<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> TAMAZGHA https://tamazgha.fr/ fr SPIP - www.spip.net TAMAZGHA https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L144xH63/logo-site-f2488.png?1774389839 https://tamazgha.fr/ 63 144 Une machine de guerre contre Tamazight... https://www.tamazgha.fr/Une-machine-de-guerre-contre.html https://www.tamazgha.fr/Une-machine-de-guerre-contre.html 2010-09-27T20:22:26Z text/html fr Masin Notre sélection <p>Nous avons assisté récemment à quelques interventions d'intellectuels algériens, parfois mal placés pour s'exprimer sur une question qui concenrne en premier lieu des linguistes berbérisants, sur la question du choix de l'alphabet pour la transcription de tamazight. Et comme par hasard, ces derniers plaident pour la transcription de tamazight en caractères arabes. <br class='autobr' /> Nous publions ci-après la position de Salem Chaker à ce sujet, une position exprimée déjà depuis quelques décennies. <br class='autobr' /> Le (…)</p> - <a href="https://www.tamazgha.fr/-Analyses-.html" rel="directory">Analyses</a> / <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Notre-selection-+.html" rel="tag">Notre sélection</a> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L138xH150/arton2630-48fa3.jpg?1774394667' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt="" /> <div class='rss_chapo'><p>Nous avons assisté récemment à quelques interventions d'intellectuels algériens, parfois mal placés pour s'exprimer sur une question qui concenrne en premier lieu des linguistes berbérisants, sur la question du choix de l'alphabet pour la transcription de tamazight. Et comme par hasard, ces derniers plaident pour la transcription de tamazight en caractères arabes.<br /> <br /> Nous publions ci-après la position de Salem Chaker à ce sujet, une position exprimée déjà depuis quelques décennies.</p></div> <div class='rss_texte'><p><br /></p> <hr /> <br /> <div class='spip_document_2280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'> <figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L399xH469/photo_chaker-c2fb3.jpg?1774394667' width='399' height='469' alt='' /> </figure> </div> <p><br /></p> <h2 class="spip">Le débat autour de l'alphabet : serpent de mer / arme de guerre*</h2> <p>Depuis plusieurs décennies, on voit revenir cycliquement dans le débat public – politique et universitaire – la même controverse sur la question de la graphie usuelle de la langue berbère : <i>graphie latine, graphie arabe, graphie tifinagh ?</i> Pseudo débat, totalement prédéterminé par les options idéologiques, et en définitive par l'instance politique : cela a été le cas au Maroc avec l'adoption surprise des néo-tifinagh par l'Ircamen 2002 ; c'est le cas en Algérie avec ceux qui voudraient imposer la graphie arabe. Pour contextualiser le débat, on rappellera qu'après le Printemps berbère de 1980, le FLN et le Président Chadli<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="On sait qu'il sera suivi dans cette position par le Président Bouteflika qui (…)" id="nh1">1</a>]</span> déclaraient déjà : "<i>Oui à l'enseignement du berbère, à condition qu'il soit écrit en caractères arabes</i>" ! Cette idée est donc ancienne et émane toujours de milieux fortement marqués par l'idéologie arabiste (plus qu'islamiste d'ailleurs) et en général proches des milieux dirigeants de l'Etat.<br /></p> <p> Pour tous les berbérisants sérieux, du moins ceux qui se sont penchés sur cette question depuis longtemps et qui ne découvrent pas les problèmes d'aménagement du berbère depuis que les instances politiques algériennes et marocaines ont donné leur "feu-vert", la réponse ne fait pas de doute. Pour ma part, je m'en suis expliqué depuis près de trente ans : une diffusion large du berbère passe nécessairement par la graphie latine, parce que :<br /> ‒ L'essentiel de la documentation scientifique disponible est dans cette graphie ; <br /> ‒ Un travail significatif d'aménagement de cette graphie a été mené durant tout le XX<sup>e</sup> siècle ; <br /> ‒ L'essentiel de la production destinée au grand public (revues associatives, production littéraire), en Afrique du Nord comme en Europe, utilise cet alphabet. <br /> <br /> Revenons précisément au débat que l'on essaie régulièrement de relancer. On notera d'abord que l'on invoque généralement la science, l'université : on mobilise les savoirs des linguistes quant à la relation purement conventionnelle entre une langue et sa représentation graphique ; ceux des historiens sur l'existence de traditions anciennes de graphies du berbère en caractères arabes ; du sociologue de l'éducation et de la culture pour rappeler que la majorité de la population a une pratique de l'alphabet arabe. Tout cela pour défendre <i>in fine</i> une notation usuelle en caractères arabes.<br /> On occulte bien sûr le fait que les notations arabes du berbère, bien attestées depuis le haut Moyen âge, <br /> ‒ Sont restées <i>l'apanage de milieux lettrés très restreints ; </i><br /> ‒ Qu'elles n'ont jamais donné lieu à une véritable codification graphique du berbère ; <br /> ‒ Que toutes les études récentes montrent qu'il s'agissait plus d'aide-mémoires, de béquilles pour une transmission restée fondamentalement orale et qu'il est impossible de décoder ces textes berbères, <i>anciens ou actuels,</i> écrits en arabe sans une oralisation tâtonnante (voir notamment les test réalisés par A. El Mountassir 1994). <br /> On occulte bien sûr aussi le fait que l'alphabet latin est, lui aussi, très largement répandu en Afrique du Nord.<br /> <br /> Au niveau de l'abstraction transhistorique, nous savons bien que toute langue, sous réserve d'adaptations plus ou moins importantes, peut être représentée par n'importe quel système d'écriture. C'est ce qui explique que les écritures ont pu voyager, ont été empruntées et adaptées de peuple à peuple, de langue à langue : l'alphabet latin du français n'est pas celui de Rome, ni celui de l'allemand, ni celui des langues scandinaves ou du tchèque. De même que l'alphabet arabe du persan, du turc ottoman et des autres langues d'Asie centrale n'est pas celui de l'arabe classique. De même, sur moins d'un siècle, certaines langues d'Asie centrale ont été écrites en alphabet arabe, en latin et en cyrillique ! A ce niveau de généralité, il est évident que le berbère, comme toute langue, pourrait être écrit en syllabaire japonais ou en alphabet cyrillique. Mais au-delà de ces considérations abstraites et des potentialités théoriques, une écriture usuelle, du fait même de cette qualité, se développe dans un contexte historique et un environnement socioculturel déterminés, et pas seulement dans les cabinets des linguistes et grammairiens.<br /> <br /> Car, ignorance réelle ou ignorance feinte, on occulte dans tous les cas le fait que depuis un bon siècle, un travail de réflexion sur la notation usuelle à base latine, directement inspiré par la recherche universitaire sur le berbère, a été mené et a permis des avancées significatives. Initié et accompagné par des universitaires, par des praticiens du berbère, largement relayé par le mouvement associatif, ce travail sur la graphie usuelle à base latine a connu des améliorations progressives et simplifications qui en font désormais une écriture fonctionnelle, raisonnée et adaptée à toutes les formes de berbère. Représentation phonologique, maîtrise et explicitation de la segmentation font de la graphie usuelle latine une véritable écriture "berbère", généralisable à l'ensemble du domaine.<br /> <br /> Tourner le dos à un siècle d'usage social actif de la graphie à base latine pour imposer l'alphabet arabe ne pourrait qu'avoir de graves incidences négatives et ralentir voire bloquer le processus de diffusion de l'écrit. <br /> Pour des raisons pratiques d'abord : seule la notation latine à fait l'objet d'un processus de codification et d'adaptation aux contraintes particulières et lourdes du berbère. Utiliser un autre alphabet reviendrait à jeter aux orties ce lent et complexe travail de maturation, déjà largement adopté par les producteurs sur le terrain, notamment les écrivains. Très concrètement, une graphie arabe pour le berbère serait une régression sévère dans le processus de codification et de diffusion de l'écrit. On en reviendrait forcément à des notations de type phonétique, fortement dialectalisées, à segmentation aléatoire et non explicite et ne permettant pas la lecture sans oralisation. Car, outre que le processus de codification n'a jamais été engagé à partir de l'alphabet arabe, on aurait – même en supposant de la bonne volonté et des intentions généreuses – de sérieuses difficultés à s'abstraire des contraintes de la tradition arabisante pour construire à partir de cette écriture une représentation cohérente et efficace du berbère.<br /> Mais aussi pour des raisons symboliques : qu'on le veuille ou non, l'émergence berbère, l'émergence de la langue berbère s'est faite au cours du XX<sup>e</sup> siècle contre l'idéologie arabo-islamique dominante et, pour l'essentiel, hors du cadre culturel arabo-islamique. C'est l'ouverture sur le monde et sur l'Occident qui a donné aux Berbères et à la langue berbère les outils de leur affirmation et de leur existence. Vouloir imposer au berbère l'habit de l'alphabet arabe trahit explicitement une volonté de le (les) faire rentrer dans le giron de la famille arabo-musulmane, pour l'y étouffer.<br /> <br /> En réalité, on a affaire à une machine de guerre contre le berbère, que l'on déploie lorsqu'il est devenu impossible de s'opposer, sur le principe, à sa reconnaissance, à son développement et à sa généralisation. On met alors en avant le problème "technique" de l'alphabet, pour tenter de détruire l'acquis et orienter d'emblée le passage à l'écrit et l'enseignement de la langue berbère vers un cul-de-sac assuré, vers l'enlisement et/ou la floklorisation. C'est ce qui se confirme au Maroc avec le choix des néo-tifinagh. C'est ce qui se passerait en Algérie si l'alphabet arabe venait par malheur à être imposé. Au fond, il s'agit, dans tous les cas, même si les argumentaires sont évidemment très différents, de bloquer toute possibilité de développement réel de la langue berbère, de la neutraliser en lui imposant un carcan non fonctionnel qui la condamne à une simple fonction emblématique (pour les néo-tifinagh) ou au rejet et à la désaffection par les populations elles-mêmes (pour l'alphabet arabe) ; en un mot, il s'agit d'enfermer le berbère dans l'insignifiance. On retrouve là une pratique très solidement ancrée des Etats nordafricains, la stratégie de neutralisation et de domestication des élites, de tous les acteurs et facteurs sociaux et culturels non contrôlés… En l'occurrence, il s'agit de "réduire le lion berbère en un doux agneau bêlant", intégré à l'appareil d'Etat et à l'idéologie dominante.<br /> <br /> <br /> <strong>Salem Chaker,</strong><br /> Professeur de berbère<br /> <i>Université de Provence / Inalco – Centre de Recherche Berbère</i> <br /> <br > <br /> Pour lire la totalité de l'article de Salem Chaker : <br /> <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> <a href='https://www.tamazgha.fr/La-codification-graphique-du.html' class="spip_in">La codification graphique du berbère : Etat des lieux et enjeux.</a></p></div> <hr /> <div <div class='rss_ps'><p>(*) : Extrait de la communication envoyée par Salem Chaker au colloque sur la standardisation de tamazight organisé par le HCA à Boumerdès du 20 au 23 septembre 2010. La communication est intitulée "La codification graphique du berbère : Etat des lieux et enjeux."</p></div> <hr /> <div class='rss_notes'><div id="nb1"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix">1</a>] </span>On sait qu'il sera suivi dans cette position par le Président Bouteflika qui a fait le même type de déclarations publiques.</p> </div></div> Deux fêtes amazighes : Yennayer et Amenzu n tefsut. https://www.tamazgha.fr/Deux-fetes-amazighes-Yennayer-et-Amenzu-n-tefsut,2562.html https://www.tamazgha.fr/Deux-fetes-amazighes-Yennayer-et-Amenzu-n-tefsut,2562.html 2010-02-27T08:57:17Z text/html fr Masin Yennayer Traditions Notre sélection <p>"Le calendrier berbère est un calendrier agraire !" Cette assertion, qui se réfère implicitement au calendrier julien et fait l'unanimité dans tous les travaux sur le sujet (Doutté, Genevois, Servier, Drouin) n'a pourtant pas le caractère d'évidence qu'elle veut bien nous montrer. Sommes-nous réellement en présence d'un calendrier agraire issu de la révolution agricole du néolithique ou de ce qui est devenu une simple convention de langage ? Un bref rappel historique permettra de voir que ce (…)</p> - <a href="https://www.tamazgha.fr/-Yennayer-105-.html" rel="directory">Ennayer - Yennayer</a> / <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Yennayer-+.html" rel="tag">Yennayer</a>, <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Traditions-+.html" rel="tag">Traditions</a>, <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Notre-selection-+.html" rel="tag">Notre sélection</a> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton2562-dd817.jpg?1774395104' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt="" /> <div class='rss_chapo'><p>"Le calendrier berbère est un calendrier agraire !" Cette assertion, qui se réfère implicitement au calendrier julien et fait l'unanimité dans tous les travaux sur le sujet (Doutté, Genevois, Servier, Drouin) n'a pourtant pas le caractère d'évidence qu'elle veut bien nous montrer. Sommes-nous réellement en présence d'un calendrier agraire issu de la révolution agricole du néolithique ou de ce qui est devenu une simple convention de langage ? Un bref rappel historique permettra de voir que ce calendrier julien n'avait pas, au départ, le caractère agraire que lui prêtent les études contemporaines et qu'il n'a acquis cette qualité en Afrique du Nord qu'après avoir fait l'objet d'adaptations au cours du Moyen-âge.