Le revers polynésien de Nicolas Sarkozy, par Xavier Ternisien - LE MONDE | 27.09.07 | 14h20
Bien sûr c’est loin. Bien sûr, cela intéresse peu les commentateurs politiques, plus préoccupés par ce qui se passe à Londres, Berlin ou Washington. Il n’empêche : le retour de l’indépendantiste Oscar Temaru à la tête de la Polynésie française, élu grâce à une majorité relative le 13 septembre, constitue un revers pour Nicolas Sarkozy.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République a apporté son appui, de manière ostensible, au président autonomiste Gaston Tong Sang, qui avait été élu le 26 décembre 2006. Il l’a reçu à l’Elysée début juillet. Il a annoncé la signature d’un contrat de projets avec le gouvernement polynésien pour un montant de 430 millions d’euros.
Mieux, M. Sarkozy devait réserver sa première visite en outre-mer à la Polynésie, fin octobre ou début novembre. Cette politique a trouvé ses limites lors du renversement du gouvernement Tong Sang, le 31 août, censuré par une coalition hétéroclite rassemblant des indépendantistes et des autonomistes du Tahoeraa huiraatira, le parti de Gaston Flosse.
Territoire d’outre-mer vaste comme l’Europe, la Polynésie est dotée, depuis 2004, d’un statut de large autonomie.
– Elle élit une assemblée territoriale, laquelle élit à son tour un chef de l’exécutif, qui porte le nom de président de la Polynésie.
– Le fenua ("pays" en polynésien) possède tous les symboles de la souveraineté : drapeau, hymne national, gouvernement.
– L’Etat français y conserve ses prérogatives régaliennes : police, justice, armée, politique étrangère.
–Enfin, le président de la République a le pouvoir de dissoudre l’assemblée territoriale.
Désormais, le gouvernement français va devoir composer avec un partenaire peu commode. Fondateur du parti indépendantiste Tavini huiraatira, M. Temaru a déjà présidé la Polynésie à deux reprises, de mai à octobre 2004, et de mars 2005 à novembre 2006.
Fantasque, imprévisible, il a multiplié les provocations, annulant au dernier moment une entrevue avec M. Chirac en juin 2006, enchaînant les déclarations indépendantistes dans les enceintes internationales, notamment devant le Forum des îles du Pacifique à Fidji, en octobre 2006.
Toutes ces outrances ont effrayé les alliés autonomistes du Tavini et lassé ses soutiens en métropole, y compris au Parti socialiste, lié au parti indépendantiste par un accord politique. Le bilan du gouvernement indépendantiste a été bien mince, comme l’a relevé Alex W. du Prel, directeur du mensuel indépendant Tahiti Pacifique : "Hormis les incessantes déclarations hostiles à la France ou pro-indépendantistes de M. Temaru, qui ne faisaient que donner à ses ennemis des bâtons pour mieux le battre, les faiblesses de la gouvernance UPLD (indépendantiste) peuvent essentiellement se résumer à l’incapacité d’Oscar à prendre des décisions fermes et réfléchies."
Le gouvernement français, par la voix du secrétaire d’Etat à l’outre-mer, Christian Estrosi, déclare qu’il respectera le résultat de l’élection. Il appelle de ses voeux une plus grande stabilité politique en Polynésie. Un projet de loi organique réformant le mode d’élection de l’Assemblée de la Polynésie et visant à dégager une majorité plus nette doit être déposé à l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines.
Le gouvernement souhaite aller vite afin que, après dissolution de l’Assemblée territoriale, de nouvelles élections puissent avoir lieu avant la fin de l’année ou au début de 2008.
Il n’est pas sûr que ce délai pourra être tenu. Le calendrier est extrêmement serré. En outre, M. Temaru a fait valoir qu’il souhaiterait que les élections territoriales aient lieu après les municipales de mars 2008. Ces dernières élections sont les plus importantes en Polynésie, car elles sont à la base de toutes les carrières politiques.
Le tavana ("maire" en tahitien) est censé apporter les voix de sa ville aux élections territoriales ou nationales. Le pari de M. Sarkozy, en Polynésie comme dans le reste de l’outre-mer, repose sur un renouvellement du personnel politique à droite. Il a en partie réussi.
En Nouvelle-Calédonie, Jacques Lafleur, qui n’a pas obtenu l’investiture UMP aux législatives, paraît définitivement écarté de la vie politique. En Guadeloupe, la défaite des candidats soutenus par Lucette Michaux-Chevry semble sonner le glas de l’influence politique de "la Dame", comme on la surnomme.
