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	<title>TAMAZGHA </title>
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		<title>TAMAZGHA </title>
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		<title>Entretien avec Mohya dans Tafsut.</title>
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		<dc:date>2004-09-19T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Masin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous avons voulu publier cet entretien pour son importance, bien entendu, mais aussi pour rendre hommage &#224; celui qui fait partie des piliers du passage &#224; l'&#233;crit de la langue kabyle. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mati&#232;re de traduction et d'adaptation, Mohya a r&#233;alis&#233; un travail monumental sans &#233;gal jusqu'&#224; pr&#233;sent. Il a su et pu adapter les t&#233;nors de la litt&#233;rature universelle : Moli&#232;re, Voltaire, Samuel Beckett, Luxun, .... &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est surtout dans le th&#233;&#226;tre que Mohya a r&#233;alis&#233; le plus d'&#339;uvres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par la publication (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.tamazgha.fr/-Entretien-avec-Mohya-.html" rel="directory"&gt;Entretien avec Mohya&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L115xH142/arton960-32760.jpg?1777935102' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='142' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons voulu publier cet entretien pour son importance, bien entendu, mais aussi pour rendre hommage &#224; celui qui fait partie des piliers du passage &#224; l'&#233;crit de la langue kabyle.&lt;br&gt;
En mati&#232;re de traduction et d'adaptation, Mohya a r&#233;alis&#233; un travail monumental sans &#233;gal jusqu'&#224; pr&#233;sent. Il a su et pu adapter les t&#233;nors de la litt&#233;rature universelle : Moli&#232;re, Voltaire, Samuel Beckett, Luxun, ....&lt;br&gt;
C'est surtout dans le th&#233;&#226;tre que Mohya a r&#233;alis&#233; le plus d'&#339;uvres.&lt;br&gt;
Par la publication de cet entretien, c'est un hommage que nous voulons rendre &#224; celui dont le nom sera grav&#233; &#224; jamais dans l'histoire de celles et ceux qui ont fait tamazight.&lt;br&gt;
En ce moment, nos pens&#233;es vont &#224; Mohya qui traverse une phase rude. Nous lui souhaitons un bon r&#233;tablissement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;center&gt;&lt;b&gt;Interview de Mohand-ou-Yahia&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&#224; la revue Tafsut*&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tafsut n&#176;10 (s&#233;rie normale)/avril 1985, Tizi-Ouzou.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Mohand-ou-Yahia est surtout connu pour les adaptations qu'il nous a donn&#233;es d'un grand nombre de po&#233;sies et textes de chansons tir&#233;s notamment des &#339;uvres de Brecht, Pr&#233;vert, Cl&#233;ment, Potier, Vian, B&#233;ranger, etc. Il a aussi adapt&#233; des contes et nouvelles de Voltaire, Lou Sin, dont &#034;&lt;i&gt;La v&#233;ritable histoire de Ah Q&lt;/i&gt;&#034; (l983), Singer, Maupassant... Ainsi que les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre suivantes : &#034;&lt;i&gt;L'exception et la r&#232;gle&lt;/i&gt;&#034; de Brecht (1974), &#034;&lt;i&gt;Le ressuscit&#233;&lt;/i&gt;&#034; de Lou Sin (1980), &#034;&lt;i&gt;La jarre&lt;/i&gt;&#034; de Pirandello (1982), le &#034;'Tartuffe&lt;/i&gt;&#034; de Moli&#232;re (1984), &#034;&lt;i&gt;Ubu Roi&lt;/i&gt;&#034; de Jarry (1984), &#034;&lt;i&gt;Le m&#233;decin malgr&#233; lui&lt;/i&gt;&#034; de Moli&#232;re (1984), &#034;&lt;i&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt;&#034; de Beckett (l985).&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Tafsut :&lt;i&gt; Commen&#231;ons par une question d'ordre g&#233;n&#233;ral : l'apr&#232;s-guerre n'a pas donn&#233; naissance &#224; une g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains qui aient la taille d'un Mammeri, d'un Yacine ou d'un Feraoun. La production en langues populaires peut-elle prendre la rel&#232;ve ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Mohand-ou-Yahia&lt;/b&gt; : C'est une chose que tout le monde constate en effet...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apr&#232;s-guerre n'a pas donn&#233; naissance &#224; une g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains qui aient l'envergure d'un Mammeri, d'un Yacine ou d'un Feraoun. Certes des noms &#233;mergent d'ici, de l&#224; mais, outre que ce sont malheureusement des exceptions qui confirment la r&#232;gle, ceux-ci, apparemment, ne parviennent pas &#224; susciter cette esp&#232;ce de complicit&#233; du public &#224; d&#233;faut de laquelle il me para&#238;t difficile d'utiliser &#224; leur endroit l'expression de g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Quant &#224; savoir si la production en langues populaires peut prendre la rel&#232;ve, que puis-je r&#233;pondre ?... Car justement, toute la question est l&#224;. Bien qu'&#224; proprement parler la question ne soit pas tellement d'assurer la rel&#232;ve de qui que ce soit mais bien plut&#244;t d'essayer de d&#233;velopper une tradition litt&#233;raire en langues populaires, et ce, ind&#233;pendamment de ce qui pourrait se faire par ailleurs.&lt;br&gt;
Mais, pour revenir &#224; cette production en langues populaires, tout d'abord celle-ci est aujourd'hui ce qu'elle est ; c'est &#224; dire en r&#233;alit&#233;, peu abondants et puis trop marginalis&#233;e et ce, entre autres, parce qu'elle consiste surtout en po&#233;sies et chansonnettes. Pourtant, et pour ne nous tenir qu'&#224; ce qui se fait en kabyle, puisque c'est ce que connaissons le mieux, on constate que ce qui a marqu&#233; notre histoire culturelle de ces dix derni&#232;res ann&#233;es, c'est bien le fait que ces po&#233;sies, dites ou chant&#233;es, soient encore ce qui refl&#232;te le mieux les r&#233;alit&#233;s v&#233;cues par notre soci&#233;t&#233;. Et je dis ceci en tout &#233;tat de cause, dans la mesure ou les faiblesses et les maladresses qu'on ne manque pas d'y relever sont elles-m&#234;mes significatives du niveau culturel des gens de chez nous.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Maintenant, pour r&#233;pondre plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la question du d&#233;veloppement d'une tradition litt&#233;raire en langues populaires, je dirai qu'au vu des exp&#233;riences r&#233;alis&#233;es jusqu'ici, oui, il est tout &#224; fait possible de d&#233;velopper une tradition litt&#233;raire en langues populaires. Il reste que pour vraiment concr&#233;tiser les choses et aller encore plus loin dans ce domaine, les plus grands efforts sont n&#233;cessairement demand&#233;s au plus grand nombre. Je m'empresse d'ajouter, n&#233;anmoins, qu'il serait illusoire de viser tout de suite &#224; produire des &#339;uvres de la classe de &#034;l'opium et le b&#226;ton&#034;, enti&#232;rement r&#233;dig&#233;es en langue vernaculaire. En fait, le public lui-m&#234;me n'est pas pr&#234;t &#224; accueillir des ouvrages d'une telle importance. Par cons&#233;quence, ce qui serait plus r&#233;aliste, serait de multiplier les exp&#233;riences et de proc&#233;der par &#233;tapes. La plus petite r&#233;alisation devenant ainsi un gage pour l'avenir.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