</p></div> <div class='rss_texte'><p><i>Nnayer</i>, terme employé dans toutes les régions du nord de l'Afrique, depuis les côtes méditerranéennes jusqu'au Sahel, désigne bien le premier jour du premier mois de l'année (<i>ixf useggas, aqerru useggas, tawwurt useggas, amenzu useggas</i>) et correspond au mois de <i>Ianiarius</i> du calendrier dit "julien". Ce mois est le premier des douze de ce calendrier, créé par l'astronome alexandrin Sosigène, officialisé à Rome par Jules César en l'an 45 avant Jésus-Christ et imposé par son neveu Octave, dit "Auguste", dans tout l'empire romain. Calendrier solaire, il se décompose en 12 mois totalisant 365,25 jours.</p> <p>Présent en Afrique du Nord dès la réorganisation de la province africaine et la création du royaume de Juba II par Auguste, ce calendrier est bien attesté dans le monde urbain par l'archéologie, jusqu'à l'effondrement de l'empire en 439. Sa trace se perd avec la fin des cités latinisées à partir du VIII<sup>e</sup> siècle mais, paradoxalement, réapparait dans le royaume d'Andalus en la ville de Cordoue, dans les milieux scientifiques. C'est là qu'il est largement remanié par de nombreux agronomes et astronomes de l'Andalousie médiévale musulmane, au premier rang desquels ibn al Awwâm dans son <i>Livre de l'agriculture</i> rédigé en 1175. Ces auteurs andalous utilisent en effet ce calendrier auquel ils ajoutent d'autres computs et traditions agraires (nabatéenne, syriaque, perse) et ce faisant, adaptent les noms des mois latins : ainsi, <i>Ianiarius</i> devient <i>Yennayer, Aprilis, Abril, December, Dujamber,</i> etc. Ces travaux médiévaux d'Andalousie sont par la suite diffusés à travers toute l'Afrique du Nord par l'intermédiaire d'ouvrages de vulgarisation rédigés par des Nord-africains, notamment Abu Miqra (XIVe siècle), puis surtout As Susi (XVII<sup>e</sup> siècle). Il est frappant de constater qu'au début du XX<sup>e</sup> siècle, l'utilisation de l'ouvrage d'As Susi pour déterminer la date du premier jour du premier mois de l'année (<i>Yennayer</i>) selon le calendrier julien ait été relevée aussi bien en Maurétanie qu'en Kabylie et en Tunisie ; les clercs des zones rurales du nord comme du sud utilisent des carnets sur lesquels les mois de la liturgie musulmane trouvent leurs correspondants juliens. Les périodes des grands froids (<i>lyali</i>), des grandes chaleurs (<i>smayem</i>) et des pluies d'avril (<i>Nisan</i>) connues partout en Afrique du Nord sont des termes syriaques contenus dans ces travaux et proviennent directement de leur diffusion.</p> <p>A l'origine, le calendrier julien était donc un calendrier scientifique qui n'était pas une création des paysans romains ni africains mais l'œuvre de savants égyptiens et grecs (astronomes, mathématiciens). Un calendrier agraire au sens strict est un calendrier qui se préoccupe d'exposer les pratiques à respecter pour obtenir les récoltes optimales en indiquant avec précision le moment où l'on doit planter, semer, traiter, greffer, récolter, ce qui n'était pas le souci de Jules César. Le but de celui-ci était d'obtenir un comput qui soit le reflet exact de l'année tropique (temps mis par la terre pour effectuer sa révolution complète autour du soleil) afin de donner une stabilité et une régularité aux actes officiels et religieux, ce qui, jusque-là, constituait un véritable casse-tête. Bien avant l'instauration de ce calendrier, les Romains débutaient leur année (très imparfaite d'ailleurs) en mars. Ainsi, en Afrique du Nord, ce calendrier n'a acquis son caractère "agraire" qu'après le travail d'un autre type de savants, celui des agronomes andalous. Jusque-là, les paysans s'inspiraient de leur expérience et de leurs traditions propres (récits, croyances) pour obtenir de bonnes récoltes. Avant de s'appeler "<i>Yennayer</i>", cette fête portait sans doute un autre nom et devait marquer, non le début de l'année, mais le solstice d'hiver, moment où le soleil reprenait sa course ascendante, amenant le retour de la lumière. C'est le même phénomène qui s'est produit en Europe où l'ancienne fête du solstice d'hiver (par exemple la fête de <i>Yule</i> dans les langues germaniques) est devenue le Noël des Chrétiens.</p> <p><i>Yennayer</i> fait donc partie des célébrations annuelles en rapport direct avec les phénomènes naturels qui marquent le renouveau, tout comme l'est une autre fête deux mois plus tard, <i>tafsut</i>. Solstice d'hiver avec <i>Ennayer</i>, équinoxe de printemps avec <i>amenzu n tefsut</i>, chacune de ces deux fêtes du renouveau se caractérise par des prescriptions et des interdits, des rites et des cérémonies dont il est possible de dégager une certaine unité au sein d'une infinité de variations régionales.</p> <p><strong>"Yennayer", fête du solstice d'hiver</strong><br class='autobr' /> C'est une période de deux à trois jours selon les régions, parfois davantage.</p> <p><i>- Prescriptions :</i> <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Nettoyage et blanchiment de la maison ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Renouvellement des ustensiles usagés ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Jeûne de vingt et un jours par les femmes âgées (Kabylie) ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Réfection du foyer et changement des trois pierres ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Sacrifice de coq (<i>ayazid</i>), poule, chevreau (<i>aqelwach</i>), lapin ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Dépôt de grains de blé ou d'orge dans le moulin domestique, le foyer, l'ensouple inférieure du métier à tisser, la poutre maîtresse ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Première coupe de cheveux du garçon ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Tapissage du sol, de la cour, de la litière des bêtes avec des plantes vertes ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Prophylaxie corporelle par la coloration des sourcils avec la sève brûlée du genêt (<i>Timmi s imetti uzezzu akken ad ssihent wallen</i>).</p> <p><i>- Interdits</i><br class='autobr' /> Les interdits sont nombreux : <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdiction de moudre et de balayer ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdit du henné ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Pas de beaux habits de fête ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdiction de parler la nuit du basculement (Anti-Atlas marocain) ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdit du tissage : si l'ouvrage n'est pas achevé, on le démonte et on le remonte plusieurs jours après <i>Yennayer</i>. La femme fait porter au loin dans la montagne la natte non terminée et la récupère à la fin de la période (Ouest algérien) ;</p> <p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdit du lait et du beurre, parfois durant huit jours ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdiction de donner du levain ou du feu aux voisins ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdit sexuel la nuit de <i>Yennayer</i> ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdit de se couper les ongles, de se raser ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Interdit de "fermer" les deux parties du couscoussier par la bande habituelle de tissu <i>meqful</i>, (Miliana).</p> <p><i>- Aliments :</i><br class='autobr' /> Le souper de la veille et le repas du lendemain sont les deux agapes réunissant tous les membres de la famille. Les ingrédients devant composer le repas de <i>Yennayer</i> varient sensiblement d'une région à l'autre mais les constantes sont parfaitement repérables. Le premier soir, ce sont les beignets (<i>sfenǧ</i>) que l'on mange à volonté ou les légumes secs bouillis. Le lendemain, jour du repas festif, on consomme le couscous aux sept légumes ou <i>berkukes</i> selon les régions. Les fèves, lentilles, pois-chiche, blé, navets, carottes, tomates, raisins secs, amandes, noix, cœur de palmier-nain font partis des aliments requis. Le repas doit se composer également de viande de volaille, l'idéal étant de sacrifier un coq par convive. Chacun doit manger à satiété afin d'éviter la faim durant toute l'année. On associe à ce repas la nouvelle belle-famille et les filles mariées pour lesquelles on réserve la part.</p> <p><i>- Présages :</i><br class='autobr' /> La journée de <i>Yennayer</i> est la plus augurale d'entre toutes, ce qui s'accomplit ce jour-là se poursuivra tout au long de l'année. L'on essaie de tirer des présages par l'observation de toutes sortes de signes ou d'actions des hommes et des animaux. La pluie étant toujours très fortement souhaitée, on dépose sur le toit quatre petites marmites de terre contenant du gros sel, chacune représentant un des quatre premiers mois de l'année. Le lendemain on mesure le taux d'humidité et le degré de fonte du sel pour savoir en quel mois tombera la précieuse pluie. Parfois c'est une boule de pâte entourée de douze tas de sel représentant les douze mois de l'année (région de Cherchell). On interroge les animaux domestiques, si ceux-ci répondent, l'année devrait se révéler prospère (Kabylie).<br class='autobr' /> Bien que les mascarades se déroulent surtout à la fête de <i>Taεacuṛt</i>, on en trouve aussi au moment de <i>Yennayer</i>, même si celles-ci n'ont pas le même caractère spectaculaire. Arrêtons-nous un instant sur un vocable dont le sens est parfaitement inconnu des populations qui l'utilisent. Ici ou là, il désigne le jour de l'an (plusieurs groupes amazighs du Maroc, Touaregs, Aurès), ailleurs il fait partie intégrante des expressions rituelles que le cortège des enfants chante en allant de maison en maison quêter des friandises. Il possède de nombreuses variantes, à forme masculine ou féminine : <i>Biannu, Bu-Ini, Tabennayut, Tabelyut, Tabernayut, Lalla Babiyanu, Tafaska n Lalla Babyannu</i> (Ouargla). Ce nom est donné soit à la fête elle-même, soit à la vieille de janvier (<i>tamγart n Yennayer</i>), soit au masque du lion (Tlemcen), soit encore aux feux de joie de la fête de <i>Taεacuṛt</i>. Certains auteurs ont voulu y voir une origine latine formée à partir de l'expression <i>Bonus annus</i>, "Bonne année" (Masqueray, Doutté, Westermarck). Mais cette étymologie fantaisiste d'auteurs habitués à rechercher les origines des faits amazighs systématiquement ailleurs que là où ils les observaient, obéissant au postulat selon lequel Imazighen ne possédaient ni religion, ni pensée a été abandonnée dans les travaux postérieurs. Les Touaregs de l'Aïr donnent le nom de <i>Bianu</i> à une fête de deux jours le 20 <i>Moharram</i> : une "fête d'amour" qui rappelle "la nuit de l'an", "la nuit de la confusion", "la nuit du bien-être", "la nuit du bonheur" connue de nombreux groupes amazighs marocains et au cours de laquelle, jeunes gens et jeunes filles se rencontrent la nuit dans un lieu déterminé. On ignore tout de la nature de ce <i>Bianu</i>. Etait-il un personnage masculin ou féminin ? Représentait-il une divinité androgyne ? Attachée à quelle fonction ? <i>Bu-Ini</i>, littéralement 'celui à la pierre du foyer' aurait-il un lien avec <i>Ccix lkanun</i>, 'le vieux du foyer', personnage imaginaire à longue barbe, de très petite taille, pas plus haut que les pierres du foyer ? Ce 'maître du feu' dont on réaménage l'espace au moment de <i>Yennayer</i> par la réfection totale du foyer jouerait-il un rôle en lien avec la renaissance du soleil ? De plus, malgré sa petitesse et sa vieillesse, il conserve éternellement sa verdeur sexuelle puisqu'il convoite les jeunes filles de la maison qui se méfient de lui. De manière générale, on ne marche pas sur les cendres, signe de la crainte qu'il inspire.