tout le monde contre Imucagh

12 octobre 2007, 18:12

La Chine , la Russie et les Etats Unis équipent l’armée Nigérienne pour combattre la rébellion Touareg

LE MONDE du 12.10.07

Pendant le ramadan, les armes se sont tues dans le nord du Niger. Quelques centaines de rebelles touaregs d’un côté, les militaires de l’autre, chacun a respecté la trêve. Et maintenant ? "Nous allons reprendre l’offensive. On va bouger. Il est hors de question de déposer les armes même si des négociations s’ouvraient demain dans un endroit neutre", nous a affirmé jeudi 11 octobre par téléphone Aghali Alambo, le chef des rebelles du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ).
C’est donc une fin de non-recevoir qu’opposent les rebelles touaregs au chef de l’Etat, le président Mamadou Tandja, qui, le 2 octobre, interrogé par Le Monde, les avait invités à "déposer les armes" en préalable à l’ouverture de négociations.
Les militaires nigériens campent également sur la même ligne dure. "Il faudrait donner une leçon aux rebelles avant de commencer à négocier. Ça nous placerait en position de force", lâche un officier supérieur, sous couvert d’anonymat.
Si l’armée, qui ne compte que quelques milliers d’hommes, a envie d’en découdre dans le Nord, désormais placé sous un régime d’exception (l’accès en est interdit à la presse), c’est aussi pour effacer l’humiliation subie en juin lorsque les Touaregs du MNJ ont attaqué le camp de Tazerzeit, au nord d’Agadez. Une quinzaine de soldats ont été tués au cours des combats et des dizaines d’autres blessés.
Face à des Touaregs équipés de véhicules tout-terrain flambant neufs et d’armes dérobées à l’armée ou achetés dans les pays voisins, les Forces armées nigériennes (FAN) se sont renforcées. La Chine a fourni des camions de transport de troupes ; la Russie, des hélicoptères d’attaque qui seraient en cours de montage tandis que les Américains, de plus en plus présents dans la bande sahélienne au nom de la lutte antiterroriste, fourniraient à Niamey la retranscription des conversations téléphoniques satellitaires entre rebelles. "Le temps joue en notre faveur. Le terrain nous est davantage familier. Nous nous sommes aguerris", ajoute l’officier des FAN.
Dans sa soif de revanche, l’armée peut compter sur le soutien d’une poignée de militants jusqu’au-boutistes, comme Nouhou Arzika, un tribun populaire passé en quelques mois de la lutte "contre la vie chère" à un nationalisme échevelé. Aux yeux de cet économiste, la rébellion touarègue a partie liée avec la Libye et le groupe nucléaire français Areva, qui exploite les mines d’uranium du Niger. Installé dans le centre de la capitale, au siège de son association, Nouhou Arzika ne fait pas dans la nuance. "Les rebelles sont à la solde d’Areva et de Kadhafi. Les deux ont intérêt à ce que l’insécurité règne dans le nord du pays", jure-t-il.
Sur Internet, des sites ont fait leur apparition qui propagent un discours raciste. Sur certains d’entre eux - fermés tout récemment -, les Touaregs sont traités de "rats sans conscience" tandis que le chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, est prié de "laisser (le) pays tranquille".
La majorité de la population reste imperméable au discours anti-Touaregs de M. Arzika et de ses proches. "Le brassage des populations empêche les dérapages identitaires, explique l’universitaire Djibo Hamani. Au Niger, il y a des Touaregs dans toutes les régions. Et la majorité d’entre eux est noire, pas blanche."
Si les extrémistes ont échoué à monter les communautés les unes contre les autres, les tentatives du MNJ pour élargir sa base et fédérer les mécontents du régime n’ont pas davantage réussi. Dans les rangs rebelles ne se retrouvent qu’une minorité des Touaregs nigériens. "Les plus pauvres, ceux qui vivent dans les zones pastorales du nord, dans le massif de l’Aïr", précise M. Hamani.
Quant aux partis politiques de l’opposition, ils n’ont pas basculé du côté du MNJ. "Cette rébellion est née alors que la démocratie se développe au Niger", assure le numéro deux du principal parti de l’opposition, Mohammed Bazoum. Et de conclure : "La rébellion n’a aucune raison d’être et nous la condamnons."

Jean-Pierre Tuquoi

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