D'autre part, il conviendrait peut-&#234;tre de reconsid&#233;rer la question sous l'angle plus g&#233;n&#233;ral qui est celui de la communication. Le probl&#232;me &#224; r&#233;soudre devenant ainsi celui de faire passer le maximum d'informations, au sens large du terme, avec le minimum de moyens, aussi bien linguistiques, techniques, que mat&#233;riels. C'est ce qui permettrait de recourir, selon les cas, aux moyens les plus opportuns, lesquels pourraient &#234;tre ceux de l'&#233;crit ou ceux de 1'audio-visuel ; et ceci sans le moindre complexe, il va de soi.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Du point de vue pratique donc, &#224; supposer que nous voulions r&#233;ellement faire quelque chose, ce qui reste encore &#224; prouver, un effort consid&#233;rable doit &#234;tre fait en premier lieu en vue de recenser le maximum des possibilit&#233;s de dire les choses qu'offre la langue vernaculaire. Ces possibilit&#233;s sont offertes, entre autres, par le syst&#232;me lexical, la syntaxe, la grammaire, les locutions, les apophtegmes, les mimiques et, j'ajouterai m&#234;me, les silences dans certains cas. En un mot, si nous voulons nous exprimer dans notre langue, la condition n&#233;cessaire, sinon suffisante, est d'abord et avant tout de bien &#233;tudier cette langue, c'est &#224; dire de l'&#233;tudier&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la lumi&#232;re des acquis de l'analyse linguistique. Ceci afin de toujours mieux en conna&#238;tre les ressources.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je dis peut-&#234;tre une banalit&#233;, mais tant pis. Je vois trop de gens jouer aux grands artistes et qui n'ont qu'une connaissance infuse de leur langue. Cela ne pr&#234;terait pas &#224; cons&#233;quence si, de surcro&#238;t, ils ne se pr&#233;tendaient les d&#233;fenseurs acharn&#233;s de cette langue. Mais passons... Je veux surtout dire par l&#224; qu'il serait peut-&#234;tre l'heure de mettre un terme au temps des incantations et de se mettre un peu au travail.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En tous cas, ce qui transpara&#238;t &#224; travers cette question de la rel&#232;ve, c'est bien le d&#233;fi auquel nous devons aujourd'hui faire face. Car tout est de savoir si effectivement nous sommes d'ores et d&#233;j&#224; en mesure de parler de notre soci&#233;t&#233; aussi bien, sinon mieux, que ne l'ont d&#233;j&#224; fait des &#233;crivains tels que Mammeri ou Feraoun, et ceci dans uns langue accessible &#224; tous les &#233;l&#233;ments qui composent cette m&#234;me soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Pour ma part, je dois dire que je ne vois pas d'autre alternative qui r&#233;ponde &#224; ce d&#233;fi en dehors de celle qui consiste &#224; &#233;crire dans la langue vernaculaire. Car, dans le contexte de l'Alg&#233;rie d'aujourd'hui on constate, premi&#232;rement, qu'en d&#233;pit de toutes les vicissitudes de l'histoire, la sensibilit&#233; &#224; la langue maternelle est peut-&#234;tre plus vive qu'elle ne l'a jamais &#233;t&#233; ; deuxi&#232;mement, que pour la majorit&#233; des alg&#233;riens la langue maternelle est toujours, quoi qu'on dise, la langue la mieux ma&#238;tris&#233;e. Par cons&#233;quent, la r&#233;ponse qui serait apport&#233;e &#224; ce d&#233;fi est pour elle, pourrait-on dire, une question de vie ou de mort.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qui peut amener quelqu'un aujourd'hui &#224; s'exprimer dans la langue vernaculairs ?&lt;br&gt;
Il fut un temps o&#249; l'arabe classique aussi bien que le fran&#231;ais conf&#233;raient &#224; ceux qui les poss&#233;daient prestige et s&#233;curit&#233; de l'emploi. Or tel n'est plus le cas aujourd'hui o&#249; l'arabe classique devient une langue de p&#233;dants et o&#249; nous voyons tant de bacheliers ne trouver, au mieux, qu'&#224; s'employer comme veilleurs de nuit &#224; Paris. Et ceci remet d&#233;j&#224; les choses &#224; leur juste place ; je veux dire que la langue redevient de fait, et ce aux yeux de la plupart des gens, ce qu'elle n'aurait jamais d&#251; cesser d'&#234;tre, c'est-&#224;-dire un outil de communication et rien de plus. Alors, outil de communication pour outil de communication, pourquoi pas la langue maternelle ? Ceci pour dire que s'il reste une seule chose qui puisse pr&#233;sider au choix d'une langue, c'est uniquement le souci de se faire entendre de telle ou telle cat&#233;gorie de gens. On peut aussi bien entendu choisir de s'exprimer dans une langue pour plaire &#224; certains ou encore pour d&#233;plaire &#224; d'autres, mais ce qui n'en demeure pas moins vrai cependant, c'est que si l'on veut &#234;tre compris de la majorit&#233;, on ne peut que s'exprimer dans nos langues vernaculaires, c'est &#224; dire le berb&#232;re ou l'arabe populaire.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En somme donc, et pour parler d'ailleurs en termes plus g&#233;n&#233;raux, il n'est pas du tout impensable qu'une vie culturelle d'expression populaire - une vie culturelle digne de ce nom, je veux dire - puisse voir le jour chez nous. Cela d&#233;pend en premier lieu des efforts que fournit chacun de nous pour se r&#233;approprier sa langue maternelle. Le reste est une question d'intendance et une question de techniques, (techniques litt&#233;raires, techniques audio-visuelles, etc.). Or, l'intendance, cela s'organise et les techniques s'acqui&#232;rent.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Car en d&#233;finitive, qu'est-ce qu'une oeuvre litt&#233;raire, artistique, cin&#233;matographique ? C'est une combinaison de signes linguistiques, de formes, de couleurs... reflet de la vie d'un groupe et au fil de laquelle passe, comme un &#233;cho, le souffle de la vie.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;Dans ton travail, le point de d&#233;part est presque toujours un auteur &#233;tranger. Ne penses-tu pas &#233;crire un jour une oeuvre plus personnelle ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Oui, je fais surtout des adaptations d'auteurs &#233;trangers. Je crois que pour &#233;laborer des choses de son propre cru, il faut tout de m&#234;me jouir de beaucoup de disponibilit&#233; d'esprit et peut-&#234;tre aussi se d&#233;tacher quelque peu des contingences mat&#233;rielles. Car on peut focaliser ainsi toute son &#233;nergie sur le travail qu'on entreprend. Personnellement, je n'ai jamais pu travailler dans des conditions, disons tr&#232;s propices. Mais ne nous &#233;talons pas l&#224;-dessus car des conditions trop faciles font souvent qu'on se compla&#238;t dans la facilit&#233; justement. Donc, travaillant dans des conditions relativement peu favorables, il m'a toujours paru plus ais&#233; d'adapter des auteurs &#233;trangers que de noircir des pages et des pages de mon cru.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci lorsque, naturellement, je trouve chez ces auteurs des pr&#233;occupations parall&#232;les aux moyens. La fin &#8722; n&#233;cessit&#233; de produire vite et bien &#8722; justifiant les moyens, c'est une fa&#231;on de se faire m&#226;cher le travail pour ainsi dire.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais ceci n'est que l'aspect le plus imm&#233;diat de la chose. L'autre aspect, et de loin le plus important, r&#233;side dans le fait, me semble-t-il, que l'adapation d'auteurs &#233;trangers nous donne le moyen concret de renouveler notre production, de la revivifier.&lt;br&gt;
Quand on fait le tour de tout ce qui s'&#233;crit et de tout ce qui se dit chez nous, et on en fait vite le tour, croyez le bien, on ne manque pas de ressentir un certain sentiment d'insatisfaction. Car on constate que tout cela est un peu rudimentaire par rapport &#224; ce qui se dit sous d'autres latitudes. Quelles attitudes peuvent alors&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;couler de cette insatisfaction ? La premi&#232;re attitude, qui est st&#233;rile &#224; mon sens, est celle qui aboutit au rejet pur et simple de tout ce qui &#233;mane des gens de chez nous. Cela se fait souvent avec des sourires condescendants mais le r&#233;sultat est bien s&#251;r le m&#234;me. Et encore je parle ici de ceux qui font tout de m&#234;me l'effort (louable) de pr&#234;ter quelque oreille &#224; ce qui se passe dans notre soci&#233;t&#233;. Ne parlons pas des autres. L'autre attitude est celle de celui qui se dit, toute vanit&#233; mise &#224; part, est-ce que, moi, je ne pourrais pas faire mieux ? Et qui se met donc au travail sans se douter du danger qui le guette, celui de retomber dans les sentiers battus. En reprenant des th&#232;mes &#233;cul&#233;s dans des formes tellement rab&#226;ch&#233;es (la forme des po&#232;mes de Si Moh-ou-Mhand par exemple), en prenant toutes ces id&#233;es saugrenues que chacun de nous se forge dans sa petite t&#234;te pour des v&#233;rit&#233;s essentielles, inutile d'insister... On ne va pas tr&#232;s loin. C'est qu'en d&#233;pit de la meilleure volont&#233; du monda, on reste inconsciemment prisonnier des sables mouvants de certaines traditions, lesquelles, bien entendu, ne manquent pas d'offrir l'avantage de maints aspects s&#233;curisants. Il n'en reste pas moins que, sous tous leurs attraits, ces traditions cachent pour nous aujourd'hui des pi&#232;ges dans lesquels nous voyons beaucoup de gens s'emp&#234;trer h&#233;las trop facilement.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
