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La condition de la femme kabyle. Islam, lois et traditions

16 septembre 2008, 21:31, par Messenssen

Bonjour,

Je suis Kabyle et depuis 3 ans je me suis intéressé à la société traditionnelle Berbère en générale et Kabyle en particulier.

La société Kabyle

Auparavant, je pensais que le système social précolonial qui existait en Algérie était un système archaïque et féodal, puis un jour, en lisant la biographie d’Yves Lacoste sur Ibn Khaldoun qu’elle ne fut pas ma surprise d’apprendre que loin d’être dominés par de fieffés hobereaux, nos ancêtres élisaient leurs chefs, que ceux-ci ne percevaient aucune rémunération ni émolument d’aucune sorte pour exercer leur charge ; chaque Amin était élu pour une durée limitée et pouvait être révocable à tout moment par l’assemblée du village ou de la tribu.
Aucun régime actuel, même le plus démocratique ne peut soutenir la comparaison avec la démocratie berbère !! Il n’existait pas de roi ou de reine dans la société Berbère, les Aguellids, que certains historiens (même Salem Chaker) assimilent volontiers à des rois étaient élus en cas de crise et pour une durée limitée, même Massinissa, qui est resté Aguellid à vie que grâce au soutient des romains, peut-être est-ce pour cela qu’on l’appelaient Messenssen ? (Lire Les Berbères de Jean Servier, La Kabylie du Général Daumas, La Kabylie et les coutumes Kabyles, T1 Société et administration de Hanotaux et Letourneux)

Les lois berbères étaient plus humaines

A l’époque où la charia préconisait de couper la main du voleur et en Angleterre on les pendaient et on coupait la main des mendiants (Lire Utopie de Thomas More), les voleurs, chez nos ancêtres étaient tenus de rembourser dix fois le montant de leur larcin à leurs victimes, la peine de mort n’existait que dans le cas de haute trahison, c’est-à-dire de mise en péril de la communauté, sinon elle n’était pas appliquée. Il n’existait pas de magistrat professionnel car la justice était rendue par l’assemblée de village et était rarement inique. Certes, la vendetta était appliquée, mais tout un chacun pouvait invoquer l’anaya et le pire des meurtriers pouvait être épargné comme l’a souligné le général Daumas (Lire La Kabylie du Général Daumas, et aussi Mœurs et coutume de l’Algérie) d’ailleurs les romanciers qui ont écrit sur la Kahina ignorent cette coutume ancestrale quand ils affirment que la Kahina n’a épargné l’Arabe Khaled que pour en faire son amant.

La propriété collective des terres

Dans les communautés villageoises toutes les terres appartenaient en commun à tous les habitants du village et les récoltes étaient réparties équitablement.

Destruction de la société traditionnelle

Les Turcs s’étaient attaqué à la propriété collective afin de se les approprier, ils y parvinrent un peu près partout sauf en Kabylie qui devint à partir une espèce de place forte entourée de Borj (forts ou casernes) qui leur résistait jusqu’à leur départ en 1830.

De même avec plus ou moins de bonheur ils remplacèrent les institutions locales par un système féodal inspiré du système Turc avec des caïds des Bachaghas, des Beys et des Deys, sauf en Kabylie qu’ils ne réussiront pas à soumettre.

Les Turcs utilisèrent la voie douce pour influencer les mœurs, ils donnèrent beaucoup d’importance aux dignitaires religieux, les Marabouts ; toute négociation, toute transaction, politique ou commerciale devait obligatoirement se faire sous l’égide d’un Marabout.

Ils tentèrent d’utiliser l’union avec des femmes Kabyles pour s’accaparer leurs terres.

Qu’en est-il de la femme Kabyle ?

C’est dans le contexte de guerre larvée contre le régime des Beys et du renforcement de l’influence islamique que la situation de la femme s’est dégradée en Kabylie.

Dans les villes notamment, le haïk fait son apparition à cette époque, les femmes se trouvaient contrainte de le porter pour échapper au harcèlement des soldats venus de tout horizon.
Pour empêcher la main mise des dignitaires turcs sur leur terre les tribus Kabyle appliquèrent exhérédation des femmes (mais également des hommes, on l’oublie souvent) et favorisèrent l’endogamie. C’est à partir du 18eme siècle que les femmes perdirent le droit de décision au sein des Agraw (assemblées de village) et encore, pas toutes. J’ignore ce qui a motivé cette décision, si quelqu’un a des informations, cela m’intéresse …

En tous cas, mise à part les conflits tribaux, la société berbère était nettement plus avancée du point de vue des mœurs que bien des régimes aujourd’hui islamiques ou pas !