</p> <p>Le choix du sacrifice du coq appelle aussi quelques commentaires. D'après H. Genevois, quelques villages de Maatkas, les At Abbas, Taguemount azouz n'immolent pas de coq pour <i>Yennayer</i> car, disent-ils, "c'est une pratique propre aux Arabes". En réalité, le coq revêt sans doute un caractère sacré : dans les campagnes, il est "le génie" du temps liturgique puisqu'il peut faire l'appel à la prière et indiquer le moment de la rupture du jeûne du ramadhan "idden uyaziḍ !", dit-on dans les campagnes. Ce coq domestique serait lui-même un des messagers du Roi des coqs qui informerait tous les coqs du moment du retour du jour. Le géographe du Moyen-âge, Al Bakri, dans sa <i>Description de l'Afrique septentrionale</i> affirme que les Berghawata utilisaient le cri du coq pour calculer le temps. D'autre part, il faut rappeler que le coq est l'animal du sacrifice de l'expulsion du mal, <i>asfel </i>et que c'est un coq qu'on sacrifie au seuil de la nouvelle maison. Il existe dans le souvenir de nombreuses personnes un sacrificateur préposé à l'égorgement des volailles nommé <i>adebbaḥ bu yuzaḍ</i>. Une poule et un coq blancs accompagnent les deux mariés du couple symbolique du printemps dans le rite de Duzru (Anti-Atlas marocain). Enfin, On sait par Al Bakri qu'il existait au Moyen-âge un interdit sur la consommation de volaille et d'œufs préconisé par les doctrines de deux prophètes amazighs (Maroc actuel), séparés par deux siècles d'intervalle, Salih Ibn Tarif au VIIIe siècle et Hâ-Mim au Xe. Cet interdit est encore observé aujourd'hui chez les Touaregs et dans certaines familles du nord. Il faut souligner le caractère individuel du coq, puisque idéalement on doit sacrifier un coq par personne, enfant ou adulte, et la femme enceinte devrait en consommer deux (Maroc, ouest algérien). Son importance est confirmée par sa représentation sous forme de peinture ou de sculpture dans plusieurs tombeaux de l'antiquité nord-africaine, établissant un lien étroit avec le monde de l'au-delà.</p> <p>Il est certain que la présence de cet animal, attaché au lever du jour, n'est pas fortuite dans un moment dramatique comme celui du solstice d'hiver, marqué par des rites de deuil (interdits nombreux, silence et abstinence dans la nuit du basculement, etc.) suivis des réjouissances du lendemain (repas plantureux) destinées à donner au soleil une vigueur nouvelle. L'entretien du feu toute la nuit de <i>Yennayer</i> pourrait aller dans le même sens ainsi que les feux de <i>taεcuṛt</i> dont le caractère solsticial est indéniable ; chez les Ketama au sud du Rif, en hiver, hommes, femmes et enfants, rassemblés autour du feu, lancent des tisons enflammés dans la neige en mémoire d'une vieille tradition où il est question des Anciens qui savaient ramener au firmament le soleil et l'azur. Enfin, l'on sait que ces fêtes de solstice sont surtout répandues chez les peuples éloignés de l'Equateur.</p> <p><strong>TAFSUT</i>, fête de l'équinoxe de printemps</strong></p> <p><i>Tafsut</i> vient de la racine <b>FSU</b> "défaire, étirer la laine, s'épanouir". La fête du retour du printemps se déroule sur près de trois semaines au cours desquelles sont mis en relief deux moments majeurs, l'un à la fin du mois de février avec <i>amenzu n tefsut</i> et l'autre, le 21 mars (grégorien) avec <i>tiririt uzal</i>. Bien que l'arrivée du printemps soit partout ritualisée, ce sont la Kabylie et les Aurès qui nous en fournissent les données les plus riches.<br class='autobr' /> La veille du premier jour est celui de la préparation de <i>seksu uderyis</i> : hommes , femmes, enfants, munis d'une <i>tagelzimt </i>(binette) vont faire une ample moisson de <i>aderyis</i> (thapsia) pour en utiliser l'écorce des racines. Une fois rentrées, les femmes préparent la décoction en extrayant le suc qu'elles jettent dans une marmite contenant de l'eau à laquelle elles ajoutent des œufs et de l'orge, le couscous est cuit par-dessus. Lors de la seconde cuisson à la vapeur, elles intègrent entre deux couches de couscous, des oignons émincés et de l'ail haché, de la graisse coupée en petits morceaux, poudre de poivron rouge. Il est consommé arrosé d'huile d'olive ou de beurre fraîchement baratté et agrémenté de miel ou de sucre. Les œufs durs sont mangés à part ou coupés et mélangés au couscous.</p> <p>L'orge, elle, est destinée à la volaille, confinée ce jour-là dans le poulailler avec interdiction de boire. D'ailleurs on ne boit pas du tout durant cette journée. Ce couscous est consommé très tôt le lendemain matin afin que la soif puisse être supportable. Pour éviter la soif, on ne mange rien d'autre de la journée jusqu'au soir. Parfois, pour éviter les affres de la soif, on le consomme le soir même. La thapsia est un purgatif puissant et possède des vertus médicinales contre divers maux (coup de froid, douleurs articulaires, troubles digestifs), il ne faut donc pas la diluer en buvant. L'accueil du printemps se fait le lendemain avec un corps purifié.</p> <p>Le lendemain, donc, on se lève tôt le matin, les femmes se fardent, se vêtent de leurs plus beaux atours, se parent de leurs bijoux et partent avec les enfants en emportant une assiette de <i>tiγrifin</i> (crêpes) qu'elle lève vers le ciel en souhaitant la bienvenue au printemps, c'est <i>Amager n tefsut </i> :</p> <table class="table spip"> <tbody> <tr class='row_odd odd'> <td><i>A Lalla Tafsut, a m ijğğigen, </i></td> <td>Ô Dame Printemps à la parure fleurie</td></tr> <tr class='row_even even'> <td><i>A tikli n tsekkurt ger iberwaqen, </i></td> <td>Ô démarche de la perdrix entre les asphodèles</td></tr> <tr class='row_odd odd'> <td><i>Nekki mugreγ-kem-id s icebbwaḍen</i></td> <td>Je viens vers toi, chargée de crêpes</td></tr> <tr class='row_even even'> <td><i>Kemmi, mager-yi-d s ijeğğigen !</i></td> <td>Viens vers moi, chargée de fleurs !</td></tr> </tbody> </table> <p>L'activité réservée aux jeunes est celle de dénicher des œufs dans les nids d'oiseaux ; les enfants, quant à eux, vont cueillir des bouquets de thym, de lavande et d'églantine ainsi que de quoi composer le déjeuner du reverdissement de la nature (<i>ad-tezzegzew tefsut</i>). Les femmes confectionnent pour les bergers des petites galettes que ces derniers font rouler comme des disques solaires sur le chemin du pâturage, tout en souhaitant la bienvenue au printemps.</p> <p>La galette du printemps se décline en trois versions : la "<i>mella</i>" de Bgayet, fourrée à la pâte de dattes, la "<i>timxelleεt</i>", farcie aux oignons émincés et aux morceaux de graisse mangée chaude dès le matin, et enfin "<i>aγrum n leḥwal</i>" fourré aux sept plantes potagères ou sauvages (oignon, ail, piment), menthe veloutée (<i>nneεnaε</i>), menthe pouliot (<i>felgu</i>), menthe à feuilles rondes (<i>timijja</i>), serpolet (<i>zzeεteṛ</i>) et de la graisse séchée.<br class='autobr' /> La fête du printemps comporte quelques prescriptions mais se distingue de <i>Yennayer</i> par l'absence quasi-totale d'interdits ; les gestes requis sont les suivants :</p> <p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Nettoyage de la maison <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Dépôt de pâte à crêpes sur les trois pierres du foyer ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> habits de fêtes, maquillage complet, youyous ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> cueillette de roses dont on se pare (Ouargla) ;</p> <p><i>Aliments :</i> <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> <i>Sfenǧ</i> (beignets) ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> <i>Acebbwaḍ</i> (grande crêpe trempée dans du lait) ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> <i>Imensi n seksu uderyis</i> (couscous et œufs durs cuits dans la décoction de thapsia) ; <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Galette fourrée.</p> <p>En Kabylie, on offre ce jour-là leur dîner aux insectes, <i>imensi ibeεεac</i>, composé des mêmes aliments que ceux des humains, à savoir des crêpes ou de la galette. Au moment de déposer la nourriture qui leur est réservée, une femme s'adresse à eux en leur disant simplement comme elle le ferait pour ses enfants, "<i>Atan imensi-nnwen, ay ibeεεac !</i>" Ce partage de nourriture avec les insectes a pour but de se les concilier afin qu'ils ne viennent pas se rendre nuisibles aux hommes en leur détruisant leurs cultures ; c'est pourquoi on leur donne une nourriture sèche afin de limiter leur multiplication : <i>tiγrifin akken ad γerfen !</i>, c'est-à-dire qu'ils ne soient pas virulents ou, selon une expression plus radicale, "<i>aγrum aquran akken ad qqaren !</i>", c'est-à-dire "le pain sec afin qu'ils se dessèchent !". C'est aussi pour éviter le pullulement des fourmis qu'on ne roule pas le couscous le premier jour du printemps.</p> <p>Le deuxième moment de la période festive du printemps est marqué par l'inauguration d'un nouvel horaire de pâturage, <i>tiririt uzal</i> (21 mars grégorien en Kabylie et dans les Aurès) accompagné de jeux et batailles rituels (les Hauts Seksawa du Maroc connaissent une fête joyeuse de la reprise du pâturage au début juillet, <i>tizi n ticka</i>). "C'est une véritable deuxième fête de Printemps !", se plaisaient à dire les femmes kabyles et aurasiennes interrogées au milieu du vingtième siècle. C'est au berger qu'il revient de mesurer la longueur de l'ombre portée par son corps pour déterminer le jour de l'inauguration du nouvel horaire de pâturage pour le bétail. Dès ce jour, ce dernier sortira deux fois par jour au lieu d'une, une fois tôt le matin, une autre fois l'après-midi, après la grosse chaleur de la mi-journée.</p> <p>Comme au premier jour de <i>Tafsut</i>, les femmes habillés, fardées, portant leurs bijoux partent le matin faire moisson de branchages (laurier-rose, feuilles de cactus, genêts, bouquets d'orties) avec lesquels bergers et gens de la maison se frappent en riant et qui seront suspendus ensuite au-dessus de la porte de la maison. C'est le jour où l'on fait la plus grande consommation de laitages, sous forme de lait, de beurre et de fromage (<i>aguglu</i>).</p> <p>Aux alentours de onze heures, c'est-à-dire au moment de <i>azal azaylal</i>, où la chaleur et la lumière sont les plus intenses, les bergers et leur bétail rentrent de la séquence matinale du pâturage et sont accueillis dans un désordre joyeux mêlé d'excitation. C'est <i>tiririt uzal</i> (littéralement, le retour du jour) où, dit-on, le chant du coucou (<i>ṭikkuk</i>) affole les bœufs qui partent de tous côtés ; parfois le berger a le plus grand mal à les rassembler et s'empresse de les rentrer pour éviter qu'ils ne s'égarent, ce qui arrive parfois.</p> <p>Un esprit rationnel dirait que la période en question est aussi celle du retour des taons qui piquent les bœufs, lesquels se mettent à s'agiter et à courir en tous sens. Mais les Kabyles préfèrent expliquer le phénomène par la légende étiologique que voici. « Un jour que le coucou poussait son cri en regardant labourer des bœufs, il fut chassé par le laboureur. Il raconta sa mésaventure au Seigneur qui le dota d'un nouveau chant qui ne manquera pas de plaire aux bœufs. Le coucou revint alors vers ces derniers et se mit à chanter "<i>tikkuk, tikkuk !</i>". La réaction des bœufs ne se fit pas attendre ; ils se mirent à s'agiter en tous sens, cassant le joug et la charrue. Les gens interrogèrent l'oiseau sur le sens de cette réaction, ce à quoi le coucou répondit que son chant contient tout ce que les gens ressentent sans jamais l'avoir vu. Il fut maudit par les hommes. Il leur rétorqua que, désormais, les 16, 17 et 18 mars (julien ?), les nœuds des colliers de labour seront cassés et les hommes auront intérêt à préparer les bergers à bien tenir les bœufs (lesquels s'agiteront joyeusement en l'entendant chanter !) » (Youcef Allioui). Le fait est que le coucou parasite les nids des autres oiseaux, la femelle y dépose ses oeufs et les laisse couver par d'autres, ce qui a bien été remarqué par les Kabyles qui n'apprécient guère cette manière d'agir.</p> <p><i>Jeux et batailles rituels.</i></p> <p>Mathéa Gaudry décrit le jeu de <i>takurt</i> tel qu'il se déroulait dans les Aurès en 1929.</p> <p>La veille du premier jour du printemps, <i>tifswin</i> (remarquer le pluriel qui indique bien que le printemps ne comporte pas qu'un seul jour mais plusieurs moments s'écoulant sur une période), hommes et femmes partent dans la forêt. Chacun se coupe une branche d'arbre qu'il recourbe à la chaleur d'un grand feu pour faire une crosse, <i>quc</i>, qui servira à jouer à <i>takurt</i>. Puis, le groupe des femmes chargées de rameaux verts chantent en marchant et en ululant vers la maison, tandis que le groupe des hommes accompagne les musiciens et répondent aux you-yous des femmes en tirant des coups de feu. Après le déjeuner tout le monde repart vers la zaouia locale avant de partir vers l'aire à battre où doit se dérouler le jeu. On doit absolument jouer à ce jeu car "cela donne de la force". Le terrain de jeu se situe sur un mamelon qui fait face au village ; "si on ne jouait pas à cet endroit, la peste s'ensuivrait !". Rien ne différencie le jeu des femmes de celui des hommes en dehors du degré de violence. Les mêlées laissent des blessures. Autour des joueurs, le cercle des spectateurs se compose de femmes tandis qu'autour des joueuses, il se compose d'hommes. Chez les hommes le jeu est très violent et provoque souvent des accidents ; normalement la balle est en alfa mais parfois elle est en bois.