L'enjeu est de taille car il s'agit pour nous de devenir pleinement adultes ou d'en rester &#224; l'&#226;ge infantile, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#226;ge o&#249; l'on a besoin, parcs que d&#233;pass&#233;s par les &#233;v&#232;nements, de s'entourer du cocon douillet de fausses s&#233;curisations. Celles-ci rev&#234;tant des formes diverses bien entendu. Au-del&#224; de nos &#034;traditions litt&#233;raires&#034;, c'est aussi la berb&#233;risme de &#034;l'Oasis de Siwa jusqu'aux Iles Canaries&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
chez nous encore, mais aussi 1'arabo-islamisme, et puis tous ces r&#234;ves, bien s&#251;r, qui puisent leur consistance dans le d&#233;sir de changer le monde avec des mots.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais, pour en revenir au sujet qui nous pr&#233;occupe, celui de l'adaptation d'auteurs &#233;trangers, personnellement, c'est de ce c&#244;t&#233; que j'ai trouv&#233; une certaine issue. Evidemment, je n'ai qu'une petite exp&#233;rience en la mati&#232;re, aussi faut-il bien se garder d'en tirer des conclusions h&#226;tives. Ce dont je me suis rendu compte cependant, c'est que, outre qu'elle permet d'&#233;viter les pi&#232;ges &#233;voqu&#233;s plus haut, la pratique de l'adaptation offre des possibilit&#233;s r&#233;elles de tirer profit de l'exp&#233;rience des autres.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Entendons-nous bien, je dis tirer profit de l'exp&#233;rience des autres, je ne dis pas mimer stupidement les autres. Car l'adaptateur est celui qui s'int&#233;resse en premier lieu au canevas sur lequel- est construite une oeuvre, aux proc&#233;d&#233;s d'&#233;laboration, aux mots-cl&#233;s et &#224; la structure de celle-ci. Ceci, lorsque l'oeuvre on question semble faire &#233;cho &#224; ses pr&#233;occupations, bien entendu. Ce qui supposa encore un choix conscient de sa part, il va de soi. Ce n'est donc qu'apr&#232;s avoir diss&#233;qu&#233; une oeuvre, afin d'en percer les secrets, que l'adaptateur proc&#232;de au travail d'adaptation proprement dit, c'est-&#224;-dire &#224; la reconstruction de celle-ci au moyen de mat&#233;riaux qu'il puise dans son environnement culturel. Il est visible qu'en fin de compte, la mise en oeuvre de cas mat&#233;riaux donne du m&#234;me coup &#224; l'adaptateur la moyen d'ancrer et finalement d'inscrira son ouvrage dans son propre univers culturel.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Sortir la langue vernaculaire et donc aussi notre culture traditionnelle de son confinement, ce dernier mot rimant avec d&#233;p&#233;rissement est apparemment aujourd'hui, malgr&#233; tout, l'un des soucis majeurs de la plupart d'entre nous. Mais est-ce vraiment rendre service &#224; notre soci&#233;t&#233; que de remettre &#224; l'honneur des r&#233;surgences du pass&#233; comme le font certains ? Car, quelle que soit notre susceptibilit&#233;, il faut bien admettre que nous sommes d&#233;j&#224; suffisamment en retard comme cela. Nous sortons &#224; peine du Moyen-&#226;ge, par cons&#233;quent notre culture traditionnelle est &#224; bien des &#233;gards encore une culture moyen&#226;geuse, donc inop&#233;rante dans le monde d'aujourd'hui. Et d'aucuns veulent encore nous ramener au temps de Massinissa ! ...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Le fait d'adapter des auteurs contemporains, et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale des auteurs appartenant &#224; des civilisations diff&#233;rentes de la notre, revient encore &#224; situer notre exp&#233;rience v&#233;cue par rapport &#224; celle v&#233;cue par d'autres hommes sous d'autres deux. A d&#233;faut d'en tirer des r&#232;gles de conduite, la chose au demeurant ne peut que nous aider &#224; faire l'&#233;conomie de certaines erreurs, quand il se trouve que celles-ci ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; commises par ces autres hommes. Cela revient assur&#233;ment aussi, oui, &#224; compl&#233;ter, sinon &#224; remplacer, nos vieilles r&#233;f&#233;rences culturelles par d'autres r&#233;f&#233;rences moins d&#233;su&#232;tes.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Et puis nous ne pouvons pas nous couper du reste du monde. Voyez par exemple l'insistance avec laquelle des milliers de nos compatriotes cherchent &#224; se faire &#233;tablir des titres de s&#233;jour en France. Cette insistance parle d'elle-m&#234;me. Le monde &#233;tant mouvement, mouvements des hommes, des biens, des id&#233;es, nous devons bien au contraire chercher &#224; dominer ces mouvements si nous ne voulons pas &#234;tre mis sur la touche. Aussi devons-nous chercher par tous les moyens &#224; nous tenir au fait de ce qui se passe dans le monde d'aujourd'hui, et cela si nous avons simplement pour ambition d'&#234;tre de ce monde. Or, si j'ai bien compris, non seulement c'est l&#224; l'ambition de notre soci&#233;t&#233;, mais celle-ci encore veut &#234;tre de ce monde sans pour autant se voir assimil&#233;e ni aux uns ni aux autres. II tombe sous le sens que ceci nous commande donc de travailler et retravailler nos langues vernaculaires de telle sorte qu'elles puissent nous faire acc&#233;der &#224; tous les domaines de la connaissance. Et, dans cette perspective, je suis enclin &#224; penser que la pratique courante de l'adaptation, si elle venait &#224; se r&#233;pandre chez nous, devrait jouer un r&#244;le d&#233;cisif. Ce serait v&#233;ritablement le raccourci qui nous permettrait de rattraper des si&#232;cles de retard en quelques ann&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Sinon, et pour toutes les raisons cit&#233;es plus haut, non, je ne pense pas &#233;crire quelque chose de mon cru, tout au moins dans l'imm&#233;diat. Ceci d'autant plus que je n'ignore pas les dangers d'une telle entreprise. Et puis, j'ai assez de pain sur la planche comme cela.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;89&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L250xH201/Muhya5-e0b71.jpg?1777963455' width='250' height='201' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mohia, au milieu, lors d'une repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale &#224; Paris. (Photo de Mahfoud Yanat)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Pourquoi as-tu abandonn&#233; la po&#233;sie ? Tes derni&#232;res productions concernent toutes le th&#233;&#226;tre. Est-ce d&#233;finitif ? Et pourquoi ?&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Pour commencer, je dois dire la chose suivante : c'est que faire des po&#233;sies ou des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre n'a jamais &#233;t&#233; pour moi un but en soi. Ce qui m'a toujours int&#233;ress&#233; le plus, c'est tout ce qu'il y a au-del&#224;. C'est-&#224;-dire, en un mot, tout ce qui pourrait nous faire parvenir &#224; une r&#233;elle maturit&#233; d'esprit. Or une langue, en m&#234;me temps, me semble-t-il, qu'elle est le ciment de la soci&#233;t&#233; qui la parle, est encore la caisse de r&#233;sonance dans laquelle sont r&#233;percut&#233;s tous les &#233;l&#233;ments de la vie de cette soci&#233;t&#233;. Donc, je ne vois pas comment on peut s'int&#233;resser &#224; une soci&#233;t&#233; d'hommes dans leur devenir sans s'int&#233;resser &#224; leur langue. Et puis, la facult&#233; de parler, n'est-ce pas ce qui distingue l'homme de l'animal ? Car les hommes s'expriment d'abord et surtout par leur langage. D&#232;s lors que ceci est pos&#233; on est amen&#233; directement, bien s&#251;r, &#224; prendre en consid&#233;ration toutes les formes d'expression qui constituent ce langage. Et de l&#224;, il n'y a qu'un pas &#224; faire pour se retrouver dans le domaine si vari&#233; des genres litt&#233;raires.