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Le chemin de l’éternité et de l’amazighité de l’Afrique du Nord

22 février 2010, 13:04, par ulys

Quelques poèmes de Youcef Zirem

PASSAGES INCONSCIENTS

N’assiste pas à tes funérailles
Meurs en faisant semblant de vivre
Mourir et vivre se ressemblent
Le plus important est ailleurs
Continue à te rechercher encore
N’abdique pas
Tes défaites te rappelleront toujours
La force de tes idées
Eternellement incomprises
Ne sois pas dupe
Tu as toujours su ce que tu voulais
Et dès que les autres l’ont compris
Tu es déjà perdu
Perdu, mort ou vivant
L’univers entier se souvient de toi
Perdu, mort ou vivant
Tu ne ressembles à personne
Perdu, mort ou vivant
Tu flottes sur l’océan de ta déroute
Passager de l’inconnaissable
Hier, aujourd’hui et demain
Se rejoignent en toi
Nul ne t’attend
Nulle part
Nul ne te cherche
Tu as échappé à tout…

OMBRES ET TRAHISON

La révolte est mâtée
Pas de zones de repli
Nos cerveaux fracassés
Abritent l’horreur
Happé par la solitude
Le joueur de saxophone s’arrête
Son instrument détruit
Il laisse le chaos se propager
Dictatures imposées
Par le nouvel désordre mondial
Les caravanes du mensonge
Suppriment les carrefours du désir
Je suis le coureur des routes interdites
Je ne veux pas de cette séparation arrangée
J’oublie les baisers volés à la nuit obscure
Inventifs
Les services de l’ombre
Ont embrigadé toute la société
En furie, la mer accueille
Les bourrelets de ton corps fatigué
Tu ne souffriras plus
De tant d’usurpation
De tant d’ingratitude
Ecrasés à jamais
Nos remords sont envoyés en enfer

CHIMÈRES

Retours impossibles
Comme d’habitude
La douleur de vivre
Encercle les éclaircies fugitives
L’incendie se propage
La révolte prend forme
Mais elle ne connaît pas encore son chemin
Il n’y a aucune tendresse
A l’approche de cette nuit décisive
Tu est déjà ailleurs
Depuis toutes ces longues années
Où j’essayais de t’attendre
J’ai trop cru à ces chimères
Que ton regard fabriquait
J’ai eu tellement de patience
Mais cela n’empêche pas la débandade

STIGMATES D’UN GUET-APENS

Spirale du rapt
elle déferle sur ma quiétude
sa marche impose le silence
ses rondeurs me triturent les méninges
notre patience commune se mêle au vent
en un fugitif clin d’œil
elle me dit sa passion
une étoile voit le jour
l’obscurité se dissout
la bruine printanière cesse
ses lèvres mélodiques
emprisonnent ma volonté
un exil prend forme
ses yeux d’éden m’engloutissent
ses hanches allument un feu
nous gardons un brin de notre sourire
et nous attendons demain

UNE VERVE INTERMITTENTE

L’aurore est déjà lointaine
au petit matin
l’éternité est enlacée
comme un esquif à la dérive
j’attends son souhait mirifique
elle ne se réveille pas
malgré les glas répétés
je m’habitue au drame ambiant
et je me contente
de son regard de naguère

SOLEIL INDOMPTÉ

Furtivement
l’instant harmonieux se rétracte
la nuit assiège
mon sourire d’autrefois
mon âme se dissout
dans des flots irrépressibles
du malaise
même réarrangés
mes neurones sont éclatés
dans un pays à feu et à sang
les exécutions sommaires foisonnent
face à cette aube infinie
de l’errance tentaculaire
même des tonneaux
de cette bière à pression
ne me font pas atteindre l’ivresse

GITANE

Elle chante
ma naissance minimisée
elle maudit
le brouillard de mes inconvenances
elle admire
les tourments éveillés
de ma folie
elle garde
un silence éparpillé
sur sa déroute programmée
et elle veut me rejoindre
à l’aube d’une autre vie

AUTREFOIS LA MER NOUS APPARTENAIT

Les jours mauvais se chevauchent et imposent leur loi
elle se remet à raconter les refrains tendres de notre échec
elle veut s’opposer au mensonge et au destin sautillant
elle a envie de fuir ces territoires éclatés
dispersé, j’écoute ses lamentations caverneuses
nul n’est insensible à ces tueries répétitives
elle accroche nos sourires sur une prétendue accalmie
et je ne comprends plus cette traversée du désert
qui nous empoisonne l’habitude de la contestation
ne demeure alors que le bruit indomptable des vagues...