</p> <p>Dans le Sud-ouest algérien (Sahara nord-occidental, oasis de tabalbala), on raconte qu'autrefois, on jouait à la <i>koura</i> en deux camps : célibataires/hommes mariés en même temps que le rite de <i>taγenja</i>, ou bien, au lendemain de la tombée de la pluie.</p> <p>Dans le nord du Maroc, un jeu de balle décrit par Mouliéras à la fin du XIXe siècle se pratique avec une balle bourrée de laine, de chiffons ou d'alfa, entourée d'une peau souple et traversée par une grosse aiguille qui dépasse de vingt centimètres de part et d'autre, un dard redoutable qui perce les mains et les têtes des joueurs insuffisamment adroits. Ceux-ci sont torse nu et vêtus d'un pantalon très court et doivent faire preuve d'une grande adresse : lorsque la balle est lancée, il s'agit, dans un grand bond vertical, de se saisir de l'aiguille sans l'arrêter dans sa course. Le caractère sacré ne fait pas de doute puisqu'il "est interdit à ceux qui ne savent ni lire ni écrire et n'ont donc pas accès à la science des clercs". Dans la zone de Marrakech se rencontre un jeu rituel pour faire cesser la sécheresse : les femmes d'un côté, les hommes de l'autre, chaque camp tire de son côté sur une corde jusqu'à ce qu'elle casse ; les spectateurs jettent ensuite de l'eau sur les deux camps et on partage le couscous commun.</p> <p>Les Touaregs possèdent un jeu de balle lancée avec une crosse et qu'ils appellent "karey" (comparé au hockey). Les deux camps s'appellent "aman" ; seuls les nobles y participent, on dit du vainqueur qu'il "a bu", <i>icwa</i>.<br class='autobr' /> Le jeu de <i>takurt</i> fait partie des jeux rituels (marquer le printemps, amener la pluie) et est souvent le privilège d'une classe à caractère religieux ; les anciennes cérémonies étaient sans doute présidées par une caste spéciale. Ces batailles rituelles étaient connues depuis au moins l'antiquité et revêtaient un caractère religieux (Hérodote les signalait déjà chez les Libyens et, par la suite, Saint-Augustin à Caesarea, (Cherchell). Ces combats opposent deux éléments dont la rencontre est à la fois union et opposition. Ils s'agencent toujours en deux camps opposés et complémentaires (les deux moitiés d'un village, les deux sexes, deux saisons, Est /Ouest). Leur fonction est de tracer les limites entre deux moitiés symétriques : masculin/féminin, moitié haut/moitié bas du village, saison sèche/saison humide. Ils possèdent une force magique et divinatoire. Leur issue présage de l'avenir du fait que chaque camp porte en lui un élément de l'opposition. Les blessés et les morts devaient sans doute produire une jubilation car le décès faisait partie intégrante du rituel. Ils ont aussi pour fonction de fertiliser les humains, les bêtes et la terre.</p> <p>Le solstice d'hiver et l'équinoxe de printemps, deux moments décisifs du renouveau annuel, se distinguent par leurs rites et leurs prescriptions alimentaires. De nombreux interdits caractérisent <i>Yennayer</i>, qui, loin d'être une célébration joyeuse, présente un visage où l'anxiété de la nuit du basculement vers un nouveau cycle est renforcée par la crainte du changement de corne du bœuf cosmique portant le monde. Cette nuit-là, on demeure à l'affût de l'instant où le taureau va faire basculer le monde sur l'autre corne, ce qui peut provoquer un tremblement de terre. De plus, était-on, jadis, totalement assuré de la reprise de l'ascension du soleil ? La nuit critique de <i>Yennayer</i> est une nuit de passage où le silence et le recueillement sont de mise avant les réjouissances du lendemain, lesquelles ne peuvent avoir lieu qu'après le passage effectué avec succès.</p> <p>Il en est tout autrement pour le retour du printemps qui provoque la liesse générale de voir revenir la végétation dont on fait abondante cueillette. Le reverdissement de la nature, lié à l'alimentation des bêtes, inaugure le pâturage avec sa promesse de production de lait ; c'est avec les bouquets des herbes nouvelles que l'on nettoie la baratte. Souvenons-nous de l'interdit du lait au moment de <i>Yennayer</i> et de sa consommation maximale au moment de <i>Tafsut</i>. Un ensemble complexe de rites d'empêchement du vol magique de lait et de sa restitution se déroule au cours des fêtes de printemps, montrant ainsi l'importance de ce produit à ce moment de l'année. Enfin, mentionnons la célébration des mariages au printemps, saison de la régénération de la fertilité de la terre, des hommes et des bêtes ; c'est au printemps que se déroule le rite du mariage symbolique de <i>Taslit lxir</i> et <i>Asli lxir</i>, rapporté par E. Laoust dans son ouvrage <i>Mots et choses berbères</i> (1920).</p> <p>La difficulté se fait jour dès lors qu'on tente de retrouver un sens ou de fournir une interprétation à ce foisonnement de rites et de croyances. Et pourtant, le travail des folkloristes doit absolument être dépassé, la collecte de données sous forme accumulative n'ayant pas donné grand-chose en dehors de sa valeur informative. A l'avenir, toute tentative d'analyse de cette masse imposante de faits exigera le concours de plusieurs disciplines (archéologie, histoire, anthropologie, linguistique) si l'on veut pouvoir un jour rendre compte de la profondeur de cet océan de croyances qu'<i>Imazighen</i> ont su conserver de façon exceptionnelle.</p> <p><strong> <i><br class='autobr' /> Nedjima Plantade.</i> </strong></p> <div class='spip_document_2184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'> <figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L450xH443/Nplantade1-feb54.jpg?1774395104' width='450' height='443' alt='' /> </figure> </div> <p><strong><br class='autobr' /> BIBLIOGRAPHIE</strong><br /> <br /> Al-Bakri, 1913, <i>Description de l'Afrique septentrionale, trad. De Slane</i>, Alger.<br /> ALLIOUI, Y., 20008, <i>L'oiseau de l'orage,</i> Paris<br /> DESPARMET, J., 1918, 1923, "Ethnographie traditionnelle de la Mettidja", <i>Revue africaine</i>, vol. 59 et 64, Alger<br /> DESTAING, E., 1905, "L'ennayer chez les Beni Snous", <i>Revue africaine</i>, vol. 49, Alger<br /> DOUTTE, E., 1905, <i>Merrakech</i>, Paris<br /> DOUTTE, E., 1909, <i>Magie et religion dans l'Afrique du nord,</i> Alger<br /> DROUIN, J., 2000, "Calendriers berbères", Etudes berbères et chamito-sémitiques. <i>Mélanges offerts à Karl G. Prasse</i>, Louvain<br /> ENCYCLOPEDIE BERBERE, 2003, pp 3873-3903<br /> GAUDRY, M., 1929, <i>La femme chaouia de l'Aurès</i>, Alger<br /> GENEVOIS, H., 1975, <i>Le calendrier agraire et sa composition</i>, Alger<br /> LAOUST, E., 1920, <i>Mots et choses berbères,</i> Paris<br /> MOULIERAS, A., 1899, <i>Le Maroc inconnu</i>, Paris<br /> PLANTADE, Y., 2008, [page consultée le 2 janvier 2010], <i>Yennayer, histoire d'un mot</i>, [En ligne] <a href='https://www.tamazgha.fr/Yennayer-histoire-d-un-mot,2388.html' class="spip_in">http://www.Tamazgha.fr/Yennayer-histoire-d-un-mot,2388.html</a><br /> YAKER-RAHMANI, S., 1969, "A la rencontre du printemps", <i>Libyca</i>, 18<br /> SERVIER, J., 1985, <i>Les portes de l'année</i>, Paris<br /> WESTERMARCK, E., 1933, <i>Pagan survivals in Mohammedan civilization</i>, Amsterdam<br /></p></div> Yennayer : histoire d'un mot https://www.tamazgha.fr/Yennayer-histoire-d-un-mot,2388.html https://www.tamazgha.fr/Yennayer-histoire-d-un-mot,2388.html 2009-02-16T23:26:35Z text/html fr Masin Yennayer Notre sélection <p>Yennayer est un terme pan-nord-africain désignant le premier mois de l'année calculée selon le comput solaire dit julien. Qu'on l'orthographie yennayer, ennayer, yannayer ou yannayr, ce terme est attesté aussi bien parmi les divers parlers amazighs qu'en arabe vernaculaire nord-africain, dans les régions du Tell comme dans les zones désertiques sahariennes. Cette unité remarquable d'un bout à l'autre de l'Afrique du Nord pousse à s'interroger sur les origines de la présence de ce vocable (…)</p> - <a href="https://www.tamazgha.fr/-Yennayer-105-.html" rel="directory">Ennayer - Yennayer</a> / <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Yennayer-+.html" rel="tag">Yennayer</a>, <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Notre-selection-+.html" rel="tag">Notre sélection</a> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L150xH147/arton2388-b663f.jpg?1774395105' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt="" /> <div class='rss_texte'><p><i>Yennayer</i> est un terme pan-nord-africain désignant le premier mois de l'année calculée selon le comput solaire dit julien<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-1" class="spip_note" rel="appendix" title="DROUIN, Jeannine. "Calendriers berbères", Etudes berbères et (…)" id="nh2-1">1</a>]</span>. Qu'on l'orthographie <i>yennayer, ennayer, yannayer </i>ou <i>yannayr</i>, ce terme est attesté aussi bien parmi les divers parlers amazighs<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-2" class="spip_note" rel="appendix" title="Par exemple, cf. p. 922 de DALLET, Jean-Marie. Dictionnaire kabyle-français (…)" id="nh2-2">2</a>]</span> qu'en arabe vernaculaire nord-africain<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-3" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p. 43, MARCEL, Jean Joseph. Vocabulaire français-arabe des dialectes (…)" id="nh2-3">3</a>]</span>, dans les régions du Tell comme dans les zones désertiques sahariennes. Cette unité remarquable d'un bout à l'autre de l'Afrique du Nord pousse à s'interroger sur les origines de la présence de ce vocable dans la région. <i>Yennayer</i> étant le premier mois du calendrier julien, sa présence en Afrique du Nord est nécessairement liée à celle de ce dernier. Afin de remonter aux origines de <i>Yennayer,</i> il est donc indispensable d'analyser l'histoire de ce calendrier et de ses modes d'introduction et de diffusion à l'échelle nord-africaine. <br /> <br /> Le calendrier julien est ainsi nommé du fait de son officialisation à Rome par Jules César, le célèbre général, pontife et consul, en l'an 45 avant Jésus-Christ. Inventé par l'astronome et philosophe grec Sosigène d'Alexandrie et s'inspirant partiellement de l'antique calendrier égyptien, ce calendrier organise l'année civile en tentant de l'identifier à la seule année tropique (ou année solaire). Celle-ci, connue au moins depuis l'astronome grec Hipparque (2ème siècle avant JC), se compose d'environ 365,242 jours. L'année julienne en compte 365,25 lesquels se décomposent en 12 mois de 28, 30 et 31 jours, ainsi qu'un jour intercalaire tous les 4 ans (année bissextile). Le calendrier julien est le premier calendrier construit selon une méthode "scientifique" basée sur une observation fine de l'écliptique solaire. Il constitue la base de ce qui est aujourd'hui connu comme "calendrier universel" ou "calendrier grégorien", né d'une réforme de ce calendrier julien par le pape Grégoire XIII, le 4 octobre 1582<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-4" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour de plus amples détails sur les computs calendaires, leurs histoires, (…)" id="nh2-4">4</a>]</span>.<br /> <br /> Officialisé à Rome en remplacement de l'ancien calendrier romain, le calendrier julien se voit naturellement doté de noms de mois et de jours en langue latine. Ce sont ces noms, comme le relève Henri Genevois<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-5" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p.9 de GENEVOIS, Henri. "Le calendrier agraire et sa composition", Le (…)" id="nh2-5">5</a>]</span>, que l'ont retrouve encore presqu'à l'identique en Afrique du Nord, tant en tamazight qu'en arabe. Ainsi, par exemple, <i>Yennayer </i>correspond au mois d'<i>Ianiarius</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-6" class="spip_note" rel="appendix" title="On trouve souvent le mois latin Ianiarius noté Janiarius, particulièrement (…)" id="nh2-6">6</a>]</span> (janvier), <i>Abril </i>à <i>Aprilis </i>(avril), ‘Sutambar </i>à <i>September </i>(septembre) ou <i>Dujember</i> </i>à <i>December</i> (décembre). <br /> <br /> Le fait que les calendriers nord-africains fassent débuter l'année solaire par le mois de <i>Yennayer </i>est une indication supplémentaire de leur origine latine. En effet, les Romains faisaient débuter l'année par <i>Ianiarius,</i> mois dédié au dieu <i>Ianus,</i> divinité des seuils, particulièrement appropriée pour symboliser l'année nouvelle<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-7" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 40-41, HERODIANUS. Trad. du grec par HALEVY Léon. Histoire romaine (…)" id="nh2-7">7</a>]</span>.