NOUVEL INTÉRÊT STRATÉGIQUE
Reste M. Flosse en Polynésie. Symbole entre les symboles des réseaux chiraquiens en outre-mer, le sénateur UMP et fondateur du parti autonomiste Tahoeraa huiraatira n’a jamais digéré d’avoir été écarté, en 2005, du fauteuil de président de la Polynésie.
Une fonction qui avait pourtant été taillée à sa mesure par son ami Jacques Chirac. Grâce à un coup de poker, il est en train de revenir au centre du jeu politique polynésien. Début juillet, le quotidien Les Nouvelles de Tahiti a révélé l’existence d’un protocole d’accord négocié entre les deux ennemis de toujours, M. Flosse et M. Temaru.
Ce document prévoit que la Polynésie française devienne, dès 2008, un "pays associé de la République française" et prenne le nom de "Polynésie française-Tahiti Nui". Un référendum d’autodétermination aurait lieu en 2028. Ainsi, M. Flosse, qui a toujours combattu farouchement les thèses indépendantistes, est-il prêt à envisager une transition ouvrant la voie aux "accords de Tahiti Nui", équivalent des accords de Matignon pour la Nouvelle-Calédonie.
L’allié encombrant, dont M. Sarkozy aurait aimé se débarrasser, a su se rendre incontournable. Le renouvellement du personnel politique, incarné par M. Tong Sang, a fait long feu.
La question de l’évolution des institutions va de nouveau être sur la table. M. Sarkozy va devoir préciser sa vision de la présence française dans le Pacifique. Que la France le veuille ou non, elle est une puissance régionale à travers ses trois collectivités que sont la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. Auxquelles il faut ajouter l’atoll de Clipperton, au large du Mexique.
Depuis que le contentieux nucléaire n’existe plus, l’Australie et la Nouvelle-Zélande comptent sur l’influence française pour contribuer à la stabilité de la région, politiquement émiettée en micro-Etats et soumise à l’influence grandissante de la Chine.
A l’époque de la construction européenne, la présence de la France dans les "confettis d’Empire" pouvait paraître anachronique. A l’heure de la mondialisation, les collectivités d’outre-mer - qu’on désigne volontiers comme "la France des trois océans" - pourraient revêtir un nouvel intérêt stratégique.
En termes diplomatiques et économiques. Mais aussi du point de vue écologique, en raison de la richesse biologique de ses espaces marins et coralliens.
voici "un statut de large autonomie" version française... même si c’est "vu" par le pro-islamiste Ternisien.
Alors, Kabylie kabyle ? Kabylie arabo-algérienne ? ou carrément arabylie ?...
bonne lecture.
La mécréante
Le revers polynésien de Nicolas Sarkozy, par Xavier Ternisien - LE MONDE | 27.09.07 | 14h20
Bien sûr c’est loin. Bien sûr, cela intéresse peu les commentateurs politiques, plus préoccupés par ce qui se passe à Londres, Berlin ou Washington. Il n’empêche : le retour de l’indépendantiste Oscar Temaru à la tête de la Polynésie française, élu grâce à une majorité relative le 13 septembre, constitue un revers pour Nicolas Sarkozy.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République a apporté son appui, de manière ostensible, au président autonomiste Gaston Tong Sang, qui avait été élu le 26 décembre 2006. Il l’a reçu à l’Elysée début juillet. Il a annoncé la signature d’un contrat de projets avec le gouvernement polynésien pour un montant de 430 millions d’euros.
Mieux, M. Sarkozy devait réserver sa première visite en outre-mer à la Polynésie, fin octobre ou début novembre. Cette politique a trouvé ses limites lors du renversement du gouvernement Tong Sang, le 31 août, censuré par une coalition hétéroclite rassemblant des indépendantistes et des autonomistes du Tahoeraa huiraatira, le parti de Gaston Flosse.
Territoire d’outre-mer vaste comme l’Europe, la Polynésie est dotée, depuis 2004, d’un statut de large autonomie.
– Elle élit une assemblée territoriale, laquelle élit à son tour un chef de l’exécutif, qui porte le nom de président de la Polynésie.
– Le fenua ("pays" en polynésien) possède tous les symboles de la souveraineté : drapeau, hymne national, gouvernement.
– L’Etat français y conserve ses prérogatives régaliennes : police, justice, armée, politique étrangère.
– Enfin, le président de la République a le pouvoir de dissoudre l’assemblée territoriale.
Désormais, le gouvernement français va devoir composer avec un partenaire peu commode. Fondateur du parti indépendantiste Tavini huiraatira, M. Temaru a déjà présidé la Polynésie à deux reprises, de mai à octobre 2004, et de mars 2005 à novembre 2006.
Fantasque, imprévisible, il a multiplié les provocations, annulant au dernier moment une entrevue avec M. Chirac en juin 2006, enchaînant les déclarations indépendantistes dans les enceintes internationales, notamment devant le Forum des îles du Pacifique à Fidji, en octobre 2006.