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Revenons &#224; ce qui se passe chez nous. La po&#233;sie, la chanson, le conte, le r&#233;cit, sont les genres auxquels nous sommes le plus familiaris&#233;s. Si on se rappelle le traditionnel &lt;i&gt;amghar uceqquf&lt;/i&gt; et, plus pr&#232;s de nous, les pi&#232;ces radiophoniques diffus&#233;es par la cha&#238;ne II, on peut ajouter aussi que le th&#233;&#226;tre ne nous est pas, en fait, totalement inconnu. A partir de ce qui pr&#233;c&#232;de, et pour &#234;tre logiques avec nous-m&#234;mes, nous devons amener notre langue &#224; couvrir l'essentiel du devenir de notre soci&#233;t&#233;, un peu &#224; la mani&#232;re dont un journal couvre l'essentiel de l'actualit&#233;. Et si je me hasarde &#224; tenir ces propos, c'est que je crois la chose tout &#224; fait faisable, et cela d'ores et d&#233;j&#224;... dans l'imm&#233;diat. Car, aujourd'hui, il ne reste plus &#224; d&#233;montrer que nous pouvons travailler dans tous les genres, cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prouv&#233;. Nous devons, bien s&#251;r, enrichir les genres qui nous sont familiers, et ce, aussi bien sur le plan du contenu que sur le plan formel, mais je ne vois pas ce qui doit nous emp&#234;cher de nous int&#233;resser plus profond&#233;ment aux genres auxquels nous sommes moins habitues. Car, une chose est certaine, c'est qu'on ne peut pas tout dire avec des po&#233;sies et des chansonnettes, &#224; moins de faire de l'op&#233;ra, et encore... Nous retomberions l&#224; encore dans un genre lequel a aussi ses limites.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Maintenant, pour revenir &#224; ma personne, je dois donc d'abord lever l'&#233;quivoque. Je ne me suis jamais mis dans l'id&#233;e de devenir po&#232;te, et mieux, je crois que je ne me suis jamais senti l'&#226;me d'un po&#232;te. Je suis peut-&#234;tre un grand na&#239;f, mais pas &#224; ce point. L'adaptation d'auteurs &#233;trangers proc&#233;dait encore, tout au moins dans ma t&#234;te, d'une autre d&#233;marche tr&#232;s simple ; il s'agissait pour moi de voir concr&#232;tement jusqu'o&#249; nous pouvions aller avec notre langue vernaculaire. En d'autres termes, je voulais, par l'entremise de l'adaptation, mesurer les potentialit&#233;s de notre langue vernaculaire &#224; l'aune des auteurs que j'adaptais. Or, il se trouve que j'ai adapt&#233; des po&#232;tes, des chansonniers et autres faiseurs de rimes... D'o&#249; l'&#233;quivoque signal&#233;e plus haut. Mais je pr&#233;cise, encore une fois, qu'il n'a jamais &#233;t&#233; question pour moi de m'en tenir &#224; un genre quelconque.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Et puis, j'ai comme l'impression que ce qui caract&#233;rise la po&#233;sie, c'est de focaliser l'attention sur des sujets, des points de vue ou des sentiments bien d&#233;termin&#233;s. Cela vient peut-&#234;tre de ce c&#244;t&#233; un peu parano&#239;aque facile &#224; d&#233;celer chez presque tous les po&#232;tes. Il me semble par cons&#233;quent que la po&#233;sie ne saurait en aucun cas permettre une vision tr&#232;s &#233;largie des choses. Alors que ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui c'est au contraire d'&#233;largir justement quelque peu nos champs de vision.&lt;br&gt;
En abordant le terrain de la po&#233;sie, j'avais tout &#224; fait &#224; l'esprit que c'&#233;tait l&#224; un genre particulier, puisque celui-ci jouit chez nous d'un statut privil&#233;gi&#233;. Donc qui dit statut privil&#233;gi&#233; dit possibilit&#233; d'&#233;tablir rapidement le contact avec le public et ce, afin de l'int&#233;resser, autant faire se peut, &#224; la suite des &#233;v&#233;nements. La suite des &#233;v&#233;nements &#233;tant dans mon esprit tout le travail qui devrait finalement aboutir &#224; l'instauration d'une tradition litt&#233;raire moderne et diversifi&#233;e, c'est-&#224;-dire d'une tradition litt&#233;raire au sens le plus complet du terme. On comprendra certainement aussi, bien s&#251;r, que si nous voulons que ce travail ait quelque chance d'aboutir, il est indispensable que le plus grand nombre de gens soient dispos&#233;s &#224; mettre la main &#224; la p&#226;te.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
C'est ainsi que pour ma part donc, et pour toutes les raisons cit&#233;es plus haut, j'essaie de faire ce que je peux, en particulier dans les domaines de la nouvelle et du th&#233;&#226;tre. Ceci pour nous en tenir &#224; mes derni&#232;res compositions. Mais, il est bien &#233;vident que pour le moment tout cela reste encore, je crois, plus du bricolage qu'autre chose, et cela dans la mesure o&#249; rien n'est encore acquis de mani&#232;re irr&#233;versible.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Autre &#233;volution, dans le th&#232;me cette fois-ci. De Brecht &#224; Beckett... Et pourquoi ce ton de la d&#233;rision ? ...&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
D'abord, les th&#232;mes, c'est comme tout... A force de ressasser&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours la m&#234;me chose, on finit, par se lasser et lasser les autres. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de se renouveler constamment. Et, pour ce faire, il suffit en r&#233;alit&#233; de regarder autour de soi. Nous vivons dans un monde contradictoire et multiforme... R&#233;duire tout ce qui nous entoure &#224; quelques grandes id&#233;es, fussent-elles des id&#233;es ma&#238;tresses, c'est faire preuve, il faut bien le reconna&#238;tre, d'une grande &#233;troitesse d'esprit.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Pour revenir &#224; mes petites bricoles, je crois pouvoir dire que j'ai connu deux p&#233;riodes assez distinctes : la premi&#232;re s'&#233;tendrait de 1974 jusqu'&#224; 1980 et la deuxi&#232;me de 1982 jusqu'&#224; aujourd'hui. Une vision des choses peut-&#234;tre un peu simpliste semble dominer la premi&#232;re p&#233;riode. Selon cette vision, ce serait dans les agressions en provenance de l'ext&#233;rieur que se situerait l'origine de tous nos maux ; les totalitarismes d'aujourd'hui ne faisant ainsi que remplacer le colonialisme d'hier, par exemple. D'o&#249; il d&#233;coule que je me faisais peut-&#234;tre une trop haute id&#233;e des petites gens de chez nous, en qui je voyais les victimes innocentes de l'app&#233;tit des grands de ce monde. Comme dirait Lou Sin, je croyais qu'ils valaient mieux que les gens des classes sup&#233;rieures. Je me rendais bien compte, pourtant, qu'au moment o&#249; leurs propres int&#233;r&#234;ts sont touch&#233;s, ceux-ci se comportent bel et bien comme ceux-l&#224;, mais je trouvais qu'ils avaient d&#233;j&#224; assez d'ennemis comme cela. Par cons&#233;quent, je r&#233;servais mes petites m&#233;chancet&#233;s pour ces ennemis en question.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
La deuxi&#232;me p&#233;riode &#233;quilibre peut-&#234;tre la premi&#232;re. Si je devais la r&#233;sumer en une phrase, je dirais, pour parodier l'autre : &#034;La nature a horreur de la faiblesse&#034;. De veux dire par l&#224; que c'est nous-m&#234;mes surtout qui sommes responsables de la majeure partie de nos d&#233;boires. Et j'essaie, partant de l&#224;, de lever le voile sur nos faiblesses, tout au moins les plus criantes d'entre elles. Car, si au pr&#233;alable nous ne localisons pas nos faiblesses, je me demande comment nous pourrions un jour les surmonter.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