<br /> <br /> Comme on le sait, Rome projeta sa puissance en Afrique dans le cadre d'une politique d'extension impériale et de colonisation : de la conquête de Carthage (146 av. JC) au démembrement du royaume numide de Juba Ier (46 av. JC) et enfin à l'administration directe de la Maurétanie suite à la mort de son roi Bocchus II (33 av. JC), Rome établit son empire à travers toute l'Afrique du Nord. Cette domination romaine se perpétue bon an mal an pendant cinq siècles jusqu'à la prise de Carthage par le roi vandale Genséric (439 après JC)<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-8" class="spip_note" rel="appendix" title="Se reporter à la chronologie figurant pp 311-314 de HUGONIOT Christophe. (…)" id="nh2-8">8</a>]</span>. On comprend donc pourquoi Jeannine Drouin, dans son article <i>Calendriers Berbères</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-9" class="spip_note" rel="appendix" title="DROUIN J., op. cit., p. 114" id="nh2-9">9</a>]</span>, affirme (sans en donner de preuves) que la présence de <i>Yennayer </i>et du calendrier julien en Afrique du Nord constitue un héritage direct de la période romaine. <br /> <br /> De fait, il existe en Afrique du Nord des traces anciennes de la célébration pendant cette période de la fête du Nouvel An romain, appelée "calendes de Janvier". Nous en retiendrons trois des plus significatives. C'est Tertullien (env. 150 – env. 230) qui nous fournit la première. De souche africaine, né et mort à Carthage, rigoureux Père de l'Eglise et premier théologien chrétien de langue latine, il s'est intéressé à la question des calendes de Janvier, ainsi qu'aux autres fêtes romaines préchrétiennes, au chapitre XIV de son ouvrage <i>De l'idolâtrie,</i> composé en 212. S'adressant à ses coreligionnaires chrétiens (à l'époque encore minoritaires dans le monde latin), il déplore et condamne leur habitude de célébrer ces fêtes constitutives d'un ordre païen qu'il rejette radicalement : "<i>(…) la plupart [des Chrétiens] se sont persuadé qu'il était pardonnable d'agir comme les païens (...) Etait-ce en célébrant les saturnales et les kalendes de janvier qu'il [l'Apôtre] plaisait aux hommes ? (…) [Il] est interdit de suivre les superstitions païennes (…) néanmoins, nous assistons aux fêtes de Saturne, de Janus, du solstice d'hiver, de la grande matrone ! Nous échangeons des présents ! Nous donnons et recevons des étrennes ! Les jeux, les banquets retentissent pour nous ! (…) nous ne craignons pas qu'on ne nous prenne pour des païens !"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-10" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 234-236 de TERTULLIEN, trad. De GENOUDE Eugène Antoine. Œuvres de (…)" id="nh2-10">10</a>]</span>. Si Tertullien éprouve le besoin de décrire ces réjouissances pour s'en indigner, c'est qu'il peut constater leur pratique massive à Carthage, tant chez les pratiquants des cultes polythéistes que chez les Chrétiens. <br /> La deuxième est une illustration concrète de cette célébration des calendes d'Ianiarius et se trouve parmi les mosaïques du calendrier mural retrouvé sur le site de l'antique Thysdrus (El Jem, Tunisie)<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-11" class="spip_note" rel="appendix" title="FOUCHER Louis. "Le calendrier de Thysdrus", Antiquités africaines, t.36, (…)" id="nh2-11">11</a>]</span>. Daté entre 222 et 235, ce superbe ensemble de mosaïques, remarquablement bien conservé, représente, entre autres, dans la salle 6, les quatre saisons et les mois. La figure symbolisant <i>Ianiarius</i> représente deux hommes se donnant l'accolade, embrassades pratiquées au moins à partir du IIIème siècle à l'occasion du Nouvel An (coutume encore en vigueur de nos jours en Europe lors des fêtes de la Saint Sylvestre). A l'arrière-plan on distingue <i>"une galette, le reste étant des fruits"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-12" class="spip_note" rel="appendix" title="Ibid, p. 72" id="nh2-12">12</a>]</span>. La consommation de fruits, frais si possible, constitue une marque des repas du Nouvel An latin. Nous sommes donc en présence d'une représentation des calendes de Janvier, pratiquées alors en Afrique du Nord comme partout ailleurs dans l'empire romain. <br /> <br /> Enfin, une troisième attestation de l'ancrage des célébrations de la fête de <i>Ianus</i> dans l'Afrique du Nord d'époque romaine nous est donnée un siècle et demi plus tard par Saint Augustin d'Hippone (354-430). Le natif de Thagaste (aujourd'hui Souk-Ahras, à l'Est de l'Algérie actuelle), également Père de l'Eglise, rejoint Tertullien et d'autres auteurs chrétiens de l'Antiquité (Jean Chrysostome, Asterios d'Amasée…) dans la condamnation des calendes de Janvier. A ses yeux, les fêtes de Nouvel An ne sont que les survivances de cultes à éradiquer dans la "<i>Cité de Dieu</i>" qu'il aspire à construire "<i>contre les païens</i>". D'ailleurs, pendant des siècles, l'Eglise va chercher à faire disparaître les calendes de Janvier, tentant de les remplacer par des fêtes chrétiennes telles que Noël ou Pâques. Cependant, Augustin ne semble pas être plus écouté par ses coreligionnaires africains que Tertullien ne l'était deux siècles plus tôt. Parmi un ensemble de 26 sermons récemment découverts et publiés en latin<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-13" class="spip_note" rel="appendix" title="AUGUSTIN d'Hippone, Vingt-six sermons au peuple d'Afrique, retrouvés à (…)" id="nh2-13">13</a>]</span>, s'en trouve un, supposément prononcé en 397 à Carthage par Augustin, alors tout jeune évêque d'Hippone, à l'occasion des calendes de Janvier. Véritable réquisitoire contre les célébrations de Nouvel An pendant qu'elles se déroulent dans la ville, ce sermon est anormalement long : deux heures trente. L'évêque cherchait manifestement à retenir ses ouailles dans la basilique le plus longtemps possible afin de les empêcher de prendre part aux réjouissances du dehors<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-14" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p. 85 de : BROWN Peter Robert Lamont. The Rise of Western Christendom : (…)" id="nh2-14">14</a>]</span> !<br /> <br /> Il s'avère donc que durant plusieurs siècles d'occupation romaine les fêtes d'<i>Ianiarus, </i>ancêtre de <i>Yennayer, </i>ont été célébrées en Afrique du Nord. Cependant, cela ne suffit pas pour présumer de la filiation directe de <i>Yennayer </i>avec l'<i>Ianiarus</i> romain. En effet, comme nous l'avons noté, <i>Yennayer</i> est connu dans toute l'Afrique du Nord, y compris dans l'extrême-sud du Sahara, chez les Touaregs (aujourd'hui Niger, Mali). Or ces zones n'ont jamais fait partie de l'empire romain et l'influence latine y était faible. De plus, on semble perdre la trace du vocable "Ianiarus" en Afrique du Nord après la chute de l'empire romain d'Occident. Saint Augustin est la dernière source latine africaine évoquant les calendes de Janvier. Ces célébrations ont probablement survécu à Rome, au moins dans certaines zones profondément romanisées, durant la période vandale (439-533) puis byzantine (533-711). Cependant, il n'existe pas à notre connaissance de document écrit ou iconographique l'attestant en Afrique du Nord qui, à la fin du VIIème siècle, connait un brutal bouleversement de civilisation : après des siècles passés sous domination romaine, la région passe en l'espace d'une conquête de cinquante ans sous le contrôle d'un nouvel acteur politique et idéologique : le califat islamique, dirigé dans un premier temps par les arabes Omeyades établis à Damas. Bouleversant toutes les habitudes, un système de croyance inédit, l'Islam, auquel va progressivement adhérer la majorité de la population, s'établit en Afrique du Nord, porté par un système administratif neuf. Les conquérants musulmans amènent avec eux un nouveau calendrier liturgique et civil : le calendrier dit "de l'Hégire" (dont l'an 1 correspond à l'an 622 de l'ère chrétienne) ou "calendrier musulman". Exclusivement lunaire, ce calendrier comprend 12 mois et 354 jours (355 tous les 10 ans), soit 11 de moins que l'année tropique. Ce calendrier est déconnecté du rythme de saisons, qui dépendent du soleil<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-15" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp 290-299 de BIEMON Emile, Jean-Claude PECKER. Rythmes du temps : (…)" id="nh2-15">15</a>]</span>. Le premier jour et premier mois de l'année sont appelés <i>Muharram. </i>Aujourd'hui, les fêtes de l'<i>Achoura (taâcurt </i>en tamazight), de l'<i>Aïd al Fitr (lεïd amezyan)</i> ou de l'<i>Aïd al Adha (lεïd amqran)</i>, calculée selon le comput musulman sont – tout comme <i>Yennayer </i>– célébrées dans toute l'Afrique du Nord. L'arrivée de la langue arabe et de la religion islamique a également provoqué un effondrement des centres de civilisation latine qui y subsistaient (sac de Carthage en 698). Dans l'état actuel des connaissances, les différents écrits des érudits arabes des premiers siècles de la conquête de l'Afrique du Nord ne mentionnent ni calendrier julien, ni <i>Ianiarius,</i> ni <i>Yennayer</i>. <br /> <br /> Ailleurs pourtant, dans les zones rassemblées sous l'autorité califale lors des <i>fûtuhat </i>(conquêtes islamiques), il est attesté que les pratiques de Nouvel An liées aux calendriers antéislamiques ont subsisté pendant des siècles. En 947, le célèbre historien et géographe al-Mas'ûdi, connu comme "l'Hérodote arabe", mentionne dans son ouvrage <i>Muruj adh-dhahab wa ma'adin al-jawahir</i> (Les prairies d'or et les mines de gemmes) que les calendes du nouvel an "chrétien" sont encore célébrées en Syrie et en Irak (premiers territoires conquis par les Arabes hors de leur péninsule, dès 640), y compris par de nombreux Musulmans. Il utilise pour décrire cette date et les fêtes qui l'entourent le terme latin <i>kalendae</i>, arabisé en <i>qalandas.</i> Ce même terme de <i>qalandas</i> est utilisé en 985 par le chroniqueur jérusalémite al-Muqaddasi pour décrire le 1er janvier, également fêté dans sa région<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-16" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour ces deux références, cf. pp. 445-446 de GIL Moshe. trad. BROIDO Ethel. (…)" id="nh2-16">16</a>]</span>. En Egypte, c'est le Nouvel An copte (le mois de Thôt) qui reste une grande fête populaire sous le califat des Fatimides ismaéliens (Xe-XIIe siècles). La population de la nouvelle capitale du Caire et de la vallée du Nil joue à s'asperger d'eau, échange des présents, élit parmi la foule un "roi" comique pour la journée… toutes sortes de coutumes héritées de l'Antiquité. Après la chute des Fatimides et la conquête de l'Egypte par Saladin, le vizir de ce dernier, al-Fadhil, promulgue en 1195 un édit interdisant cette fête, jugée contraire à l'Islam. Le fait que des édits similaires aient été promulgués des décennies plus tard signifie que la population égyptienne n'a pas renoncé facilement aux célébrations de Thôt qu'elle a continué à pratiquer malgré leur interdiction<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-17" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 139-140 de HALM Heinz. Die Kalifen von Kairo : Die Fatimiden in (…)" id="nh2-17">17</a>]</span>.<br /> <br /> A la lumière de ces exemples orientaux, il apparait significatif que le seul texte connu ayant trait au 1er janvier julien en Afrique du Nord à la même époque utilise lui aussi le vocable de <i>qalendas</i>. Il s'agit d'un passage d'un opuscule sur les règles régissant les rapports entre maîtres et élèves, rédigé par Abû l-Hasan al-Qâbisî<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-18" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour tout ce paragraphe, se référer à IDRIS Hedy Roger, "Fêtes chrétiennes (…)" id="nh2-18">18</a>]</span>. Ce dernier est un docteur musulman de rite malékite, demeurant à Kairouan (Tunisie actuelle) et ayant vécu entre 935 et 1012, sous le règne de la dynastie amazighe des Zirides. Voici un extrait de la traduction dudit passage, proposée par H. R. Idris : <i>"De même, il est blâmable d'accepter (des cadeaux) pour les fêtes des polythéistes au nombre desquelles figurent aussi : Noël, Pâques et les Calendes (de Janvier) chez nous, la Saint Jean en Andalousie (…) Que les Musulmans adoptent de bon cœur pareilles pratiques (…) qu'ils fassent quelques uns de ces préparatifs, que les enfants s'amusent (…) à fabriquer des tabernacles aux Calendes (de Janvier) et à faire bombance à Noël, il ne le faut pas. Toutes ces pratiques ne conviennent pas aux Musulmans."