Toutes ces outrances ont effrayé les alliés autonomistes du Tavini et lassé ses soutiens en métropole, y compris au Parti socialiste, lié au parti indépendantiste par un accord politique. Le bilan du gouvernement indépendantiste a été bien mince, comme l’a relevé Alex W. du Prel, directeur du mensuel indépendant Tahiti Pacifique : "Hormis les incessantes déclarations hostiles à la France ou pro-indépendantistes de M. Temaru, qui ne faisaient que donner à ses ennemis des bâtons pour mieux le battre, les faiblesses de la gouvernance UPLD (indépendantiste) peuvent essentiellement se résumer à l’incapacité d’Oscar à prendre des décisions fermes et réfléchies."
Le gouvernement français, par la voix du secrétaire d’Etat à l’outre-mer, Christian Estrosi, déclare qu’il respectera le résultat de l’élection. Il appelle de ses voeux une plus grande stabilité politique en Polynésie. Un projet de loi organique réformant le mode d’élection de l’Assemblée de la Polynésie et visant à dégager une majorité plus nette doit être déposé à l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines.
Le gouvernement souhaite aller vite afin que, après dissolution de l’Assemblée territoriale, de nouvelles élections puissent avoir lieu avant la fin de l’année ou au début de 2008.
Il n’est pas sûr que ce délai pourra être tenu. Le calendrier est extrêmement serré. En outre, M. Temaru a fait valoir qu’il souhaiterait que les élections territoriales aient lieu après les municipales de mars 2008. Ces dernières élections sont les plus importantes en Polynésie, car elles sont à la base de toutes les carrières politiques.
Le tavana ("maire" en tahitien) est censé apporter les voix de sa ville aux élections territoriales ou nationales. Le pari de M. Sarkozy, en Polynésie comme dans le reste de l’outre-mer, repose sur un renouvellement du personnel politique à droite. Il a en partie réussi.
En Nouvelle-Calédonie, Jacques Lafleur, qui n’a pas obtenu l’investiture UMP aux législatives, paraît définitivement écarté de la vie politique. En Guadeloupe, la défaite des candidats soutenus par Lucette Michaux-Chevry semble sonner le glas de l’influence politique de "la Dame", comme on la surnomme.
NOUVEL INTÉRÊT STRATÉGIQUE
Reste M. Flosse en Polynésie. Symbole entre les symboles des réseaux chiraquiens en outre-mer, le sénateur UMP et fondateur du parti autonomiste Tahoeraa huiraatira n’a jamais digéré d’avoir été écarté, en 2005, du fauteuil de président de la Polynésie.
Une fonction qui avait pourtant été taillée à sa mesure par son ami Jacques Chirac. Grâce à un coup de poker, il est en train de revenir au centre du jeu politique polynésien. Début juillet, le quotidien Les Nouvelles de Tahiti a révélé l’existence d’un protocole d’accord négocié entre les deux ennemis de toujours, M. Flosse et M. Temaru.
Ce document prévoit que la Polynésie française devienne, dès 2008, un "pays associé de la République française" et prenne le nom de "Polynésie française-Tahiti Nui". Un référendum d’autodétermination aurait lieu en 2028. Ainsi, M. Flosse, qui a toujours combattu farouchement les thèses indépendantistes, est-il prêt à envisager une transition ouvrant la voie aux "accords de Tahiti Nui", équivalent des accords de Matignon pour la Nouvelle-Calédonie.
L’allié encombrant, dont M. Sarkozy aurait aimé se débarrasser, a su se rendre incontournable. Le renouvellement du personnel politique, incarné par M. Tong Sang, a fait long feu.
La question de l’évolution des institutions va de nouveau être sur la table. M. Sarkozy va devoir préciser sa vision de la présence française dans le Pacifique. Que la France le veuille ou non, elle est une puissance régionale à travers ses trois collectivités que sont la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. Auxquelles il faut ajouter l’atoll de Clipperton, au large du Mexique.
Depuis que le contentieux nucléaire n’existe plus, l’Australie et la Nouvelle-Zélande comptent sur l’influence française pour contribuer à la stabilité de la région, politiquement émiettée en micro-Etats et soumise à l’influence grandissante de la Chine.
A l’époque de la construction européenne, la présence de la France dans les "confettis d’Empire" pouvait paraître anachronique. A l’heure de la mondialisation, les collectivités d’outre-mer - qu’on désigne volontiers comme "la France des trois océans" - pourraient revêtir un nouvel intérêt stratégique.
En termes diplomatiques et économiques. Mais aussi du point de vue écologique, en raison de la richesse biologique de ses espaces marins et coralliens.
Xavier Ternisien