D'autre part, une litt&#233;rature qui est cens&#233;e &#234;tre destin&#233;e au grand public ne peut se pr&#233;senter sous la forme d'expos&#233;s froids et r&#233;barbatifs ; ceci dans l'&#233;tat actuel des choses tout au moins. Aussi est-il n&#233;cessaire de recourir &#224; des techniques litt&#233;raires qui permettent d'int&#233;grer la &#034;substantifique moelle&#034;, si tant est qu'on en d&#233;tient quelque peu, dans des compositions accessibles &#224; tous. Et ces techniques,&lt;br class='autobr' /&gt;
si j'en parle, c'est que je m'en sers &#233;videmment ; le conte voltairien demeurant pour moi un mod&#232;le en la mati&#232;re.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Et puis, je ne cherche surtout pas &#224; convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. Personnellement, je n'ai absolument rien &#224; vendre. Etant donn&#233; que je ne suis plus moi-m&#234;me s&#251;r de quoi que ce soit. Je pense par cons&#233;quent que chacun doit s'assumer, aller jusqu'au bout de sa logique. Mais, on ne peut s'assumer vraiment en jouant &#224; des jeux dont on ignore les r&#232;gles, ou encore &#224; des jeux dans lesquels les d&#233;s sont pip&#233;s d'avance. N'ayant moi-m&#234;me aucune certitude ni rien de bien net &#224; proposer, je ne peux d&#232;s lors que m'amuser &#224; d&#233;celer la taille dans ce qui nous est propos&#233; par ailleurs. Se moquer de nos faiblesses, de nos illusions, prendre &#224; contre-pied les id&#233;es re&#231;ues, pousser certains raisonnements jusqu'&#224; l'absurde, d&#233;mythifier ce qui nous entoure, c'est finalement ce &#224; quoi je m'amuse le plus souvent. Et il est &#233;vident que ceci ne peut se faire sur le ton de la trag&#233;die nos plus. D'o&#249; ce ton de la d&#233;rision qui accompagne &#224; peu pr&#232;s tout ce que j'ai pu faire.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais, &#224; ce propos, et avant de clore ce chapitre, on pourrait se demander s'il n'y a pas dans le ton de la d&#233;rision quelque chose de salutaire. On voit tellement de choses qui donnent envie de pleurer. Or, il ne sert &#224; rien de pleurer. A cet &#233;gard, il me revient une phrase que j'ai lue quelque part : &lt;i&gt;&#034;L'homme a pu survivre au grand stress historique et plan&#233;taire en arrivant parfois &#224; se tenir les c&#244;tes&#034;&lt;/i&gt;. Et je pr&#233;cise &#224; ma d&#233;charge que celui qui s'exprimait ainsi est quelqu'un d'autrement plus s&#233;rieux que moi.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Un mot sur la langue utilis&#233;e... Pourquoi les recours fr&#233;quents aux emprunts ? Cela est sans doute efficace face &#224; un public... Mais pour l'&#233;crit, pour le long terme... Ne penses-tu pas fixer autrement par &#233;crit ton travail ?&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
La langue que j'utilise, c'est tout simplement la langue des gens auxquels je suis cens&#233; m'adresser. Comme dirait Djehha, celui qui n'en est pas convaincu peut toujours v&#233;rifier. Et je ne dis pas cela pour me justifier. Car, en fait, si je devais justifier quelqu'un, ce serait pr&#233;cis&#233;ment ces gens que je devrais justifier. On peut lire dans n'importe quel manuel de linguistique g&#233;n&#233;rale qu'une langue est un fait social. Donc, &#224; ce titre, une langue est sujette &#224; &#233;volution, et ceci du simple fait que la soci&#233;t&#233; qui la parle &#233;volue elle-m&#234;me tout au long de son histoire. Voil&#224; pour les g&#233;n&#233;ralit&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Maintenant, pour le cas pr&#233;cis des mots que nous empruntons &#224; l'arabe et au fran&#231;ais, je crois qu'ils t&#233;moignent tout simplement du d&#233;s&#233;quilibre des &#233;changes que nous entretenons avec les soci&#233;t&#233;s qui nous entourent. S'il faut donc que soit pos&#233; le probl&#232;me, celui-ci doit &#234;tre pos&#233; enti&#232;rement.&lt;br&gt;
Il y a, je crois, deux grandes cat&#233;gories de litt&#233;rateurs. La premi&#232;re est celle de ceux, et ce sont de loin les plus significatifs qui se contentent de refl&#233;ter aussi fid&#232;lement que possible l'image de la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent. Libre &#224; ceux qui les lisent, &#233;videmment, de faire de cette image &#231;a que bon leur semble. La deuxi&#232;me cat&#233;gorie est celle de ceux qui voudraient voir la soci&#233;t&#233; en question se conformer &#224; une image pr&#233;&#233;tablie. C'est &#224; cette cat&#233;gorie qu'appartiennent,entre autres,lestenantsde la veine du r&#233;alisme socialiste dans saversiondes ann&#233;es 60, lesquels poussent la manie jusqu'&#224; ne plus d&#233;biter que des inepties.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Si j'avaisdonc r&#233;ellement voulu faire oeuvre de litt&#233;rateur, je n'aurais rien pu faire de mieux que d'essayer de refl&#233;ter, aussi fid&#232;lement que possible, l'image de la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons. D'o&#249; je d&#233;duis la chose suivante : d&#232;s lors que le recours aux emprunts est un des traits caract&#233;ristiques de notre soci&#233;t&#233;, il n'y avait pour moi rien de mieux &#224; faire que refl&#233;ter aussi bien ce trait dans mes compositions. Je veux surtout dire par l&#224; que le probl&#232;me des emprunts est un probl&#232;me de soci&#233;t&#233; et que, s'il doit &#234;tre pose, il doit l'&#234;tre au niveau de toute la soci&#233;t&#233; et non au niveau d'un auteur ni m&#234;me au niveau d'un sp&#233;cialiste, quel qu'il soit. Car le r&#244;le de ces derniers est uniquement de prendre acte de ce qu'ils sont amen&#233;s &#224; constater.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il reste une chose dont il faudrait peut-&#234;tre aussi avoir conscience, c'est que, dans la r&#233;alit&#233; de tous les jours, &#224; vrai dire, tout le monde n'utilise pas les emprunts de la m&#234;me mani&#232;re. Premi&#232;rement, la fr&#233;quence des emprunts varie suivant l'exp&#233;rience v&#233;cue du sujet parlant ; plus on s'&#233;loigne du monde paysan traditionnel, plus cette fr&#233;quence augmente. Deuxi&#232;mement, les mots emprunt&#233;s subissent des distorsions par rapport &#224; ce qu'ils sont dans les langues d'origine, distorsions dans la prononciation et distorsions aussi dans le sens.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais, cette fois-ci, plus on se rapprocha au contraire du monde paysan, plus ces distorsions deviennent importantes.&lt;br&gt;
S'il devait &#234;tre permis &#224; celui qui &#233;crit de ne reculer devant rien lorsqu'il s'agit d'&#234;tre expressif au maximum, on s'apercevra je crois facilement de ce que cet &#233;tat de fait lui offre comme marge de manoeuvre. Un simple petit exemple : que celui-ci ait, et la chose est fr&#233;quente, &#224; camper un personnage, le seul fait de mettre dans la bouche du personnage en question tel ou tel type d'emprunt lui donne la possibilit&#233; de le situer pr&#233;cis&#233;ment et &#224; moindre co&#251;t dans telle ou telle cat&#233;gorie sociale.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En dernier ressort, il faut quand m&#234;me dire aussi qu'il vaut encore mieux emprunter un vocable &#224; une autre langue que rester muet. Ceci &#233;videmment lorsque la langue vernaculaire, telle que nous l'avons h&#233;rit&#233;e de nos a&#239;eux, n'offre pas d'autre ressource. Le drame de la situation, en l'occurrence, car il y a tout de m&#234;me un drame, vient &#224; mon avis du fait que beaucoup de nos emprunts peuvent para&#238;tre totalement gratuits ; ce qui est d'ailleurs tr&#232;s souvent le cas, il faut bien le reconna&#238;tre. Tout se passe dans ces cas l&#224; comme si le recours aux emprunts devenait un palliatif, non pas au manque de ressource dont souffrirait la langue vernaculaire mais &#224; la m&#233;connaissance de ces ressources. Et, chose certainement plus grave encore, un palliatif qui renforce cette m&#233;connaissance. Nous avons le sentiment, d&#232;s lors que les emprunts concurrencent et finalement court-circuitent les ressources propres &#224; la langue vernaculaire.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Tout ceci pour dire que l'emprunt peut se justifier chez celui qui y recourt en toute connaissance de cause mais qu'il peut effectivement pr&#234;ter &#224; discussion lorsque celui qui en fait usage le fait &#224; tort et &#224; travers. Ne perdons pas de vue, au demeurant, qu'une situation quelle qu'elle soit n'est jamais d&#233;finitive. Le propre d'une langue vivante, tout comme celui d'un organisme vivant, est de passer par une succession d'&#233;tats transitoires, succession &#224; laquelle la mort seule peut mettre un terme. Le passage d'une langue d'un &#233;tat transitoire &#224; l'&#233;tat suivant, lequel sera fatalement tout aussi transitoire, entre parenth&#232;ses, est dicte de mani&#232;re imp&#233;rative par le besoin qu'ont les hommes qui parlent cette langue de faire toujours mieux r&#233;pondre celle-ci &#224; leurs besoins en mati&#232;re de communication.&lt;br&gt;
