Selon plusieurs organes de la presse marocaine, un infirmier n’a été dépêché sur les lieux par le Ministère de la santé que le 29 décembre dernier, après la mort d’une dizaine de bébés.
Les consultations étaient rapides, a-t-on appris auprès des habitants. Aucune autopsie ni analyse du sang n’a été faite pour détecter les causes de la mort des bébés.
L’infirmier avait uniquement posé des questions aux villageois et a remis des antibiotiques, des comprimés et des sirops aux patients. Ces "consultations" d’un autre âge n’ont pas réussi à stopper ni la maladie ni les décès qui continuent de grimper.
Alors que d’autres nourrissons présentent les mêmes symptômes et risquent la mort dans l’indifférence, des "responsables" dont l’ex PPP (Porte parole du palais) et actuel Wali de la région de Meknès-Tafilalt promettent aux habitants de désenclaver les villages sinistrés. Une promesse de trop. Que peuvent les promesses contre le froid, la faim et la mort ? Vont-elles réconforter les familles endeuillées ? C’est ce qui a été également promis en 1980 aux habitants de ce massif montagneux après la mort de plus de 80 personnes de froid et de famine. Vingt sept ans après, Anefgou attend toujours d’être désenclavé et, aujourd’hui, des bébés meurent. Drôles de promesses ! Drôles d’irresponsables !.
Alors que les bébés d’Anefgou agonisent, où était Mohammed 6, "le Roi des pauvres", et Hassan Aourid, son représentant dans la région ?
Où étaient les "responsables" marocains qui ont laissé périr au moins 37 personnes dans l’indifférence ?
Où était le Ministre de la santé ? Occupé toute l’année à distribuer des aides humanitaires, il a laissé des bébés mourir de froid et d’absence de médicaments ?
Honte à vous tous !
Honte à nous, Berbères résignés, soumis et gouvernés au nom du livre !
Dans une démocratie, une vraie, des têtes seraient déjà tombées, des enquêtes sérieuses diligentées et des responsables désignés.
A Anefgou et dans la plupart des villages berbères dans les trois Atlas et du Rif, il n’y a ni eau courante, ni électricité, ni dispensaires, ni médecins, ni ambulances, ni pharmacies, ni réseau de téléphonie fixe et mobile, ni Adsl, ni pompiers, ni centres de soins ou de secours, ni ... . Il n’y a que des tombes, plus nombreuses que les maisons que comptent les villages.
Lorsqu’il s’agit d’opprimer ou de désinformer, le pouvoir met tous les moyens en œuvre. Ainsi, une délégation de journalistes espagnols, comprenant 3 télévisions et deux quotidiens a été empêchée d’enquêter sur le drame d’Anefgou, a-t-on appris vendredi auprès de Saïd Bajji, le journaliste berbère qui les accompagnait. Les deux chaînes de télévisions marocaines (2M et RTM) ont rapporté dans leurs journaux télévisés que le nombre de morts n’est que de 12. Portant, la veille de leur arrivée tardive à Anefgou, le village a enterré dans la douleur la vingt-sixième victime.
Les villageois d’Anefgou avaient organisé un sit-in sous les yeux mécaniques des caméras des deux chaînes pour protester contre le silence lamentable et mesquin des médias et des pouvoirs publics. Les images prises n’ont pas été diffusées. Ils alimenteront certainement les fiches des services marocains.
Lhoussain Azergui
[1] Aux dernières nouvelles, le nombre de morts était de 37.