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Berbères de France : affirmons-nous !

15 janvier 2009, 14:11, par Tavusvist

Jean DUMAURIER : "J’ai découvert de quoi étonner le monde à propos des Kabyles"

Lundi 3 juillet 2006

Jean DUMAURIER est fils d’un instituteur Kabyle de la région de Larbaâ Nathirathen ( Ex Fort National, un village en Grande Kabylie). Vous pouvez le retrouver chaque semaine en direct sur internet par le site de Canal Sambre où il anime des chroniques historiques.

Présent lors de la réunion préparatoire de la Fédération des Médias Berbères à Lyon, une initiative qu’il venait soutenir, il pris la parole pour expliquer ce que ressent un kabyle que l’on affuble toujours du vocable "arabe" ou "musulman" et de la nécessité absolue de s’unir entre Berbères.

On comprend comment un être nié dans son identité, pourrait passer au travers d’un regard normatif et ignorant du passé pour un être exubérant.

Plutôt que de commenter son intervention, nous vous laissons le soin de l’écouter...

"Je m’appelle Jean DUMAURIER.

C’est maure... parce que mes ancêtres étaient des maures. La plupart des kabyles ignorent qu’ils sont des maures eux-mêmes, mais m.a.u.re... Au temps de l’Empire Romain on nous appelait soit des maures, soit des africains. Que je commence par le commencement.

Je suis né kabyle sur cette terre d’Afrique dénommée Algérie où le territoire était érigé en département français. Cela veut dire, que le territoire était français, mais nous les authentiques arborigènes, indigènes, africains, blancs, berbères et occidentaux n’étions pas reconnus et nous n’existions pas.

Tant que j’étais gamin, l’histoire ne me tracassait pas. Puis un jour est arrivé où il était temps d’aller à l’école. D’ailleurs, j’y suis arrivé en retard non pas de ma faute mais parce que l’école était petite et le nombre de places y était limité. Pour être admis à l’enseignement dans cette école, il fallait attendre à partir de six ans, qu’une place vienne à se libérer. Pour moi, elle ne s’est libérée, son tour n’est venu, qu’à l’âge de huit ans.

Jusque là j’étais un petit berger des montagnes de Kabylie et lorsque j’ai eu les premiers élements d’instruction suivi d’un succès dont ne je ne me doutais pas, j’ai décroché une place de boursier pour aller faire des études secondaires.

Je dois donc mon instruction à la France. Lorsque j’ai été à l’âge de l’adolescence, s’est déclaré la guerre. Je me suis dis que normalement dans le monde nous avions ceux qui commandent et ceux qui sont commandés. Je n’avais pas du tout envie d’être commandé. J’ai suivi les filières des grandes écoles. Innocemment j’étais dans l’école qui préparait le concours d’entrée à St Cyr.

A quinze jours du concours d’entrée, je ne dis pas d’examen, j’ai été appelé chez le proviseur pour m’entendre dire :
"Monsieur, vous nous avez trompé !

Moi ? en quoi ?!

Vous êtes bien en Corniche près de St Cyr ?

Mais vous n’avez pas le DROIT d’étre dans cette classe !!!

Monsieur le Proviseur je demande à comprendre...

Et non ! Vous, vous êtes un indigène. Vous n’êtes pas français."
Voilà la première phrase qui m’a marqué et a dirigée toute ma vie.

Non seulement après j’ai fait vingt ans de campagne de guerre, là où les français n’allaient pas. Non seulement j’ai été dans la Résistance Française avant de participer à d’autres résistances dans d’autres pays dont je ne parle jamais, c’est aux autres d’en parler. Et, je suis arrivé diplômé d’Etat-Major, j’étais à l’Ecole de guerre. J’ai abandonné l’Ecole de guerre pour préparer l’Ecole Nationale d’Administration (E.N.A.) d’où sortent tous les ministres d’aujourd’hui et je me suis trouvé bombardé dans le corps préfectoral.

J’ai été Sous-Préfet. Jusqu’au jour parmi les militaires j’ai dit " je vous ai assez vu." Je suis devenu expert international en formation des Cadres. Egalement, un jour est arrivé où j’ai dit : "çà suffit comme çà, je ne vais pas enlever le pain de la bouche des jeunes". J’ai abondonné tout et depuis ma retraite je considère que j’ai payé ma dette envers la France qui m’a instruit et j’ai décidé de payer ma dette envers mes ancêtres.

J’ai foulé les cinq continents de la terre du fait que j’ai été expert international, j’ai gardé comme dirait l’autre mes "errements anciens". Je parcours les cinq continents de la terre pour retrouver la trace de nos ancêtres.

Je vous étonnerai beaucoup !
Et, nous allons manquer aujourd’hui, d’innocence feinte ou pas feinte... J’ai découvert de quoi étonner le monde à commencer par les nôtres.

Alors j’ai repris mon bâton de pèlerin et j’ai pris des diapos que je fait passer partout où j’ai trouvé que les archéologues avaient mis à jour des vestiges disant que nos ancêtres avaient vécu là.

L’endroit où il y a le plus grand nombre de témoins de nos ancêtres, c’est l’Angleterre et l’Ecosse : cela s’appelle le mur Adrien. Le long du mur Adrien, les anglais ont eu une idée géniale. Lorsqu’ils ont eu des conflits de mineurs, et qu’ils étaient obligés, ils ont fait de reconversion des cadres en gardiens de musées. Mais il a fallu aller voir ce qu’il y avait dans ces musées...