</i> Cette recommandation faite par un religieux musulman à l'ensemble de ses coreligionnaires, particulièrement ceux de sa région (<i>"chez nous"</i>), est une indication forte de la perpétuation de la célébration des calendes de Janvier en Afrique du Nord orientale, du moins dans certaines zones urbaines. On sait effectivement qu'ont subsisté jusqu'au XIIème siècle dans ces villes (Kairouan, Mahdia, Tripoli, Tunis, Qal'a Beni Hammad…) des communautés chrétiennes autochtones, lesquelles ont conservé l'antique calendrier romain. L'admonestation d'al-Qâbisi montre que cette fête, ainsi que certaines fêtes chrétiennes, était également célébrée par des Musulmans de Kairouan et d'ailleurs. Ironie de l'histoire : alors que durant l'Antiquité les prédicateurs chrétiens enjoignaient leurs ouailles de se tenir à l'écart du Nouvel An "païen", au Moyen-âge c'est au tour des prédicateurs musulmans d'interdire aux fidèles de participer à cette fête qu'ils qualifient de "chrétienne" ! <br /> Cependant, on doit également noter qu'al-Qâbisi utilise le terme de <i>qalandas </i>à l'instar des auteurs moyen-orientaux. S'il apporte donc la preuve que la nouvelle année julienne était célébrée dans les villes de l'Est de l'Afrique du Nord au Xème siècle, il ne nous renseigne pas sur l'éventuelle présence du vocable <i>"Yennayer"</i>. De plus, la présence en Ifriqiya de minorités chrétiennes autochtones, encore latinisées et gardiennes du calendrier julien, touche à sa fin. Les faiblesses de la dynastie Ziride entraînent au XIIème siècle la conquête de la plupart des villes côtières de Lybie et d'Ifriqiya depuis Tripoli jusqu'à Bône (Annaba) par Roger II, souverain normand de Sicile. Ce dernier privilégie les minorités chrétiennes nord-africaines, et en fait ses alliés face aux Musulmans. Cependant, cette prépondérance normande ne dure que quelques décennies et prend fin lors de la conquête de toute l'Afrique du Nord par les amazighs almohades (milieu du XIIème siècle). L'émir almohade Abd el Moumin, par souci d'éliminer des alliés des Normands tout autant que par zèle religieux, massacre et expulse les chrétiens d'Ifriqiya.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-19" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 77-84 de HOUBEN Hubert. trad. LOUD Graham. Roger II of Sicily : a (…)" id="nh2-19">19</a>]</span> Ces événements marquent la disparition de la chrétienté autochtone d'Afrique du Nord qui se servait encore du calendrier julien pour fixer son calendrier liturgique. La chaîne de transmission du calendrier romain est brisée. Il semble que l'on doive chercher ailleurs qu'en Afrique du Nord les origines de <i>Yennayer </i>tel qu'il est encore célébré de nos jours.<br /> <br /> Mais vers quel ailleurs se tourner ? Il a été vu que, si les calendes de Nouvel An sont toujours célébrées en Egypte et au Proche et Moyen Orient à l'époque médiévale (il y subsiste de très importantes communautés chrétiennes), on les désigne en arabe sous le nom de <i>qalendas </i>ou de <i>nawroz </i>(vocable perse). Nulles traces écrites du terme <i>Yennayer </i>dans ces régions, pas plus qu'en Afrique du Nord. Dans l'ensemble du pourtour méditerranéen médiéval, nous n'avons de trace de l'utilisation du vocable ‘"Yannayr"</i> pour désigner le mois de janvier latin que dans un seul et unique lieu : l'Andalousie musulmane<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-20" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. entrée "Yannayr" p. 525 de CORRIENTE Frederico. A dictionary of Andalusi (…)" id="nh2-20">20</a>]</span>. Conquise pour le compte du calife omeyade de Damas par les troupes amazighes de Tarik Ibn Ziad en 711, l'Andalousie wisigothe est bien plus profondément latinisée que l'agonisante Afrique du Nord byzantine à la même époque. La population de souche hispanique y parle une forme de latin tardif et populaire, le romance, qui influencera dans une certaine mesure la langue arabe amenée par les nouveaux conquérants. Ici aussi l'utilisation du vieux calendrier julien christianisé va perdurer par delà la conquête islamique. C'est en effet un Andalou, natif de Cordoue, Muhammad ibn Waddah al-Qurtubi (mort en 900), qui est le premier auteur à condamner la pratique des célébrations du Nouvel An comme contraire à l'Islam<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-21" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 49-50 de WAINES David. An introduction to Islam, Cambridge, (…)" id="nh2-21">21</a>]</span> dans son ouvrage <i>Al-Bida' wa'l-Nahiy ‘anhaa,</i> premier livre spécifiquement écrit par un savant musulman contre la <i>bid'a</i> (l'innovation en religion). Cependant al-Qurtubi utilise le terme perse passé en arabe <i>Nawroz</i> et non pas <i>Yannayr.</i><br /> <br /> La première trace formelle et systématique de la transmission du calendrier julien latin chez les lettrés arabophones musulmans se rencontre dans le célèbre <i>Calendrier de Cordoue</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-22" class="spip_note" rel="appendix" title="Annotations PELLAT Charles, Le Calendrier de Cordoue, Leiden, Brill, 1961." id="nh2-22">22</a>]</span>. Cet ouvrage est composé en 961 par Recemundo, évêque chrétien d'Elvira également connu sous le nom arabe de Rabî ibn Zayd, conseiller et diplomate à la cour des califes cordouans Abd el Rahman III et al-Hakam II<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-23" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 61-62 de LEVY-PROVENCAL Evariste. Histoire de l'Espagne musulmane, (…)" id="nh2-23">23</a>]</span>. Ce calendrier composé en arabe (il est traduit en latin au XIIème siècle par Gérard de Crémone) reprend la division romaine du temps (calendrier julien), à laquelle vient s'ajouter <i>"un traité arabe de météorologie populaire"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-24" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p. 28 de URVOY Dominique. Pensers d'Al-Andalus, la vie intellectuelle à (…)" id="nh2-24">24</a>]</span> Le <i>Calendrier de Cordoue</i> indique pour chaque mois les différentes fêtes chrétiennes, les grands aspects météorologiques du mois, les principaux événements agricoles qui le scandent ainsi que l'alignement des constellations astrales (selon la mode moyen orientale). <br /> Cet ouvrage va s'avérer décisif car il est réutilisé par de très nombreux agronomes musulmans d'Al Andalus. En effet, ces derniers reconnaissent que le calendrier solaire julien permet de suivre les saisons (déterminées par la révolution de la Terre autour du soleil) contrairement au calendrier lunaire musulman. De nombreux agronomes, météorologues et médecins tels qu'al-Mamûn de Tolède, Abû-l-Mutarrif ibn Wâfid, Abû Abd Allâh ibn Bassâl, Abu Umar ibn Hajjaj, Abû-l-Khayr, al-Tighnari de Grenade et surtout Abû Zakariyâ ibn al-Awwâm avec son célèbre traité d'agriculture "<i>Kitâb al Filaha</i>" rédigé en 1175, vont créer une <i>"véritable révolution scientifique"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-25" class="spip_note" rel="appendix" title="Ibid. p. 64" id="nh2-25">25</a>]</span> dans le domaine agraire. Ils combinent avantageusement la maîtrise du calendrier solaire julien transmis par Recemundo avec les traités d'agriculture pré-arabe venus de Syrie, au premier rang desquels le traité d'<i>Agriculture Nabatéenne</i> publié en arabe par Ibn Wahsiyya<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-26" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 38-39 de BOLENS Lucie. Agronomes andalous du Moyen-Âge, Genève, (…)" id="nh2-26">26</a>]</span>. Ainsi, l'œuvre maîtresse de cette école, le <i>Kitâb al Filaha</i> d'al-Awwâm, se base sur le calendrier julien pour décrire le déroulé de l'ensemble des activités agricoles de l'année, le faisant correspondre en permanence avec les calendriers syrien, persan et hébreu. C'est de cet ouvrage encyclopédique andalou que sont entrés dans le vocabulaire nord-africain des termes tels que<i> lyali </i>ou <i>smayem</i>, encore utilisés au XXème siècle et désignant des périodes de 40 jours chacune, l'une hivernale, l'autre estivale<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-27" class="spip_note" rel="appendix" title="GENEVOIS. Op. cit. pp. 21-22" id="nh2-27">27</a>]</span>. Ces termes (que l'on prend parfois par erreur pour de l'arabe) sont en effet des noms syriaques, utilisés par al-Awwâm dans son livre en complément du comput julien. <br /> <br /> Nous avons maintenant établi que, tandis que l'Afrique du Nord islamisée perdait progressivement l'usage des traditions latines, les élites musulmanes d'Andalousie s'appropriaient le calendrier julien d'une façon originale et répandaient son usage dans tous les travaux agricoles, lesquels occupaient la majeure partie de la population à cette époque. Qu'en est-il cependant du terme de <i>"Yannayr"</i> ?<br /> Ce dernier apparaît pour la première fois, et ce n'est pas un hasard, dans des poèmes rédigés par le turbulent auteur cordouan Muhammad Ibn Quzman (1078-1116). Aujourd'hui encore considéré comme le maître du genre poétique <i>zajal </i>(lequel, par son aspect populaire, s'oppose à la qasida, plus formelle), Ibn Quzman, poète ribaud, buveur et aventurier, est un des premiers auteurs arabophones d'Al-Andalus à utiliser un grand nombre de termes romances dans ses textes. Là où le bon goût de l'époque demande que l'on use d'un arabe "purement" moyen-oriental, Ibn Quzman n'hésite pas à puiser dans l'arabe populaire andalou, lequel a absorbé de nombreux mots romances. C'est ainsi qu'à deux reprises (poèmes 40 et 79 de son <i>Diwan</i>) le poète utilise le terme <i>"aïd al Yannayr"</i> pour évoquer les célébrations du 1er Janvier. Mieux encore, il décrit avec minutie les différents fruits consommés par le peuple de Cordoue pour l'occasion<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-28" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p. 225 de DE LA GRANJA Fernando. Estudios de historia de Al-andalus, (…)" id="nh2-28">28</a>]</span>. Il apparaît donc que le calendrier julien est non seulement connu des élites lettrées arabo-andalouses, mais également de la population, laquelle (Chrétiens et Musulmans, à l'instar d'ibn Quzman) célèbre la nouvelle année lors d'une fête appelée <i>"Yannayr"</i>, terme hispano-romance passé en arabe andalou. L'existence de ce <i>Yannayr </i>romance est confirmée par le docteur religieux malékite Abu Bakr Muhammad al Turtusi (1059-1126), qui affirme dans son ouvrage contre les nouveautés et les innovations en religion intitulé <i>Kitab al hawadit wa-l bida</i> que les mozarabes (chrétiens de souche hispanique vivant en Al-Andalus) célèbrent chaque année Yannayr en mangeant des fruits frais (al-fawakīh)<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-29" class="spip_note" rel="appendix" title="Ibid p. 253" id="nh2-29">29</a>]</span>.<br /> <br /> S'il est avéré que les Musulmans andalous connaissaient le calendrier julien et qu'au moins une partie de leur population célébrait la fête de <i>Yannayr</i>, quelle preuve a-t-on de sa diffusion en Afrique du Nord ? Outre le fait qu'à partir du XIème siècle l'Andalousie est intégrée politiquement aux grands empires amazighs almoravide puis almohade (ce qui favorise la diffusion des livres, des idées et des coutumes entre les deux régions), la réponse est contenue dans un manuscrit du XIIIème siècle, <i>Al durr al munazam</i>.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-30" class="spip_note" rel="appendix" title="Le texte arabe intégral et sa traduction en castillan sont intégrés à (…)" id="nh2-30">30</a>]</span> Ce texte a été rédigé sur plusieurs décennies par Abu al Abbas al-Azafi, puis par son fils Abu al Qasim al-Azafi. Le père, Abu al Abbas, en commence la composition en 1236. Après sa mort et à sa demande, son fils apporte la touche finale à l'ouvrage en 1259. L'intérêt de cet ouvrage est que leurs auteurs ne sont pas des Andalous mais des Nord-Africains : Abu al Abbas al-Azafi est grand cadi (juge musulman) de la ville de Ceuta (nord du Maroc actuel) et son fils Abu al Qasim parvient à y prendre le pouvoir en 1250, se parant du titre d'émir et y fondant une brève dynastie. Il s'agit donc de personnages importants, versés dans les lettres islamiques. C'est d'ailleurs au titre de la religion qu'Abu al Abbas entreprend la rédaction d'<i>Al durr</i> : il souhaite lancer à ses coreligionnaires un <i>"avertissement contre les nouveautés" </i>(muhdathat al-umur) qui font sortir les Musulmans d'Afrique du Nord du sentier tracé par <i>"les pieux anciens"</i> (salaf al-muslimin), à savoir le prophète Muhammad et ses compagnons, qu'il convient d'imiter en tous points. Il est particulièrement intéressant de noter qu'al-Azafi père et fils sont horrifiés par les "innovations" <i>(bida)</i> qui se répandent en Afrique du Nord en provenance d'Al-Andalus et qui semblent particulièrement prisées par les habitants, malgré leur foi musulmane. Parmi ces dernières, les al-Azafi distinguent tout particulièrement <i>"l'anniversaire de Jésus</i> [Noël] (…) <i>et al-Yannayr, sept jours plus tard"</i>. Ils expliquent à leurs lecteurs nord-africains que ces fêtes ont été condamnées par les oulémas andalous et qu'ils ne doivent pas s'y prêter. Le ton alarmiste employé par les auteurs laisse supposer que les célébrations de <i>Yannayr </i>sont déjà très largement répandues dans la région à l'époque de la rédaction de leur ouvrage. On doit également signaler à titre anecdotique qu'Abu al Abbas al-Azafi propose, afin de contrer ces fêtes impies, d'introduire en Afrique du Nord une fête musulmane qui serait certes une innovation, mais non blâmable : la célébration de l'anniversaire du prophète Muhammad, dite "Mouloud". Al Azafi pense qu'en célébrant le <i>Mouloud,</i> les Musulmans pourront assouvir leurs désirs de rituels festifs sans déroger aux principes de la religion islamique. Cette fête, déjà connue à l'époque en Syrie et en Egypte, ne semblait pas pratiquée en Afrique du Nord. C'est Abu al Qasim al-Azafi, lorsqu'il accède au pouvoir à Ceuta qui, le premier et afin de satisfaire aux désirs de son père défunt, officialise dans la région la fête du <i>Mouloud.