Ce n’est pas une réaction que je vais exprimer par rapport aux dates des événements du printemps berbère, mais je fais un témoinage sur la date du 26 mars 1980.
J’ai envoyé le message ci-dessus sur amazigh-net le 21 mars 2002 comme témoignage. je vous l’envoie intégralement.
Azul akw fellawen,
Je viens par ce témoignage rappeler une date
importante dans l’Histoire du Mouvement Amazigh après l’indépendance.
Lors du mouvement de Tafsut Imazighen de 1980, après l’interdiction de la conférence que devait donner Da L Mulud At Maamar à l’université de Tizi Ouzou, la première manifestation publique (marche) en l’Algérie
indépendante a eu lieu le mercredi 26 mars 1980 à 10h à Alger, contrairement à la date du 7 avril 1980 que l’on cite dans l’ordre chronologique des faits qui ont marqué le printemps berbère de 1980.
Cette marche avait été organisée par les étudiants de Boumérdes (INIL et INH en majorité), car il y avait un grand nombre d’étudiants Kabyles dans ces Instituts.
Tout s’est passé dans un secret absolu. Il y avait une vingtaine de personnes qui avaient planifié cet événement comme la veille du premier novembre 1954 (rire j’éxagère).
J’étais revenu de chez-moi un vendredi soir ( fin de semaine jeudi-vendredi vous voyez ce n’est pas du tout catholique) ; un ami m’a demandé de me parler en privé.
Il m’avait dit qu’on préparait une marche pour le 26 mars et que je devais aider à cela.
Sans réfléchir, j’ai embarqué. J’ai pris l’initiative
de rentrer en contact avec les gens que je connaissais dans d’autres écoles. Je suis allé au centre d’études en informatique de Oued Smar(CERI) et à l’École d’Ingénieurs des travaux publics (Dar EL-Beida Alger) où étudiait mon frère.
Le jour J, c’est à dire le 26 mars 1980, dès 6 h du matin Boumérdes commençait à se vider. Même les étudiants qui avaient peur ont fait le déplacement à Alger par devoir ou par peur de représailles. Par train, par autobus, par auto-stop, etc. les gens ont pu regagner Alger sans que les autorités (Gendarmes, police militaire, etc. ) ne s’en aperçoivent.
À Alger tout le monde faisait mine de vaquer à ses occupations. À 10h on était une poignée de personnes (une vingtaine environ !) au centre de la place des Martyrs. On avait peur. Que faire ? Puis d’un seul coup un cri retentissant Imazighen, Imazighen ... jaillit de la foule et c’est parti. Les gens (étudiants de Boumérdes) les manifestants quoi ! sortaient de partout : des cafés, des abris bus, des magasins, de sous les arcades, etc. On avait sorti des
banderoles, on avait brisé la peur.
La marche s’est ébranlée sur le Boulvard Ché Guevara direction Fac (faculté) centrale pour aider les étudiants bloqués à l’intérieur de sortir. C’était vraiment quelque chose d’extraordinaire !
Personne de la HOUKOUMA (pouvoir)ne
s’attendait à cet événement. Au moment où on
surveillait Tizi Ouzou, le volcan avait éclaté à
Alger. Durant notre marche d’autres personnes se sont jointes à nous ( probablement des Kabyles ! ).
L’itinéraire s’est improvisé de lui-même. Arrivés à la place Port Said (Ledjnina) près du TNA, on avait pris la montée rue d’Isley ( je ne sais pas si c’est comme ça qu’on écrit d’Isley, je m’en excuse si c’est mal écrit).
Ensuite on a pris la rue Michelet, là où il y a la
Statue du traître d’Émir Abdelkader sur son cheval. C’est à ce niveau là (statue) que la police
anti-émeute nous attendait. C’est dire à quel point que la marche a été organisée dans un secret absolu ; ça a pris beaucoup temps pour que la police réalise ce qui vient de se produire et se mobiliser pour venir nous barrer le chemin. On avait marché 2 à 3 km.