Or, il se trouve que jusqu'&#224; pr&#233;sent ces besoins en mati&#232;re de communication ont trouv&#233; une r&#233;ponse dans l'utilisation que nous faisons des termes provenant d'emprunts. Mais, il est bien &#233;vident que de nouveaux besoins surgissent tous les jours, auxquels il faudra bien trouver de nouvelles r&#233;ponses. Donc, il ne s'agit pas, &#224; mon avis, de proscrire les termes provenant d'emprunts, surtout ceux bien acclimat&#233;s. En revanche, il faut bien s&#251;r souhaiter la renaissance d'une cr&#233;ativit&#233; propre au berb&#232;re pour r&#233;pondre aux besoins de d&#233;signation des choses nouvelles.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
A cet &#233;gard, nous pouvons consid&#233;rer que l'&#233;laboration du lexique de math&#233;matiques paru r&#233;cemment pourrait devenir une exp&#233;rience exemplaire pour ce qui est de l'introduction des n&#233;ologismes, Car, s'il r&#233;pond vraiment &#224; un double besoin, celui des &#233;l&#232;ves et celui des professeurs, et surtout, ceci est capital, s'il a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par ceux-l&#224; m&#234;me qui s'en serviront, ce lexique de math&#233;matiques devrait avoir toutes les chances d'entrer dans les moeurs. Et puis, imaginons un instant que chaque branche de l'activit&#233; humaine se donne aussi son nouveau lexique ; celui-ci, d&#232;s lors qu'il se serait d'abord impos&#233; aux gens concern&#233;s, finirait fatalement par s'imposer aussi aux autres et donc aussi &#224; ceux qui seront les &#233;crivains de demain.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais c'est &#224; ces gens concern&#233;s qu'il appartient d'abord de faire le premier pas. Car un auteur n'invente jamais une langue. Un auteur ne peut &#233;crire que dans la langue commun&#233;ment admise autour de lui, parce que son unique but, pr&#233;cis&#233;ment, est d'&#234;tre avant tout efficace face &#224; un public. Je veux citer un exemple : l'auteur de la chanson de Roland ne pouvait pas &#233;crire son texte dans le fran&#231;ais d'aujourd'hui, puisque &#224; son &#233;poque, c'est &#224; dire au XI&#232;me si&#232;cle, ce fran&#231;ais n'existait m&#234;me pas encore. Un auteur t&#233;moigne donc de l'&#233;tat d'une langue &#224; un moment de l'histoire. Par contre, on peut dire qu'il n'est en rien responsable de l'&#233;volution de celle-ci, car cette &#233;volution est en r&#233;alit&#233; l'affaire de tous. Dans cet ordre d'id&#233;e on peut dire que si la langue de Dante s'est vue consacr&#233;e, la responsabilit&#233; de cette cons&#233;cration incombe &#224; tous les italiens et non &#224; Dante lui-m&#234;me.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Si je voulais aller jusqu'au bout de mon raisonnement, je dirais aussi la chose suivante : l'oralit&#233; &#233;tant encore une des caract&#233;ristiques de notre langue vernaculaire, la publication sous forme de cassettes audio et/ou vid&#233;o est encore ce qui correspond le mieux aux exigences de l'heure. Ceci dit, il va de soi en r&#233;alit&#233; que le probl&#232;me de l'&#233;crit entre aussi dans mes pr&#233;occupations. Dois-je pr&#233;ciser que tout ce que j'ai publi&#233; sur cassettes a d'abord &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par &#233;crit ? II reste que pour r&#233;gler la question de l'&#233;crit de mani&#232;re d&#233;finitive, il conviendrait peut-&#234;tre de se pencher s&#233;rieusement sur les deux points suivants : premi&#232;rement, celui de la notation des intonations, ceci sur le plan purement technique, et, deuxi&#232;mement, celui de l'analphab&#233;tisme ambiant, lequel malheureusement s&#233;vit encore au niveau de notre soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Toujours est-il que je publierais volontiers par &#233;crit si le manque de temps ne m'en emp&#234;chait.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Ton travail occupe une place singuli&#232;re dans la litt&#233;rature berb&#232;re (!) o&#249; l'essentiel de la production consiste en chansons... Comment vois-tu l'avenir de tout cela ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je crois que je me suis suffisamment &#233;tal&#233; dans ce qui pr&#233;c&#232;de sur ce qui pourrait faire la singularit&#233; de l'entreprise. Il reste que cette singularit&#233; n'est pas si singuli&#232;re que cela. Il serait peut-&#234;tre bon de rappeler qu'il y a plus de cent cinquante ans que les japonais ont commenc&#233; &#224; songer &#224; sortir de leur coquille pour s'adapter au monde contemporain. Chose qui, au demeurant, ne leur pas fait trop de mal dans l'ensemble, bien au contraire.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Quant &#224; l'avenir de tout cela... seul l'avenir le dira. Car l'avenir ne d&#233;pend pas de ce que fait un individu en particulier mais bien de la conjugaison des efforts de tous. Or, il faut bien dire que ces efforts, aujourd'hui, sont pour le moins trop in&#233;gaux... Ce qui fait que nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge !&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;II y a dans ce que tu fais une pr&#233;sence de l'&#233;migration, mais, tu ne sembles pas tr&#232;s int&#233;gr&#233; dans le mot &#034;beur&#034;. Comment te situes-tu ? ... (racisme, avenir de l'&#233;migration...)&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
II y a quarante ans, ainsi que le dit Feraoun, le s&#233;jour des &#233;migr&#233;s en France pouvait encore appara&#238;tre comme une parenth&#232;se dans le cours de la vie des &#233;migr&#233;s en question ; parce que l'immense majorit&#233; de ceux-ci reprenaient, d&#232;s leur retour dans leur pays d'origine, les us et coutumes de celui-ci. Or, il semblerait que ceci ne soit plus du tout vrai aujourd'hui ou il y a 800 000 alg&#233;riens en France alors qu'ils &#233;taient &#224; peine 200 000 en 1950. Aujourd'hui, les s&#233;jours en France sont beaucoup plus longs qu'ils ne l'&#233;taient il y a quarante ans. Une proportion consid&#233;rable des n&#244;tres se sont install&#233;s en France avec femme et enfants. De plus, le d&#233;veloppement des moyens de communication fait qu'il s'est &#233;tabli des liaisons quasi-permanentes entre les communaut&#233;s &#233;migr&#233;es et les terroirs d'origine. Et, qui dit liaisons dit transferts, surtout de biens mat&#233;riels, en direction de ces terroirs d'origine mais aussi transferts de nouvelles r&#233;f&#233;rences culturelles li&#233;es &#224; l'acquisition et &#224; la consommation de ces biens. Il s'ensuit que la communaut&#233; &#233;migr&#233;e ne peut plus nous appara&#238;tre de nos jours comme un il&#244;t compl&#232;tement d&#233;tach&#233; de la soci&#233;t&#233; qui lui a donn&#233; naissance. Ce qui serait peut-&#234;tre plus juste serait d'y voir un prolongement de cette soci&#233;t&#233; mais aussi et surtout un prolongement qui replace le centre de gravit&#233; de cette soci&#233;t&#233; quelque part au beau milieu de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il d&#233;coulerait de ceci que les probl&#232;mes sp&#233;cifiques de 1'&#233;migration ne sauraient en aucun cas &#234;tre dissoci&#233;s du probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de la confrontation de notre soci&#233;t&#233; avec celles qui nous entourent. Et c'est pour cette raison, au fond, que lorsque je mets sn sc&#232;ne des &#233;migr&#233;s dans mes compositions, c'est le plus souvent pour traiter de th&#232;mes relevant de pr&#233;occupations qui pourraient tout aussi bien &#234;tre celles ce nos compatriotes demeur&#233;s au pays.