</i> Cette fête est encore célébrée de nos jours en Afrique du Nord. Peu de gens savent qu'elle y a été introduite afin de faire concurrence à <i>Yannayr </i>et aux feux de joies de l'<i>Ansara </i>(Saint Jean)<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-31" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour approfondir tous les points évoqués dans ce paragraphe, se reporter au (…)" id="nh2-31">31</a>]</span>.<br /> <br /> La piste du <i>Yannayr</i> andalou aboutit donc bien en Afrique du Nord, puisque les écrits d'al-Azafi nous informent que cette fête, qui pour lui provient d'Andalousie, a largement gagné la région au début du XIIIème siècle. Au-delà de l'aspect festif, la diffusion du calendrier julien à l'échelle nord-africaine à partir de la science andalouse s'effectue par l'intermédiaire d'ouvrages rédigés par des savants nord-africains après la perte de l'essentiel des territoires d'Al-Andalus par les Musulmans (XIIIème siècle). L'astronomie et l'établissement de dates à partir du calendrier julien devient un savoir pratiqué par de nombreux lettrés<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-32" class="spip_note" rel="appendix" title="Toutes les références qui vont suivre sont issues de l'inventaire de la (…)" id="nh2-32">32</a>]</span>. Ils s'appuient tout d'abord sur le célèbre ouvrage d'Abu Miqra al Battawi, originaire du Rif (Maroc actuel), auteur d'un traité d'astronomie daté aux alentours de 1330 et qui fait autorité jusqu'au XVIIIème siècle. La science d'Abu Miqra est explicitée dans un ouvrage en vers d'al-Marghiti, contenant notamment un <i>"poème didactique sur le calendrier"</i>. Al Akhdari (1512-1585), natif de Biskra (Algérie actuelle), rédige un traité entièrement consacré aux calendriers, là encore sous forme de poème didactique. Cet ouvrage servira de référence à tous les savants nord-africains. Le principal successeur d'Abu Miqra apparait au XVIIème siècle en la personne d'As-Susi, originaire du Maroc et mort en 1679. Son traité <i>Nazm al Mumti fi Sharh al-Muqni </i>permet notamment de <i>"déterminer quel jour tombe le 1er janvier d'une année quelconque"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-33" class="spip_note" rel="appendix" title="Ibid. p. 71. Toutes les autres références sont consultables aux pp. 71-72." id="nh2-33">33</a>]</span>. Il est frappant de constater que ces ouvrages (ou des commentaires de ces ouvrages) ont circulé jusqu'à la fin du XIXème siècle parmi les lettrés d'Afrique du Nord. A titre d'exemple, on relève en 1872 la présence de l'ouvrage d'al-Akhdari et d'un commentaire sur As-Susi dans des bibliothèques de lettrés religieux de la Kabylie des Babors (Aït Wartilan, Aït Yala)<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-34" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pp. 88-89 AÏSSANI Djamil, Djamel-Eddine MECHEHED. "La khizana de Cheik (…)" id="nh2-34">34</a>]</span>. Cette connaissance du calendrier Julien de quelques lettrés nord-africains arabisants et maîtrisant les manuels d'astronomie hérités de la science andalouse médiévale est attesté jusqu'au début du XXème siècle dans les régions les plus désertiques : durant la colonisation de la Maurétanie, en 1909, le commandant français Ganen note que <i>"Les littérateurs maures abordent volontiers des sujets astronomiques ou relatifs au comput du temps. L'un d'eux, Ben Abdem, de la tribu nomade des Ideyqob (Ida Yaqoub), Berbères de l'Ouest, énumère des constellations qui se lèvent au coucher du soleil, et donne, d'après le calendrier julien, la date où elles deviennent visibles. (…) Un autre ouvrage dit le moyen de savoir quel jour tombe le ler janvier d'une année quelconque : il est intitulé As-Sousi"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-35" class="spip_note" rel="appendix" title=""Rapport du commandant Ganen", Paris, Revue du monde musulman, 1909, p. 516." id="nh2-35">35</a>]</span>.<br /> <br /> Enfin, il faut noter que les mentions de célébrations de <i>Yennayer</i> en Afrique du Nord, absentes des chroniques et des relations de voyages durant plus de quatre siècles se multiplient après le moment où al-Azafi, au XIIème siècle, se lamente de voir la fête andalouse d'<i>al-Yannayr </i>s'imposer dans sa région. Au XVème siècle, Hassan al-Wazzan (1488-1548), plus connu sous le nom de Léon l'Africain, mentionne qu'il a vu, dans la ville de Fès, <i>"quelques anciennes coutumes des fêtes délaissées par les chrétiens"</i>, notamment <i>"le premier jour de l'an, les enfants vont en masque par les maisons des gentilshommes, demandant des fruits, avec chansons de peu de substance"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-36" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p. 391 de LEON dit l'Africain. Trad. TEMPORAL Jean. Description de (…)" id="nh2-36">36</a>]</span>. Moins d'un siècle plus tard, le géographe et historien espagnol Marmol y Carvajal (fait prisonnier à Tunis en 1536 et ayant vécu huit années en Afrique du Nord) aborde, dans sa description générale de l'Afrique, la question des calendriers suivis par les populations : <i>"Il y a quantité de ces peuples, tant Africains qu'Arabes, qui sans savoir lire, ni écrire, rendent des raisons suffisantes touchant le labourage, par les règles de l'Astronomie : mais ils tirent ces règles du trésor de l'Agriculture, qui fut traduit de Latin en Arabe en la ville de Cordoue. (…) Dans ce livre sont contenus les douze mois de l'année en Latin, et ils les suivent pour ce qui concerne le labourage"</i><span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2-37" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. p. 15 de MARMOL CARVAJAL Luis. Trad. D'ABLANCOURT Nicolas. Description (…)" id="nh2-37">37</a>]</span>. Il note également que <i>"les Africains comptent en l'année quarante jours de froid âpre et quarante jours de chaleur excessive"</i>, ce qui correspond aux fameuses périodes syriaques de <i>lyali</i> et <i>smayem </i>du <i>Kitab al Filaha </i>andalou. <br /> <br /> Cet élément supplémentaire s'ajoute au faisceau d'indices concordants énumérés ci-dessus, montrant que l'Andalousie médiévale constitue la source principale de la réintroduction du calendrier julien en Afrique du Nord ainsi que du vocable même de <i>Yennayer</i>. Cependant, le fait que le calendrier agraire nord-africain ait intégré au fil du temps ces éléments latins revisités par les savants andalous n'ôte en rien leur caractère proprement amazigh aux célébrations rituelles qui lui sont associées. <br /> <br /> <br /></p> <p><strong> <i>Yidir PLANTADE</i> </strong> <br /> <br /></p> <div class='spip_document_2009 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'> <figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L420xH475/YPlantade-08d94.jpg?1774395105' width='420' height='475' alt='' /> </figure> </div> <p><br /> <br /> [|<strong>Télécharger l'article en format PDF :</strong>|]</p> <div class='spip_document_2016 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len="70" data-legende-lenx="xx" > <figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.tamazgha.fr/IMG/pdf/YPlantade_Yennayer.pdf' class=" spip_doc_lien" title='PDF - 174.4 kio' type="application/pdf"><img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1774390856' width='64' height='64' alt='' /></a> <figcaption class='spip_doc_legende'> <div class='spip_doc_descriptif '>Yennayer en Afrique du Nord : histoire d'un mot.<br class='autobr' /> Par Yidir Plantade </div> </figcaption></figure> </div> <p><br /></p> <p>Lire également :<br /> <br /> <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> <a href='https://www.tamazgha.fr/Celebrations-du-temps-nouveau-en-Afrique-du-Nouveau,2385.html' class="spip_in"><i>Célébrations du temps nouveau en Afrique du Nord</i>, de Nédjima PLANTADE</a><br /> <br /></p></div> <hr /> <div class='rss_notes'><div id="nb2-1"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-1" class="spip_note" title="Notes 2-1" rev="appendix">1</a>] </span>DROUIN, Jeannine. "Calendriers berbères", <i>Etudes berbères et chamito-sémitiques, Mélanges offerts à Karl G. Prasse,</i> Louvain, Peeters, 2000, pp. 113-128.</p> </div><div id="nb2-2"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-2" class="spip_note" title="Notes 2-2" rev="appendix">2</a>] </span>Par exemple, <i>cf</i>. p. 922 de DALLET, Jean-Marie. <i>Dictionnaire kabyle-français : parler des At Mangellat, Algérie,</i> Louvain, Peeters, 1985, 1052 p.</p> </div><div id="nb2-3"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-3" class="spip_note" title="Notes 2-3" rev="appendix">3</a>] </span><i>Cf.</i> p. 43, MARCEL, Jean Joseph. <i>Vocabulaire français-arabe des dialectes vulgaires africains : d'Alger, de Tunis, de Marok, et d'Égypte,</i> Paris, C. Hingray, 1837, 574 p.</p> </div><div id="nb2-4"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-4" class="spip_note" title="Notes 2-4" rev="appendix">4</a>] </span>Pour de plus amples détails sur les computs calendaires, leurs histoires, leurs modes de calculs et leurs correspondances, se reporter à l'ouvrage très complet de DERSHOWITZ Nachum, Edward M. REINGOLD. <i>Calendrical Calculations,</i> Cambridge, Cambridge University Press, 2007, 479 p.</p> </div><div id="nb2-5"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-5" class="spip_note" title="Notes 2-5" rev="appendix">5</a>] </span><i>Cf.</i> p.9 de GENEVOIS, Henri. "Le calendrier agraire et sa composition", <i>Le Fichier Périodique</i>, Alger, n°125, 1975, pp. 3-87</p> </div><div id="nb2-6"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-6" class="spip_note" title="Notes 2-6" rev="appendix">6</a>] </span>On trouve souvent le mois latin <i>Ianiarius</i> noté <i>Janiarius</i>, particulièrement chez les auteurs francophones (Drouin ou Genevois, par exemple). Il s'agit là d'un anachronisme, la lettre "j" ne faisant pas partie de l'alphabet latin classique (elle a été introduite au XVIème siècle). Les Romains utilisaient la lettre "i".</p> </div><div id="nb2-7"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-7" class="spip_note" title="Notes 2-7" rev="appendix">7</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 40-41, HERODIANUS. Trad. du grec par HALEVY Léon. <i>Histoire romaine depuis la mort de Marc-Aurèle jusqu'à l'avènement de Gordien III</i>, Paris, Firmin-Didot, 1860, 327p.</p> </div><div id="nb2-8"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-8" class="spip_note" title="Notes 2-8" rev="appendix">8</a>] </span>Se reporter à la chronologie figurant pp 311-314 de HUGONIOT Christophe. <i>Rome en Afrique</i>, Paris, Flammarion, 2000, 349 p.</p> </div><div id="nb2-9"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-9" class="spip_note" title="Notes 2-9" rev="appendix">9</a>] </span>DROUIN J., <i>op. cit.</i>, p. 114</p> </div><div id="nb2-10"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-10" class="spip_note" title="Notes 2-10" rev="appendix">10</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 234-236 de TERTULLIEN, trad. De GENOUDE Eugène Antoine. <i>Œuvres de Tertullien</i>, tome deuxième, Paris, Louis Vivès, 1852, 547 p.</p> </div><div id="nb2-11"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-11" class="spip_note" title="Notes 2-11" rev="appendix">11</a>] </span>FOUCHER Louis. "Le calendrier de Thysdrus", <i>Antiquités africaines,</i> t.36, Paris, CNRS Editions, 2000, pp. 63-108.</p> </div><div id="nb2-12"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-12" class="spip_note" title="Notes 2-12" rev="appendix">12</a>] </span><i>Ibid,</i> p. 72</p> </div><div id="nb2-13"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-13" class="spip_note" title="Notes 2-13" rev="appendix">13</a>] </span>AUGUSTIN d'Hippone, <i>Vingt-six sermons au peuple d'Afrique,</i> retrouvés à Mayence, édités et commentés par François DOLBEAU, Paris, Institut d'Études Augustiniennes, 1996, 756 p.</p> </div><div id="nb2-14"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-14" class="spip_note" title="Notes 2-14" rev="appendix">14</a>] </span><i>Cf.</i> p. 85 de : BROWN Peter Robert Lamont. <i>The Rise of Western Christendom : Triumph and Diversity,</i> A.D. 200-1000, Oxford, Blackwell Publishing, 2003, 625 p.