Quand on était arrivé au niveau du « mur » dressé par la police avec leurs boucliers et leurs matraques, on avait continué à crier des slogans hostiles au pouvoir. La police avait commencé à matraquer sans pitié sur toutes les parties du corps : tête, dos, jambes, bras. Les gens fuyaient dans toutes les directions. On avait pris un grand risque, mais on avait osé défier le pouvoir central. C’était la première grande manifestation anti-pouvoir depuis 1962 à ma connaissance.
Le lendemain évidemment, des actions d’intimidations ont commencé. On a pris les noms de tous ceux qui étaient absents aux cours du 26 mars. On avait cherché à identifier les meneurs, toute absence aux cours
était suspecte par la suite.
Une tentative d’une deuxième marche a eu lieu
effectivement à Alger le 7 avril 1980. Les étudiants de Tizi ouzou, de Boumérdes, d’Alger ont participé ou tenté de participer à cette marche. Mais cette fois-ci, le pouvoir mafieux était au courant donc on a empêché les gens de Tizi Ouzou de se rendre à Alger.
À Boumérdes les gendarmes armés (jusqu’aux dents) de mitraillettes surveillaient la gare routière et la gare ferroviaire dès l’aube et donc on ne pouvait pas se rendre à Alger. Seuls ceux qui se sont déplacés la veille ont pu assister à cette marche.
Je ne relate pas cet événement comme héros, mais tout simplement pour rendre à César ce qui lui appartient.
Dans la chronologie des événements, c’est seulement le 7 avril qui est mentionné comme première marche alors que la vraie première marche a eu lieu le mercredi 26 mars.
C’est simple j’ai écrit cette date dans mon
journal (souvenirs) et on peut vérifier que c’est bien un mercredi.
Le véritable architecte de cet événements’appelle
Salah Ahcène qu’on appelle communément SALAH de l’INH, car il était étudiant à cet Institut.
Je prie les gens qui ont étudié à Boumérdes à cette époque et qui se souviennent de cet événement d’apporter une affirmation ou une infirmation à ce sujet.
Je demanderais aussi au MCB et aux gens qui ont à coeur de laisser des traces véridiques de placer cette date dans la chronologie des événements.
Montréal, le 15 avril 2004
Azul fellawen,
Ce n’est pas une réaction que je vais exprimer par rapport aux dates des événements du printemps berbère, mais je fais un témoinage sur la date du 26 mars 1980.
J’ai envoyé le message ci-dessus sur amazigh-net le 21 mars 2002 comme témoignage. je vous l’envoie intégralement.
Azul akw fellawen,
Je viens par ce témoignage rappeler une date
importante dans l’Histoire du Mouvement Amazigh après l’indépendance.
Lors du mouvement de Tafsut Imazighen de 1980, après l’interdiction de la conférence que devait donner Da L Mulud At Maamar à l’université de Tizi Ouzou, la première manifestation publique (marche) en l’Algérie
indépendante a eu lieu le mercredi 26 mars 1980 à 10h à Alger, contrairement à la date du 7 avril 1980 que l’on cite dans l’ordre chronologique des faits qui ont marqué le printemps berbère de 1980.
Cette marche avait été organisée par les étudiants de Boumérdes (INIL et INH en majorité), car il y avait un grand nombre d’étudiants Kabyles dans ces Instituts.
Tout s’est passé dans un secret absolu. Il y avait une vingtaine de personnes qui avaient planifié cet événement comme la veille du premier novembre 1954 (rire j’éxagère).
J’étais revenu de chez-moi un vendredi soir ( fin de semaine jeudi-vendredi vous voyez ce n’est pas du tout catholique) ; un ami m’a demandé de me parler en privé.
Il m’avait dit qu’on préparait une marche pour le 26 mars et que je devais aider à cela.
Sans réfléchir, j’ai embarqué. J’ai pris l’initiative
de rentrer en contact avec les gens que je connaissais dans d’autres écoles. Je suis allé au centre d’études en informatique de Oued Smar(CERI) et à l’École d’Ingénieurs des travaux publics (Dar EL-Beida Alger) où étudiait mon frère.
Le jour J, c’est à dire le 26 mars 1980, dès 6 h du matin Boumérdes commençait à se vider. Même les étudiants qui avaient peur ont fait le déplacement à Alger par devoir ou par peur de représailles. Par train, par autobus, par auto-stop, etc. les gens ont pu regagner Alger sans que les autorités (Gendarmes, police militaire, etc. ) ne s’en aperçoivent.