Hamid - Jean n’en dévoile pas non plus beaucoup de choses, c’est l’intérêt aussi des médias qui sont autour de s’y intéresser...

Jean Dumaurier - Détrompes-toi Hamid, j’ai l’habitude. Cela rentre par là et çà ressort par là. Je reviendrais dessus. Il faut en parler plusieurs fois, avant que le clou ne finissent par enfoncer, même avec les nôtres, avec le respect que je vous dois tous et toutes. Mais on pas finit d’en parler. Je parlerai de çà.

Et bien je reviens sur le nom. Beaucoup de gens me disent DUMAURIER ce n’est pas français. Alors je leur ai dit : vous marchez sur la tête. Je leur dit une chose, à part les gens qui chez nous portent le nom at ou aït, ou ath et neith, là, la France par des intermédiaires locaux au moment où l’on mettait en place le système de colonisation, ont permis aux gens de ces tribus d’être appelées par le nom de la tribu et sont devenus des ath.

Les autres, pour l’administration, j’en parle dans l’un de mes livres qui s’intitule le Rôle Inconnu des berbères dans l’Histoire du Monde, la première fois il a fallu savoir ce qu’ils allaient en faire de ces indigènes.

Il parait qu’un conseiller avait proposé "on va raser tout çà, on va amener les français, comme çà le pays va s’aggrandir, la France aura un prolongement...". Il y avait auprès de ce chef, un autre conseiller juif qui l’en dissuada "non Monseigneur n’essayez pas, mais faites leur payer l’impôt".

C’est depuis ce temps là que nous avons été soumis à l’impôt de l’argent et du travail en temps de paix et à l’impôt du sang pour le temps de guerre et une fois la guerre terminée on nous oublie.

Il faut savoir que le premier qui se soit intéressé à l’Afrique du Nord était Charlemagne...cela remonte loin... et pourquoi ?

Parce qu’il n’arrivait pas à devenir l’empereur chrétien d’occident. Il a découvert que l’Afrique du Nord était un pays chrétien. Vos ancêtres, nos ancêtres, ont fondés l’église catholique. L’un des premiers fondateurs du protestantisme était également un berbère, Tertulien.

Il a donc fallu commencer à les identifier, à donner des noms à ces individus. Ils ont été convoqués au chef-lieu de l’administration locale. On les a mis en rang en leur disant mettez vous par famille pour qu’on vous donne un nom de famille.

Les militaires disaient aux premiers "comment vous vous appelez et sous quel nom va-t’on vous inscrire ?". C’était un leurre, parce que la consigne qui avait été donnée par Napoléon III était la suivante. Elle avait été dite dans les discours qu’il a prononcé à Alger et élaborée ensuite à Tizi-Ouzou ensuite le 19 septembre 1865 :" cette colonie d’Afrique du Nord, ne sera pas une colonie ordinaire mais sera érigée en royaume arabe".

Monsieur Napoléon III a décidé. Donc, toute l’administration a reçu ordre de tout faire pour arabiser cette nouvelle colonie.

C’est pourquoi je parlais de l’inscription des familles. Les gens se sont arrangés pour garder le nom de leur tribu mais les autres qui étaient un peu épars, qui ne s’entendaient pas, l’administration a été chargée de leur donner un nom et la seule chose qu’ils avaient en tête, c’était d’appliquer les règles, les directives, les consignes édictées par Naopléon III, donc d’en faire des arabes.

C’était dans l’esprit des gens. Mais comment faire pour leur donner les noms ?! Donc ils les ont convoqué au chef lieu de l’administration locale et à chaque fois ils posaient cette question "comment vous allez vous appeler" et décidaient cette famille va s’appeler untel. Au bout de la cinquième ou sixième famille, ceux qui faisaient le recensement disaient "mais ! on a déjà vu cette tête là... tu étais là où tu étais..." "- ah ben j’tais là-bas. Mais ici aussi c’est ma famille ,vous ne pouvez pas nous séparer".

Alors comme c’était le foutoire ils ont renvoyé tout le monde chez soi pour ensuite essayer une autre méthode. C’est l’administration qui est allé dans les villages et qui a mis les familles chacun devant sa porte.

L’administration a commencé. A la première famille il lui ont donné un nom arabiste commençant par a, la deuxième famille un nom commençant par b, etc dans l’ordre de l’alphabet et vous trouvez encore dans certains villages de kabylie, les noms égrainées de cette façon à savoir dans l’ordre alphabétique.

Tout le monde a été arabisé par le nom de famille et à partir de ce moment là, sachez que lorsque vous vouliez vous livrer à un arbre généalogique, l’arbre généalogique ne remontra jamais avant 1881, date à laquelle il y a eu cette classification de l’état-civil.

Alors en dehors des noms ath etc.., se sont des noms arabistes, qui ont été donnés à vos grand-parents et moi pour ce qui me concerne très modestement, j’ai pris ma revanche, fichant le nom que m’ont donné mes parents d’après çà, à la poubelle.

Je me suis donné un nom, mes racines étant maure et c’est DUMAURIER.

Transcription : S.ARRAMI

Source : kabyle.com