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Et les &#034;beurs&#034; dans tout cela ?&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Les &#034;beurs&#034; sont, &#224; mon avis, la preuve vivante d'une double faillite, faillite de nos cultures traditionnelles face aux nouvelles r&#233;alit&#233;s que nous vivons et, faillite pareillement de la culture officielle pr&#244;n&#233;e par le pouvoir politique alg&#233;rien face &#224; ces r&#233;alit&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il est, remarquable de voir, &#224; cet &#233;gard, que nos &#034;beurs&#034; n'ont pas d'&#233;quivalents chez les espagnols ni chez les portugais lesquels sont pourtant deux fois plus nombreux en France que les alg&#233;riens. On va dire : &lt;i&gt;&#8216;Oui... Mais... Les espagnols et les portugais sont des europ&#233;ens... Et puis ce sont des chr&#233;tiens... etc., etc.&#034;&lt;/i&gt; Mais croyez-vous que les fran&#231;ais leur fassent des cadeaux pour autant ?... D&#233;j&#224; que ces derniers se font rarement de cadeaux, m&#234;me entre eux. La r&#233;alit&#233; est que les enfants d'espagnols ou de portugais s'appliquent &#224; tirer partie au maximum des possibilit&#233;s que leur offre le pays d'accueil. Et ceci parce qu'ils sont d&#233;j&#224; mieux arm&#233;s que les enfants de nos &#233;migr&#233;s. Ensuite, ils demeurent quand ils grandissent presque toujours attach&#233;s &#224; la culture de leur pays d'origine. Mais qu'est-ce qui rend cet attachement possible ? C'est bien s&#251;r essentiellement le fait qu'il n'existe aucune contradiction majeure entre cette culture d'une part et l'exp&#233;rience v&#233;cue d'autre part. Ce qui suppose bien s&#251;r encore que la culture des espagnols et des portugais se renouvelle chaque jour en s'alimentant &#224; la source vive de cette exp&#233;rience v&#233;cue.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Or, tel n'est pas le cas chez les alg&#233;riens, lesquels commencent d'abord par affirmer avec force des principes rigoureux, principes qu'ils s'empressent ensuite de d&#233;tourner &#224; qui mieux. Car, le plus souvent, il s'av&#232;re qu'&#224; l'usage nos valeureux principes sont bien &#233;videmment, impossibles &#224; assumer. A moins de se tenir prudemment &#224; l'&#233;cart de tout. Et comment ? En faisant l'autruche. D'o&#249; cette cassure tr&#232;s nette qui existe entre nos vieilles r&#233;f&#233;rences culturelles, si riches et si g&#233;n&#233;reuses, tout au moins &#224; ce nous imaginons, et nos pratiques quotidiennes, lesquelles sont trop souvent des pratiques de chacals. Et cela &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233;, si bien qu'on pourrait se demander si la tartufferie n'est pas devenue chez nous un art de vivre. L&#224;-dessus, pour compl&#233;ter l'ensemble, il y a ceux qui poussent des soupirs du style : &#034;O&#249; va la jeunesse d'aujourd'hui ?...&#034; Viennent ensuite ceux qui, pour bien arranger les choses, donnent t&#234;te baiss&#233;e dans 1'arabo-islamisme et puis ceux qui, pour faire pi&#232;ce &#224; 1'arabo-islamisme, nous d&#233;terrent le &lt;i&gt;tifinagh&lt;/i&gt; parce que n'ayant rien d'autre sous la main. Ceux-ci d'un c&#244;t&#233;. De l'autre c&#244;t&#233;, il y a les &#034;beurs&#034; lesquels &#233;videmment envoient promener tout le monde.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Puisqu'il m'est demand&#233; de me situer, je dirai la chose suivante : certes je fais bien s&#251;r grand cas de toutes les mouvances que j'&#233;voque ici. N&#233;anmoins, ce que j'ai publie doit donner, je crois, clairement &#224; entendre que je ne m'inscris dans aucune d'entre elles. Car, si les premi&#232;res m'apparaissent comme frapp&#233;es de st&#233;rilit&#233; en d&#233;bouchant sur des impasses, je ne crois pas, non plus, que les &#034;beurs&#034; soient des exemples &#224; suivre. Et ceci pour la simple raison que les &#034;beurs&#034; sont avant tout une population d&#233;racin&#233;e voire d&#233;stabilis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Finalement, et ceci r&#233;sumera peut-&#234;tre les quelques indications &#233;parses que j'ai donn&#233;es plus haut concernant mes pr&#233;occupations, ce que je fais est une chose tr&#232;s simple : je m'efforce de dire dans notre langue maternelle l'essentiel de notre exp&#233;rience v&#233;cue. Et ceci au del&#224; de tous discours doctrinaires d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et au-del&#224; du discours doctrinaire de gauche en particulier, lequel, il faut bien le dire, a, &#224; for&#231;a d'&#234;tre galvaud&#233;, perdu toute esp&#232;ce de cr&#233;dibilit&#233;. Ceci dit, j'ai le sentiment, tout de m&#234;me, que cet effort pourrait encore r&#233;pondre &#224; deux n&#233;cessit&#233;s d'&#233;gale importance. D'une part, le fait de s'exprimer en langue maternelle pourrait &#224; bien des &#233;gards r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; dans laquelle nous nous voyons de trouver rem&#232;de au d&#233;racinement qui frappe beaucoup d'entre nous. D'autre part, dire l'essentiel de l'exp&#233;rience v&#233;cue, cela ne revient-il pas en quelque sorte &#224; faire le point sur les r&#233;alit&#233;s dans lesquelles nous vivons ? Et, faire le point de temps en temps, c'est peut-&#234;tre une chose encore qui pourrait justement nous aider &#224; ne pas &#234;tre d&#233;bord&#233;s par ces r&#233;alit&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Si ce que je dis venait &#224; &#234;tre v&#233;rifi&#233;, il y aurait peut-&#234;tre l&#224; l'esquisse de ce qui pourrait &#234;tre un lien allant d'un extr&#234;me &#224; l'autre de notre soci&#233;t&#233; ; c'est-&#224;-dire un lien qui permettrait &#224; un grand-p&#232;re de comprendre son petit-fils &#034;beur&#034; et &#224; celui-ci de comprendre ce grand-p&#232;re lequel, sinon, est &#224; des ann&#233;es-lumi&#232;re loin derri&#232;re lui.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Mais ne r&#234;vons pas trop... Et puis qu'est-ce qui prouve qu'il n'est pas d&#233;j&#224; trop tard ?&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ensuite, les &#233;migr&#233;s et le Fascisme. Je ne veux pas m'&#233;taler sur ce sujet parce que ce serait trop long. Je dirai seulement qu'il est trop facile de brandir le spectre du racisme chaque fois qu'un conflit &#233;clate entre des fran&#231;ais et des alg&#233;riens, comme cela se fait souvent. Rappelons-nous les 36 000 marocains r&#233;sidant en Alg&#233;rie, qui en 1976 se sont vus intimer l'ordre par les autorit&#233;s alg&#233;riennes de quitter le pays sous 48 heures. Et l&#224;-dessus on nous chante le grand maghreb arabe sur tous les tons !... Comment admettre que ceux qui ont cautionn&#233; une telle d&#233;cision, ne serait-ce que par leur silence, viennent aujourd'hui nous rebattre les oreilles &#224; propos du racisme auquel seraient en butte les alg&#233;riens r&#233;sidant en France ?... Et puis m&#234;me si le racisme existe en France, et il existe de la m&#234;me mani&#232;re qu'il existe dans tous les pays du monde, ce n'est pas, &#224; ma connaissance, un fait institutionnalis&#233; ; c'est un fait de soci&#233;t&#233;. Et, l'un dans l'autre, notre soci&#233;t&#233; a au moins autant de responsabilit&#233; que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#224; cet &#233;gard.