À Alger tout le monde faisait mine de vaquer à ses occupations. À 10h on était une poignée de personnes (une vingtaine environ !) au centre de la place des Martyrs. On avait peur. Que faire ? Puis d’un seul coup un cri retentissant Imazighen, Imazighen ... jaillit de la foule et c’est parti. Les gens (étudiants de Boumérdes) les manifestants quoi ! sortaient de partout : des cafés, des abris bus, des magasins, de sous les arcades, etc. On avait sorti des
banderoles, on avait brisé la peur.
La marche s’est ébranlée sur le Boulvard Ché Guevara direction Fac (faculté) centrale pour aider les étudiants bloqués à l’intérieur de sortir. C’était vraiment quelque chose d’extraordinaire !
Personne de la HOUKOUMA (pouvoir)ne
s’attendait à cet événement. Au moment où on
surveillait Tizi Ouzou, le volcan avait éclaté à
Alger. Durant notre marche d’autres personnes se sont jointes à nous ( probablement des Kabyles ! ).
L’itinéraire s’est improvisé de lui-même. Arrivés à la place Port Said (Ledjnina) près du TNA, on avait pris la montée rue d’Isley ( je ne sais pas si c’est comme ça qu’on écrit d’Isley, je m’en excuse si c’est mal écrit).
Ensuite on a pris la rue Michelet, là où il y a la
Statue du traître d’Émir Abdelkader sur son cheval. C’est à ce niveau là (statue) que la police
anti-émeute nous attendait. C’est dire à quel point que la marche a été organisée dans un secret absolu ; ça a pris beaucoup temps pour que la police réalise ce qui vient de se produire et se mobiliser pour venir nous barrer le chemin. On avait marché 2 à 3 km.
Quand on était arrivé au niveau du « mur » dressé par la police avec leurs boucliers et leurs matraques, on avait continué à crier des slogans hostiles au pouvoir. La police avait commencé à matraquer sans pitié sur toutes les parties du corps : tête, dos, jambes, bras. Les gens fuyaient dans toutes les directions. On avait pris un grand risque, mais on avait osé défier le pouvoir central. C’était la première grande manifestation anti-pouvoir depuis 1962 à ma connaissance.
Le lendemain évidemment, des actions d’intimidations ont commencé. On a pris les noms de tous ceux qui étaient absents aux cours du 26 mars. On avait cherché à identifier les meneurs, toute absence aux cours
était suspecte par la suite.
Une tentative d’une deuxième marche a eu lieu
effectivement à Alger le 7 avril 1980. Les étudiants de Tizi ouzou, de Boumérdes, d’Alger ont participé ou tenté de participer à cette marche. Mais cette fois-ci, le pouvoir mafieux était au courant donc on a empêché les gens de Tizi Ouzou de se rendre à Alger.
À Boumérdes les gendarmes armés (jusqu’aux dents) de mitraillettes surveillaient la gare routière et la gare ferroviaire dès l’aube et donc on ne pouvait pas se rendre à Alger. Seuls ceux qui se sont déplacés la veille ont pu assister à cette marche.
Je ne relate pas cet événement comme héros, mais tout simplement pour rendre à César ce qui lui appartient.
Dans la chronologie des événements, c’est seulement le 7 avril qui est mentionné comme première marche alors que la vraie première marche a eu lieu le mercredi 26 mars.
C’est simple j’ai écrit cette date dans mon
journal (souvenirs) et on peut vérifier que c’est bien un mercredi.
Le véritable architecte de cet événements’appelle
Salah Ahcène qu’on appelle communément SALAH de l’INH, car il était étudiant à cet Institut.
Je prie les gens qui ont étudié à Boumérdes à cette époque et qui se souviennent de cet événement d’apporter une affirmation ou une infirmation à ce sujet.
Je demanderais aussi au MCB et aux gens qui ont à coeur de laisser des traces véridiques de placer cette date dans la chronologie des événements.
Amazighement
Muhend Sebti Montréal