</p> </div><div id="nb2-15"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-15" class="spip_note" title="Notes 2-15" rev="appendix">15</a>] </span><i>Cf.</i> pp 290-299 de BIEMON Emile, Jean-Claude PECKER. <i>Rythmes du temps : Astronomie et calendriers</i>, Louvain-la-Neuve, De Boeck Université, 1999, 393 p.</p> </div><div id="nb2-16"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-16" class="spip_note" title="Notes 2-16" rev="appendix">16</a>] </span>Pour ces deux références, <i>cf.</i> pp. 445-446 de GIL Moshe. trad. BROIDO Ethel. <i>A History of Palestine,</i> 634-1099, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, 994 p.</p> </div><div id="nb2-17"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-17" class="spip_note" title="Notes 2-17" rev="appendix">17</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 139-140 de HALM Heinz. <i>Die Kalifen von Kairo : Die Fatimiden in Ägypten 973-1074,</i> München, CH Beck, 2003, 508 p.</p> </div><div id="nb2-18"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-18" class="spip_note" title="Notes 2-18" rev="appendix">18</a>] </span>Pour tout ce paragraphe, se référer à IDRIS Hedy Roger, "Fêtes chrétiennes célébrées en Ifrîqiya à l'époque zîrîde", <i>Revue Africaine</i>, N°98, 1954, pp. 261-276.</p> </div><div id="nb2-19"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-19" class="spip_note" title="Notes 2-19" rev="appendix">19</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 77-84 de HOUBEN Hubert. trad. LOUD Graham. <i>Roger II of Sicily : a ruler between East and West,</i> Cambridge, Cambridge University Press, 2002, 231 p.</p> </div><div id="nb2-20"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-20" class="spip_note" title="Notes 2-20" rev="appendix">20</a>] </span><i>Cf.</i> entrée "Yannayr" p. 525 de CORRIENTE Frederico. <i>A dictionary of Andalusi Arabic,</i> Leiden, Brill, 1997, 623 p.</p> </div><div id="nb2-21"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-21" class="spip_note" title="Notes 2-21" rev="appendix">21</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 49-50 de WAINES David. <i>An introduction to Islam,</i> Cambridge, Cambridge University Press, 2003, 367 p. A noter que l'ouvrage d'al Qurtubi est encore utilisé de nos jours, notamment par les oulémas de tendance salafiste.</p> </div><div id="nb2-22"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-22" class="spip_note" title="Notes 2-22" rev="appendix">22</a>] </span>Annotations PELLAT Charles, <i>Le Calendrier de Cordoue, </i>Leiden, Brill, 1961.</p> </div><div id="nb2-23"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-23" class="spip_note" title="Notes 2-23" rev="appendix">23</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 61-62 de LEVY-PROVENCAL Evariste. <i>Histoire de l'Espagne musulmane,</i> Paris, Maisonneuve et Larose, 1999, 435 pp. Il s'agit d'une réédition, l'original datant de 1944.</p> </div><div id="nb2-24"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-24" class="spip_note" title="Notes 2-24" rev="appendix">24</a>] </span><i>Cf.</i> p. 28 de URVOY Dominique. <i>Pensers d'Al-Andalus, la vie intellectuelle à Cordoue et Séville au temps des empires berbères,</i> Toulouse, Presses Universitaires du Mirail et Editions du CNRS, 1990, 209 p.</p> </div><div id="nb2-25"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-25" class="spip_note" title="Notes 2-25" rev="appendix">25</a>] </span><i>Ibid.</i> p. 64</p> </div><div id="nb2-26"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-26" class="spip_note" title="Notes 2-26" rev="appendix">26</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 38-39 de BOLENS Lucie. <i>Agronomes andalous du Moyen-Âge,</i> Genève, Librairie Droz, 1981, 305 pp.</p> </div><div id="nb2-27"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-27" class="spip_note" title="Notes 2-27" rev="appendix">27</a>] </span>GENEVOIS. <i>Op. cit.</i> pp. 21-22</p> </div><div id="nb2-28"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-28" class="spip_note" title="Notes 2-28" rev="appendix">28</a>] </span><i>Cf.</i> p. 225 de DE LA GRANJA Fernando. <i>Estudios de historia de Al-andalus,</i> Madrid, Real Academia de la Historia, 1999, 348 p.</p> </div><div id="nb2-29"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-29" class="spip_note" title="Notes 2-29" rev="appendix">29</a>] </span><i>Ibid</i> p. 253</p> </div><div id="nb2-30"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-30" class="spip_note" title="Notes 2-30" rev="appendix">30</a>] </span>Le texte arabe intégral et sa traduction en castillan sont intégrés à l'article de DE LA GRANJA Fernando. <i>Festas Cristianas en Al Andalus, "al durr al munazam" de Al ‘Azafi,</i> AL ANDALUS, XXXIV, 1969, pp 1-53.</p> </div><div id="nb2-31"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-31" class="spip_note" title="Notes 2-31" rev="appendix">31</a>] </span>Pour approfondir tous les points évoqués dans ce paragraphe, se reporter au Chapitre 4 (particulièrement aux pp. 81-93) de KAPTEIN N.J.G. <i>Muhammad's Birthday Festival : Early History in the Central Muslim Lands and Development in the Muslim West Until the 10th/16th Century,</i> Leiden, Brill, 1993, 183 p.</p> </div><div id="nb2-32"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-32" class="spip_note" title="Notes 2-32" rev="appendix">32</a>] </span>Toutes les références qui vont suivre sont issues de l'inventaire de la bibliothèque de la zaouïa de Chellata (Kabylie) analysé et mis en perspective par AÏSSANI Djamil. "Timεemmert n'Ichellaten", pp. 59-77 in <i>Les manuscrits berbères au Maghreb dans les collections européennes,</i> Méolans-Revel, Atelier Perrousseaux, 2007, 167 p.</p> </div><div id="nb2-33"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-33" class="spip_note" title="Notes 2-33" rev="appendix">33</a>] </span><i>Ibid.</i> p. 71. Toutes les autres références sont consultables aux pp. 71-72.</p> </div><div id="nb2-34"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-34" class="spip_note" title="Notes 2-34" rev="appendix">34</a>] </span><i>Cf.</i> pp. 88-89 AÏSSANI Djamil, Djamel-Eddine MECHEHED. "La <i>khizana</i> de Cheik Lmuhub", pp. 79-127 in <i>Les manuscrits berbères au Maghreb dans les collections européennes,</i> Méolans-Revel, Atelier Perrousseaux, 2007, 167 p.</p> </div><div id="nb2-35"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-35" class="spip_note" title="Notes 2-35" rev="appendix">35</a>] </span>"Rapport du commandant Ganen", Paris, <i>Revue du monde musulman,</i> 1909, p. 516.</p> </div><div id="nb2-36"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-36" class="spip_note" title="Notes 2-36" rev="appendix">36</a>] </span><i>Cf.</i> p. 391 de LEON dit l'Africain. Trad. TEMPORAL Jean. <i>Description de l'Afrique,</i> Lyon, Temporal, 1556, 564 p.</p> </div><div id="nb2-37"> <p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2-37" class="spip_note" title="Notes 2-37" rev="appendix">37</a>] </span><i>Cf.</i> p. 15 de MARMOL CARVAJAL Luis. Trad. D'ABLANCOURT Nicolas. <i>Description générale de l'Afrique</i>, Paris, Billaine, 1667.</p> </div></div> Faut-il subir davantage l'Algérie ? https://www.tamazgha.fr/Faut-il-subir-davantage-l-Algerie,2316.html https://www.tamazgha.fr/Faut-il-subir-davantage-l-Algerie,2316.html 2008-09-01T00:28:00Z text/html fr Masin Notre sélection <p>Nous publions ci-après une contribution de Youba, de Bgayet en Kabylie. Il met le doigt sur une question épineuse qui handicape la Kabylie depuis des décennies. En effet, s'il y a bien une chose qui empêhe le combat amazigh d'avancer en Kabylie, c'est cet attachement acharné des Kabyles à une Algérie dont ils se sont fait une image mais qui, en réalité, est "conçue" pour contribuer à en finir avec l'amazighité de l'Afrique du Nord. En finir avec l'amazighité de l'Afrique du Nord, c'est (…)</p> - <a href="https://www.tamazgha.fr/-Tribune-libre-.html" rel="directory">Tribune libre</a> / <a href="https://www.tamazgha.fr/+-Notre-selection-+.html" rel="tag">Notre sélection</a> <div class='rss_chapo'><p>Nous publions ci-après une contribution de Youba, de Bgayet en Kabylie. Il met le doigt sur une question épineuse qui handicape la Kabylie depuis des décennies. <br class='autobr' /> En effet, s'il y a bien une chose qui empêhe le combat amazigh d'avancer en Kabylie, c'est cet attachement acharné des Kabyles à une Algérie dont ils se sont fait une image mais qui, en réalité, est "conçue" pour contribuer à en finir avec l'amazighité de l'Afrique du Nord. En finir avec l'amazighité de l'Afrique du Nord, c'est aussi en finir avec les Kabyles dont les ancêtres, pourtant, ont donné leur sang pour que cette Algérie existe. <br class='autobr' /> Cette contribution participe à cette action de sensibilisation qui doit être menée afin de se débarrasser de certains mythes qui sont de véritables menaces pour notre existence.</p> <p><i>La Rédaction.</i></p></div> <div class='rss_texte'><p><br /></p> <hr /> <div class='spip_document_1943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'> <figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.tamazgha.fr/local/cache-vignettes/L227xH191/Statue_liberte_kabylie-53d7e.jpg?1774390884' width='227' height='191' alt='' /> </figure> </div> <p><br /></p> <h2 class="spip">[|Faut-il subir davantage l'Algérie ?|]</h2> <p>Tout le Mouvement national algérien a été bâti contre les Berbères, leur langue et leur culture. Pour preuve, avant et durant la guerre d'Algérie, aucun nationaliste arabe ni islamiste n'a été éliminé, au contraire ils étaient considérés comme des héros. Ce n'était guerre le cas des militants berbéristes. Ces derniers, jugés dangereux et nuisibles pour l'unité nationale et ses constantes arabo-islamistes, furent assassinés dans la bonne conscience de la "révolution" avec parfois, si ce n'est souvent, l'aval des Kabyles du Mouvement national algérien.</p> <p>Toute l'idéologie du Mouvement national algérien est d'inspiration arabo-islamique, à commencer par l'hymne national (texte en arabe), les chants patriotiques (textes en arabe), le drapeau dont le vert et le croissant faisant référence à l'Islam, sans oublier la terminologie usitée, y compris en Kabylie et dans les Aurès : <i>lkifah, thoura, ldjihad, lmoudjahiddine, elkouffar, khouya, el watan, lhouriya, nedjma wa hlal, el djazayer, chouhada, chahid, el harka, </i>etc.</p> <p>Tout cela s'est fait avec le consentement des hommes "historiques" kabyles. Pire, ils les avaient défendu parfois au prix de leurs vies.</p> <p>Voyez-vous, dès le départ, les hommes "historiques" kabyles ont sacrifié leur identité, leur langue et leur culture sur l'autel de l'indépendance de l'Algérie. Aujourd'hui, le pouvoir algérien ne fait que poursuivre l'œuvre initiée par les militants du Mouvement national algérien qui, dans leur écrasante majorité, étaient, malheureusement, des Kabyles.</p> <p>Aujourd'hui, il nous est donné à nous, Kabyles soucieux de notre avenir, de réhabiliter notre langue, de choisir notre drapeau, d'opter pour des symboles spécifiques à notre culture. Mais avant cela, nous devons détruire tout ce que le Mouvement national algérien a battis contre nous : tout leurs symboles et toutes leurs constantes arabo-islamiques. Et pour cela, un droit d'inventaire s'impose. Nous devons mettre en lumière le rôle des hommes "historiques" de la Kabylie, morts ou vivants, afin de nous libérer de leur emprise morale, voire psychologique.</p> <p>Nous savons tous que la Kabylie a perdu la guerre. Aujourd'hui, nous payons chèrement les erreurs politiques de nos ancêtres. Des ancêtres qui avaient servi les intérêts de leurs bourreaux et fossoyeurs. Devrions-nous nous sentir redevables envers ces hommes "historiques" qui ont sacrifié la Kabylie pour la <i>Ouma </i> ?<br class='autobr' /> Devrions-nous accepter le dictat arabo-islamique sous prétexte que nos ancêtres s'étaient battus pour l'Islam et la langue arabe ? Devrions-nous continuer à mourir bêtement pour une Algérie rêvée par des ancêtres qui se croyaient Arabes et Musulmans ? Devrions-nous continuer à mourir comme nos ancêtres pour les causes des autres ? Devrions-nous construire l'Algérie qui se dit arabe et musulmane car nos ancêtres, ignorants de leur Histoire, l'avaient souhaité.</p> <p>Nous devrions, nous Kabyles d'aujourd'hui, démystifier ce passé lié à la guerre d'Algérie qui nous paralyse et qui nous "hypnotise" au point d'accepter, avec une joie frisant le masochisme, toutes les injustices et humiliations venant de l'Etat algérien.</p> <p>Il est temps que les Kabyles se démarquent des idéaux de la guerre d'Algérie, qui ne sont rien d'autres que le rêve de nos ennemis qui ont juré notre éradication pour construire la Grande <i>Ouma Islamiya.</i></p> <p><strong> <i>Youba si Bgayet</i> </strong></p></div> Accès interdit

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