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Une seule chose encore. Imaginons nos &#034;beurs&#034; d&#233;barquant du jour au lendemain en Alg&#233;rie. Comment seraient-ils re&#231;us ? Je parie qu'ils seraient mis dans des camps de concentration. Donc, avisons-nous d'abord de nous occuper de nos faiblesses et de nos d&#233;fauts avant de nous occuper de ceux des autres.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Concernant l'avenir de l'&#233;migration alg&#233;rienne en France, &#233;videmment je ne suis pas devin. Il reste tout de m&#234;me que si on veut y regarder d'un peu plus pr&#232;s, on constate que le ph&#233;nom&#232;ne s'est d&#233;velopp&#233; sur la base d'une certaine convergence d'int&#233;r&#234;ts entre, d'un c&#244;t&#233; des gens qui avaient besoin de main-d'oeuvre et, de l'autre, des gens qui avaient besoin de vendre leur force de travail. Convergence d'int&#233;r&#234;ts in&#233;gaux s&#251;rement, mais convergence d'int&#233;r&#234;ts tout de m&#234;me. Pour ce qui est de l'avenir donc, je ne vois pas comment l'&#233;migration pourrait se maintenir en France sur d'autres bases que celles-ci. Car il appara&#238;t que la tendance chez les &#233;migr&#233;s eux- m&#234;mes est bel et bien, me semble-t-il, au maintien du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. Et ceci, en d&#233;pit de tous les drames individuels qu'ils connaissent souvent ; je veux dire des drames li&#233;s au fait de s'expatrier, &#224; la solitude, &#224; la d&#233;tresse, etc.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Les pays occidentaux en g&#233;n&#233;ral, et la France en particulier, connaissent depuis une dizaine d'ann&#233;es une r&#233;cession &#233;conomique, et ceci n'est pas du tout une plaisanterie. Il est &#224; parier n&#233;anmoins que tous ces pays d&#233;passeront cette crise d'une mani&#232;re ou d'une autre et ce pour la bonne raison suivante : ils en ont vu d'autres. Au reste, aujourd'hui, c'est ce &#224; quoi ils s'emploient le plus. C'est ainsi que les mots les plus couramment repris en ce moment en France sont ceux de comp&#233;titivit&#233;, restructuration de l'&#233;conomie, r&#233;novation de l'appareil productif, rentabilit&#233;, etc... La logique qui d&#233;coule de cette situation voudrait que le crit&#232;re de rentabilit&#233; s'applique aussi &#224; l'endroit des immigr&#233;s. Et du fait, c'est ce qui se produit. En d&#233;pit des discours et autres manifestations de soutien, lesquels ne servent &#224; rien d'autre en r&#233;alit&#233; qu'&#224; &#034;noyer le poisson&#034;, l'immigration alg&#233;rienne se voit peu &#224; peu faire l'objet d'un laminage. Mais si la plupart de nos compatriotes, lorsqu'ils se retrouvent au ch&#244;mage, pr&#233;f&#232;rent rentrer d&#233;finitivement, il est encore permis de penser qu'&#224; l'avenir ceux qui resteront en France seront ceux, salari&#233;s ou travailleurs ind&#233;pendants, qui auront su acc&#233;der &#224; des situations moins pr&#233;caires que celles &#233;tant en g&#233;n&#233;ral le lot de la plupart d'entre nous. Mais, combien feront l'effort de chercher &#224; acc&#233;der &#224; des situations moins pr&#233;caires et combien y parviendront ?&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Le pays change vite et profond&#233;ment. Quelle attitude pr&#233;conises-tu par rapport &#224; l'islam et &#224; l'arabe classique entendu comme langue nationale ? (leur utilisation ou leur rejet...)&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
La premi&#232;re chose que je dirai ici est que je ne me sens bien &#233;videmment aucune qualit&#233; pour pr&#233;coniser quoi que ce soit. Ce qui ne m'emp&#234;che pas, au demeurant, d'avoir mon opinion sur les sujets &#233;voqu&#233;s ici.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Il y a peut-&#234;tre un an de cela, quelle n'a pas &#233;t&#233; ma stup&#233;faction d'entendre Lakdar Hamina, qu'on interrogeait sur Radio n Tmazight &#224; Paris, dire textuellement ceci : &lt;i&gt;&#034;II y a 20 millions d'habitants en Alg&#233;rie, &#231;a sont 20 millions de tubes digestifs&#034; &lt;/i&gt; !!!... J'en suis encore &#224; me demander ce qu'il voulait dire par l&#224;. &lt;br&gt;
Voulait-il dire que les alg&#233;riens ont mal tourn&#233; depuis qu'ils sont ind&#233;pendants ? Mais alors &#224; qui la faute ? Ceux qui nous gouvernent ont au moins une responsabilit&#233; &#224; cet &#233;gard. Or, Monsieur Hamina, cin&#233;aste tout ce qu'il y a de plus officiel et ce surcro&#238;t haut fonctionnaire alg&#233;rien, appartient bel et bien &#224; la famille de ceux qui pendant vingt ans ont eu la haute main sur le destin des alg&#233;riens. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Voulait-il dire que les alg&#233;riens consomment plus qu'ils ne produisent ? Mais, l&#224; encore, l'exemple vient de haut. La politique d'arabisation co&#251;te des milliards d'investissement &#224; l'Alg&#233;rie et produit des &#034;infirmes mentaux&#034;, et ceci est encore une expression de Monsieur Brerhi, notre ministre de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;br&gt;
A moins que Monsieur Hamina n'ait voulu dire par l&#224; que les alg&#233;riens ne m&#233;ritent m&#234;me plus l'air qu'ils respirent, auquel cas la chose est simple, cela voudrait dire que ceux qui nous gouvernent &#034;ne sont pas contents de leur peuple. Ils doivent donc &#233;lire un nouveau peuple.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ce qui pr&#233;c&#232;de pourra peut-&#234;tre sembler une mani&#232;re d'esquiver la question qui m'est pos&#233;e, Mais c'est que le spectacle de ces changements rapides et profonds qui interviennent chez nous a souvent de quoi d&#233;router le plus d&#233;sabus&#233; des hommes. Et puis, il se pourrait aussi que la d&#233;mythification conduise au pessimisme...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je trouve &#224; peine la force de dire qu'il faut quand m&#234;me oser regarder loin devant soi. Il me semble que le prochain grand rendez-vous de l'Alg&#233;rie avec l'histoire sera celui de l'apr&#232;s-p&#233;trole. Car, si aujourd'hui encore la rente p&#233;troli&#232;re autorise le pouvoir politique alg&#233;rien &#224; pers&#233;v&#233;rer dans toutes ses fuites en avant ou &#224; se livrer &#224; des contorsions, le jour, lequel n'est peut-&#234;tre pas si loin, o&#249; cette rente viendra &#224; manquer, il lui faudra bien trouver autre chose.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En attendant chacun doit &#234;tre libre d'agir suivant ce qu'il croit &#234;tre ses int&#233;r&#234;ts. Ce qui n'emp&#234;che pas qu'on puisse songer s&#233;rieusement, et ce d&#232;s &#224; pr&#233;sent, &#224; chercher les issues qui nous permettraient d'&#233;chapper &#224; l'obligation qui nous est faite d'avoir &#224; choisir entre l'abrutissement par 1'arabe-islamisme ou l'abrutissement par l'alcool.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;b&gt;Paris, 26 janvier 1985&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Entretien reproduit avec l'autorisation de la revue &lt;i&gt;Tafsut&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br&lt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tafsut* revue clandestine du Mouvement culturel berb&#232;re authentique (1981-1990).&lt;br&gt;
Tafsut s&#233;rie normale : 14 num&#233;ros parus.&lt;br&gt;
Tafsut s&#233;rie &#233;tude &amp; d&#233;bats : 4 volumes parus.&lt;br&gt;
Tafsut s&#233;rie p&#233;dagogique et scientifique : 4 num&#233;ros parus.&lt;br&gt;
Tafsut, Hors s&#233;ries : &lt;br&gt;
1.	Journal de Rachid Chaker, 1981.&lt;br&gt;
2.	Tadyant unebdu, &#233;v&#233;nement de l'&#233;t&#233; 1985.&lt;br&gt;
3.	Conte : aseggad d warraw-is, 1982&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tafsut n&#176;10 (s&#233;rie normale)/avril 1985, Tizi-Ouzou.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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